Haut souvenir

Retourner à ce soir d’été.

Revenir à ce ciel.

La mer qui berce la nuit et dont on devine le souffle à fleur de terre.

Il est tard.

Je me suis accoudée à la rambarde.

Je vois, au loin, les fenêtres éclairées des hôtels, leurs terrasses scintillantes, leurs lampions de fête. Et des bribes de musique lointaine parviennent à mes oreilles.

C’est une douce soirée majorquine. J’entends battre la mer dans ce si proche silence qui m’est offert. Et il me semble que j’écoute mon propre pouls, que le métronome de mon sang connaît parfaitement le rythme des éclaboussures des vagues sur la roche et qu’il s’y accorde.

Je renverse la tête comme pour boire le ciel.
C’est alors que j’aperçois la Voie Lactée dont la clarté s’élargit telle une encre sur le buvard de la nuit et le teinte d’un blond d’éternelle enfance.
Sur cette encre perlent des gouttes qui ne sécheront jamais : les étoiles.

Ainsi, j’ai vécu toute cette vie – ses tribulations, ses reniements, ses trahisons, ses abandons, ses déceptions – pour voir ce ciel déployé, cette belle nuit d’ici et maintenant au-dessus de mon front.

Chaque étoile cligne. Et je revois le tremblement de la lumière de la lampe dans la chambre de mes cinq ans.
Chaque étoile est une chambre d’enfant illuminée où je rêve d’entrer.
Il suffirait peut-être de donner à mon âme l’élan nécessaire pour y arriver.

Ce ciel de lait ne me juge pas. Il n’a aucune « idée », aucun à priori à mon sujet.
Comme au moment de la baignade, lorsque l’écume de la vague m’enveloppe, je me sens totalement acceptée.
La nuit a le pouvoir maternel de l’eau : celui d’inclure mes cicatrices sans exception, mieux, de les intégrer, de les faire siennes.

Les astronomes disent qu’une étoile naît d’un désordre cosmique, d’un effondrement de nébuleuse qui provoque une explosion de chaleur.
De toutes mes illusions déchirées, de toutes mes chutes, de tous les dérèglements de mon univers intérieur, de tous mes bouleversements, je suis née en acquérant une nouvelle ardeur.

Et dans cette nuit au bord de la mer Méditerranée
qui réunit en famille toutes les étoiles,
je me sens des leurs.
J’ajoute au silence du soir
ma lueur.

Géraldine Andrée

Tous droits réservés

6 commentaires sur « Haut souvenir »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s