La guérison

Enfin ! Elle s’est réveillée !

Elle n’a pas encore ouvert les volets.

Les yeux fermés, elle se rend disponible à la paix qui vient à sa rencontre avec un infini roulement de mer.

Elle dessine son rêve au trait fin comme un tracé à l’encre de Chine.

Il n’y a qu’Elle qui peut décider du jour qu’elle va vivre.

Elle se souvient bien de la terrible dispute d’hier, mais le drame est plus loin. En nageant patiemment, en ne quittant pas le bleu qui brille là-bas, à la lisière des jours futurs, elle s’est éloignée de la sombre rive.

Tout à l’heure, elle enduira d’huile orientale ses cheveux puis prendra une bonne douche fraîche. C’est sûr : très bientôt, elle sera lavée de sa fatigue et de son chagrin.

Pour le moment, il est urgent qu’elle prenne son temps. Ecouter tomber les notes de Chopin, faire sa lessive et contempler les bulles irisées qui s’envolent entre ses doigts. Boire un bon café. L’odeur du café l’a toujours rassurée. Pleine, ronde, douce-amère. L’odeur de la demeure fiable, du foyer éclos tout autour d’elle. La fumée qui se lève de la tasse est le signe de tous les commencements. Puis enfoncer la grande cuillère dans un bol de céréales crépitantes.

Se demander : De quoi ai-je envie ? Qu’est-ce qui me fait vibrer ?

Son âme est une harpe qui peut vibrer pour de toutes petites choses : le détour d’un sentier, la volte-face d’une lueur, le point d’or d’une abeille, un parfum d’azalée qui s’exhale dans le soleil. Prêter attention au doux vertige des feuilles quand elle écrira. Apprécier le croquant d’un fruit, le fondant d’un caramel. Comme elle avait oublié la saveur de tout cela !

Le carillon sonne plusieurs fois mais c’est l’heure unique, l’équilibre parfait de la saison et de l’être, la conscience que toute chose la regarde à chaque instant. Même la plus minime comme cet insecte étincelant qu’elle croisera plus tard ou ce caillou différent sur lequel elle se penchera.

S’habiller. Marcher. Aller de l’avant. Faire confiance à la terre, à son pas et même aux obstacles.

Il n’y a pas de raison qu’elle n’arrive pas à Destinée.

Le chemin est écrit depuis qu’elle est née.

Enfin, elle s’est réveillée.

Bien sûr, au moment où elle est sortie du sommeil, elle a ressenti de la douleur.

Mais elle s’aperçoit que celle-ci, aujourd’hui, a le poids d’une fleur.

Géraldine Andrée

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