Le couchant chez toi

En passant devant ta terrasse, ce soir, j’ai aperçu la lumière du couchant à l’une de tes fenêtres. Elle éclairait la nuit de la maison et semblait se déployer comme une rose ardente au coeur de l’ombre qui emplissait la pièce.

Toutes tes fenêtres étaient éteintes. Pas la moindre lueur d’une lampe quelque part. On aurait dit que tu étais absente. Et pourtant, tu étais là, je le savais, marchant peut-être lentement dans cette obscurité pour aller fermer les volets.

J’ai contemplé longtemps à la vitre le reflet du couchant qui répandait sa clarté plus loin, dans des recoins dont mon regard était exclu.

Et j’ai songé à cette flamme qui avive parfois tes yeux, née d’un mot, d’une senteur, d’une saveur ou de la couleur d’une seconde. Cette flamme qui bat de manière surprenante sur ton regard éteint l’instant précédent. Cette flamme destinée à la part la plus lointaine de ton être qui m’échappe et que tu as cessé de reconnaître. Cette flamme déposant le présent de sa lueur dans la chambre secrète et reculée de toi-même. J’imagine alors, sans être trop inquiète, que ton esprit s’y promène, à la recherche d’un souvenir introuvable car il a fermé depuis longtemps les persiennes.

C’est, certes, le couchant, mais ce n’est pas la fin encore.
Il reste à ta fenêtre une lueur rose, une fleur d’or
faite pour éclore dans l’ombre,

pendant qu’en ce moment-même
se dérobe à mon regard
la ronde sans trêve du monde.

Géraldine Andrée

 

 

2 commentaires sur « Le couchant chez toi »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s