Ce coeur chez toi

Il est un coeur que j’entends battre

tout au coeur de chez toi,

dans ce profond silence qui m’accueille toujours,

un coeur qui prend toute la place,

quelle que soit l’heure de la nuit ou du jour,

c’est la pendule au balancier d’or

qui va invariablement de gauche à droite,

de droite à gauche.

Je n’entends que son mouvement

lorsque je m’assois à tes côtés, dans le canapé de velours.

Ce coeur chez toi

est caché derrière une épaisse tenture.

Il n’y a pas de raison qu’il s’interrompt,

quand bien même tremblerait le monde.

Ses coups sont réguliers et insistants

dans un seul et même temps.

Ils scandent avec une telle régularité

chaque seconde du jour qui passe,

que je crois à chaque fois qu’un événement décisif

est sur le point de surgir

comme, par exemple,

le retour de ton mari

qui ôterait son pardessus trempé

par les pluies de la traversée,

l’accrocherait au patère

et tendrait ses mains

vers la lumière de la lampe

en disant :

« Regarde ! C’est moi !

Vois comme ma chair est rose et claire !

Le voyage est fini !

On peut revenir de ce pays ! »

Mais ton mari est feu

depuis le mois de juillet de l’année dernière.

Et ce coeur chez toi bat toujours.

Toi qui, durant ta Vie, voulais tout contrôler et tout posséder – toujours plus de leçons de piano données, d’argent gagné, de tableaux accrochés grâce à cet argent -,

tu ignores désormais que tout ce qui t’entoure t’appartient.

Tu ne prévois plus rien – que le prochain battement de la prochaine seconde.

Parfois, tu tends l’oreille et tu me dis  » Ecoute ! »

Et ce tempo dans le silence, c’est le bruit de ton métronome de jadis, la musique de ton sang d’aujourd’hui.

Matin et soir, l’infirmière te prend le pouls. Tu lui abandonnes ton fin poignet diaphane. Et elle, penchée, le doigt appuyé sur le lacis de veines bleues, compte. Pas d’inquiétude. Le rythme est régulier comme ce coeur chez toi.

Puis l’infirmière s’en va. Je la raccompagne. Je me rassois. Tu te tais avant ton action décisive. Dans quinze minutes, ce sera l’heure du dîner.

En attendant, toi et moi, nous prenons ensemble,

en silence,

le pouls du Temps.

Géraldine Andrée

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