Le pays de l’oubli

Quand je te regarde dans les yeux, je sais un pays d’oubli, recouvert d’eau calme, un pays de lacs bleus.

Mais il ne faut pas se fier aux apparences.

Au-delà de l’eau paisible de ton regard, des racines obscures s’enroulent sur elles-mêmes, se tordent, s’emmêlent, s’enchevêtrent dans leur tourment.

Tu confonds les mots « père » et « mari », « Chaudeney » et « Nancy », « enfance » et  « vieillesse », « soeur » et « élève ».

Le temps glisse comme un poisson monstrueux sur lequel poussent au hasard et de manière totalement inattendue des branchies supplémentaires. Tu ajoutes aux mois trente-deux, trente-trois, trente-quatre jours… La journée peut se décliner en cinquante heures…

Quelle forêt inextricable et sournoise hante ta mémoire !

Il me faudrait patiemment démêler les racines, les séparer les unes des autres comme on le fait pour des plantes qui s’étouffent mutuellement. Fendre leur étreinte avec une lame de lumière et leur redonner de l’espace pour qu’elles se reconnaissent en tant que Telles – racines fondamentales, autonomes et vives.

Mais pour une si grande tâche, l’éternité est nécessaire.

Or, tu n’as pas le temps.

D’ailleurs, tu me chasses car il est l’heure pour toi d’aller te coucher, de laisser voguer ta barque sur l’onde noire des nuits.

Alors, je te laisse aller là où tu dois aller,

puisque le pays de l’oubli

t’a déracinée.

Géraldine Andrée

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s