Marquer la page

Ecrire permet de marquer la page.

Inscrire une date en haut de la feuille.

A partir du premier mot, s’en remettre au Grand Large pour que coulent les phrases.

Dessiner les méandres de son passage sur la page blanche.

Les suivre plus tard, lors du retour vers le cahier.

Aller dans leur direction et mesurer combien on a changé.

Il est utile de laisser trace de soi pour avoir conscience de toute la distance parcourue entre le jour de l’écriture de la page et le jour de sa relecture.

Le temps avance, sans cesse tiré par les chevaux de la lumière.

L’écriture est la seule opportunité de revenir en arrière, de retrouver une époque avec ses voix, ses odeurs et ses couleurs disparues et de la faire sienne à nouveau.

L’écriture est le seul retour possible.

J’ai rêvé, cette nuit, que je vivais dans le château des Tudors. J’étais une suivante d’Anne Boleyn et celle-ci m’apportait un cahier rouge sur lequel je voyais inscrits des pensées intimes, des maximes, des récits personnels, des listes de joie ou de tristesse. 

C’était le Cahier de Vie.

La reine faisait défiler les mots avec son doigt et, penchée sur son épaule, je lisais.

J’ai maintes fois rêvé de l’époque des Tudors, des châteaux aux machinations cachées, des prisons, des persécutions religieuses, de la toile blanche et froide sur la peau alors que l’eau froide suinte des murs et… d’une flamme dans sa coupe près d’une plume et d’une feuille de papier.

Je peux dire aussi le faste des chambres secrètes, les robes lourdes, les livres interdits, les cahiers de vie qu’il faut enfouir dans l’ombre d’un tiroir pour sauver sa vie.

Rien n’est perdu. Un cahier oublié, abandonné peut revenir nous visiter en songe et s’ouvrir. Nous seuls entendons sa voix silencieuse qui nous dit : J’ai tant à te dire !

J’ai souvent rêvé des cahiers de mes autres vies : leur couverture – rouge, orange ou bleue – revient du plus loin de mon enfance.

Toujours plus loin, je sais leur cuir de chagrin, leurs pages rêches, l’encre noire d’une autre langue qui a depuis longtemps séché et dont je vois luire encore les reflets.

Tant de cahiers pour tant de jours, de saisons et de vies… avant de relire Le Grand Cahier de La Destinée entre deux vies !

Aujourd’hui, écrire me permet de marquer la page. Alors, j’inscris la date du Jour en haut de la feuille et, à partir du premier mot, j’avance vers le Grand Large.

Géraldine Andrée

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