Le visage des notes

Les dimanches d’été,
tu sors écouter de la musique
au kiosque
du jardin public.

Tu es toute
de blanc vêtue
comme si tu te rendais
à tes propres noces.

Même si ce n’est pas loin,
je t’accompagne
car tu as perdu
la mémoire du chemin.

Voici le kiosque
étincelant au soleil
de cette fin d’après-midi
de juillet.

Tu reconnais
le piano noir de jais.
La main de la pianiste,
comme une aile de grâce,

se lève et s’abaisse
sur les touches
et c’est une sonate
de Mozart ou de Chopin

qui déploie
ses gouttes
sur les feuilles
du jardin.

Tu demeures
debout,
sans impatience,
pour une fois.

Mais je ressens
que tu veux être seule,
que ma présence
te dérange.

D’ailleurs,
tu te tournes
vers moi
et tu m’annonces

dans un souffle :
-Je ne vous retiens pas,
Madame !
Vous pouvez partir !

Tu as, en effet,
rencontré
de très vieilles amies
oubliées

et tu leur souris
dans une sorte
de rêverie
où je n’ai aucune place.

Tu as reconnu,
près du kiosque,
le visage des notes
dont tu t’es entourée

toute ta vie.

Géraldine Andrée

 

 

2 commentaires sur « Le visage des notes »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s