De quoi tu rêves

Je me demande
de quoi tu rêves la nuit,
maintenant que tu souffres
de la maladie de l’oubli.

Rêves-tu d’ombres grises,
d’une famille sans visage ?
Es-tu assise
au bord d’une route

dont tu ignores
la provenance
et la destination ?
Attends-tu

sagement
sur une pierre
que s’arrête
le bus

qui va
au pays d’enfance
où la mémoire
est si courte ?

Peut-être
qu’il n’en est rien…
Peut-être
retrouves-tu,

la nuit,
la bonne odeur
du foin
des feus matins…

Peut-être
t’accroches-tu
au tablier fleuri
de Marie…

Peut-être
empruntes-tu,
ton panier d’osier
à la main,

dans la chaleur
bourdonnante
d’août,
le sentier

qui mène
aux mirabelliers…
Peut-être
couds-tu ta toilette

pour le bal
du quatorze juillet
mille neuf cent
quarante-six…

Ton futur mari
t’offre
son bras…
Déjà une valse,

et déjà, plus tard,
loin des lampions,
le goût du tabac
prisé

sur tes lèvres
ouvertes
pour le premier
baiser…

Peut-être
t’entends-tu pleurer
dans ta chambre
à part,

tout en haut
de l’escalier,
ta chambre
de vieille fille mariée…

Je me trompe
peut-être,
mais rêves-tu,
la nuit,

que tu prends
un sentier différent,
que tu contournes
des étapes

non nécessaires,
que tu évites
des épreuves
inutiles

pour enfin
arriver
à ta vraie
destinée ?

Il est possible
que dans tes rêves
tu te remettes
à vivre,

que tu te souviennes
des autres,
de toi-même,
et qu’en t’inventant

un futur
qui n’est plus,
tu oublies
ta maladie de l’oubli.

Géraldine Andrée

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