La maison est seule

La maison est seule
depuis que tu es partie.
L’océan du silence
enveloppe les fauteuils,

les commodes, les armoires
et le regard de Vénus
dans son tableau
fixe un astre invisible.

On entend bien sûr
les rires des feuilles,
des fêtes et des filles,
mais leurs éclats

constellent la lumière
du dehors
et semblent venus
de l’autre côté de la rive.

Quelques pétales
de soleil
volent à travers
les fentes

du volet,
tremblent
sur les housses
puis s’amenuisent.

Les livres
à la reliure rousse
de la bibliothèque
sont fermés

pour toujours
sur des phrases
sans doute
jamais lues.

La maison est seule
depuis que tu es partie.
Mais si j’avance
vers son coeur,

en passant
à pas lents
comme une revenante
devant ton miroir,

libre
de toute
mémoire,
si j’arrive

là où les embrasures
noires
des chambres
se contemplent,

je sais
que je trouverai
un oeil d’or :
c’est

le cadran
de l’horloge
de ton père
qui marque

encore
de son aiguille
d’argent
les heures,

et si je m’approche
davantage,
si je lève
tes oreillers,

à la recherche
d’un trésor
oublié,
la trace

de tes épaules
lasses
qui y ont reposé,
peut-être

recueillerai-je
un souffle
détaché
de tes lèvres

pendant
ton dernier rêve…
Alors,
je l’accrocherai

comme un foulard
dénoué
au patère
et toute la maison

saura
que tu es rentrée
de ta longue
promenade,

que tu es prête
à présent
à te coucher
en son silence,

vêtue
de ta chemise
de nuit
blanche…

Géraldine Andrée

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