Ciel et terre

Toute jeune, je ne songeais qu’au ciel. Je regardais souvent les étoiles. On me disait que j’avais la tête dans les nuages. C’était vrai. Je n’étais jamais ici et maintenant. J’avais la nostalgie d’un ailleurs, d’un quelque part où je serais mieux, d’un absolu où j’oublierais mon corps. Je regrettais des ailes anciennes.

Puis j’ai grandi.
Je n’ai pas appris à toucher le ciel, non.
Mais j’ai apprivoisé la terre.

J’ai appris à aimer son crépitement sous mes pas, son odeur après la pluie, les astres de sa rosée sur ses plantes, ses lueurs rousses à l’automne, ses grains doux, ses galets polis, ses cailloux qui piquent, ses ronces qui blessent, son silence qui boit toutes les gouttes, son pouvoir de garder trace et son don d’effacement, sa dispersion au vent, les larmes qu’elle fait naître dans les yeux quand la poussière des passages monte dans l’air, son ouverture après ses noces avec les flots, son amitié avec la paume au point de se soumettre à elle et de prendre la forme de tous les possibles, son humus et son sable, ses cendres et ses fleurs, ses incendies et ses sources, ses flamboiements et ses flaques, ses saisons, ses humeurs

– terre profondément humaine.

En deuil du ciel, j’ai appris à savourer la faculté d’avancer dans ma pesanteur.

J’ai appris en grandissant à voler haut et loin depuis mes racines.

Aujourd’hui, j’aime la terre de la Terre.

Géraldine Andrée

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