Tu as laissé les choses

Tu as laissé les choses telles qu’elles furent autrefois :

l’épingle à nourrice sur l’encolure d’une chemise ;
l’oreiller qui garde l’empreinte de ton visage ;
cette mèche d’un jour enroulée autour du peigne ;
les chaussons de laine près de la chaise ;
la manche retroussée de ton peignoir ;
la page froissée d’un magazine de deux mille six ;
un bigoudi tombé sur le tapis ;
le bracelet de ta montre séparée de ton poignet le soir ultime où tu t’es couchée.
L’aiguille désigne midi ou minuit dans un temps qui ne se compte plus.

Et si j’entre vraiment
au coeur
de ton absence,
là où l’ombre gouverne
ton royaume
depuis les fauteuils,
je peux voir
luire
près d’une ordonnance
désuète
une petite cuillère
qui attend encore
ta main
peut-être.

Et si j’avance,
bras ballants,
dans le silence,
il me semble
entendre
cette question
timide
que tu posais
en souriant
à chaque fois
que je franchissais
le seuil
de ta porte :
Comment allez-vous, Madame ?

Je consulte alors
le miroir ovale
près du porte-manteau
où s’accumulent
dans un éternel hiver
les bonnets
et les châles.
Mais je n’aperçois
que ma bouche
ouverte
et moi
qui la regarde
sans un mot.
Tu as laissé la vie
telle qu’elle fut autrefois.

Géraldine Andrée

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