Le regard des mots

Ton foulard gît
sur le chemin de ma maison
Il tremble dans son abandon
pauvre lis

Tu l’as laissé tomber
lorsque tu es partie
après l’éclat de nos larmes
la nuit de nos voix

Ton foulard frissonne
long pétale
malade en l’automne
des rires oubliés

Je m’en vais le ramasser
et te l’apporter
je foulerai les fleurs jaunes
l’herbe du pré

 

 

 

Mille baisers
couleront sur la soie
et quand la sonnette
retentira

que j’entendrai
s’affoler ton pas
ton foulard blanc
se déploiera

pour répandre à tes pieds
tous mes baisers
comme des pollens d’espoir
des roses de pardon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je n’ai pas d’amant
mais je noue le vent
dans mes cheveux

Je dépose contre ma joue
ce caillou rond
comme un baiser

et les oiseaux
les insectes
bruissent

tous à la fois
d’une présence coquine
et secrète

 

 

 

 

 

 

 

 

Je me promène dans la senteur des ramilles
où vais-je nul ne le sait
même le chien Gaspard perd la trace de ma rêverie
il y a tant de nuages à regarder de gouttes à compter d’ailes à écouter
il y a tant de temps à aimer en silence
et puis il y a ce rayon pour lequel j’ai si souvent veillé – doux fils tissés d’une secrète araignée
Je me promène humblement sur le sentier des pensées
Seule mon ombre m’accompagne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien sûr
Le temps passe
Il pleut sur la photo
Ce n’est rien
Avec l’éclat d’une larme
J’écrirai ton prénom

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je rentrerai
à l’heure brune
bientôt l’étroit sentier
le jardin tout frais encore
de la dernière ondée
le feu follet des terrasses
le papillon des lanternes
puis la poignée d’or
le fauteuil de rotin
et sur le coussin
patiemment
déposée
ta lettre
que je relirai

 

 

 

 

J’ai pris la lampe folle
et je suis partie te chercher

J’ai traversé le mystère du bois

ô cueillir ensemble
des feuilles de menthe
apprivoiser
le regard étoilé
de la louve
épeler les lettres de la nuit
se baigner dans son encre
infusée de silence

Je t’ai longtemps cherché

Mais sans doute
t’es-tu échappé
comme un frisson
parmi les branches les plus hautes

Alors
avec ma lampe vacillante
j’ai couru le long de la route
poursuivie jusqu’au cœur
par le sourire moqueur
de la lune mauve

 

 

 

 

Les doigts du vent
frappent à ma porte
faut-il vraiment
que je réponde
à toutes vos voix mortes?
J’ai accompagné
l’enfant dernier
à la frontière
Mais les doigts du vent
ne renoncent pas
Devenez l’hôte
de mon étrange hiver
Crépite alors
le soupir du bois
Je ne peux vous offrir
que cela
Une toute petite voix
bien singulière
qui s’endort
déjà
sous la cendre

 

 

 

Demain
très tôt
je disparaîtrai
dans la brume des prés

Je m’éteindrai
derrière le visage
des pluies-
grise devenue

Je me glisserai
dans la solitude
de l’arbre
résigné

Je me vêtirai
de cette tristesse lente
qui comble les fleurs
avant leur sommeil

J’habiterai
désormais
l’inconnu
du coeur

 

J’entendrai
s’approcher
à l’infini
les pas d’une autre

Si délicieusement
lasse
que j’accepterai peut-être
-sans renaître-

de traverser
mon ombre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ma sœur
N’ouvre pas
les rideaux

Je veux entendre
la voix
de la chambre

Et derrière mes paupières
voir
courir la flamme d’ambre

Il me faut boire
une source singulière
respirer la lumière

Ma sœur ne me livre pas
si fragile
aux mains des apparences

 

Éblouie à jamais
j’ignorerais
ma vérité

Laisse-moi savourer
la lenteur
le souffle de la vie

Les mains
de l’enfant futur
se posent sur mon cœur

La nuit et le jour
me regardent
C’est le même visage!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus tard tu m’as dit
Plus tard la sieste sous les arbres d’or
Plus tard la flamme bleue qui bat au bout de l’été
Plus tard l’éclosion de la paume
Plus tard le frémissement du vent qui soulève la paille
Plus tard la joue rose de l’enfant
Plus tard le baiser déposé sur l’oeil des jours
Alors je te quitte
Je m’en vais
Plus tard
Mal exquis
de l’Adieu

 

 

 

 

 

L’adieu gémit comme une fleur coupée
Armoires ouvertes chambres aérées draps pliés vaisselle rangée

J’ai bu un peu de lait dans la petite tasse au bord de l’évier

Puis j’ai repassé nos robes classé nos livres et cahiers dans des cartons

Entends-tu dans le jardin comme se répondent les voix de nos joies passées?
J’entends surtout le grincement de la chaîne quand le volet bat

Des insectes courent déjà sous le toit des dépendances
Bientôt le calme perfide aux doigts d’ortie
Bientôt la toile de l’Absence

Et les matelas nus l’ombre inquiétante des meubles

Le regret se détourne
On descend les malles

 

 

 

La gouttière hoquette
La chaudière râle
Le toit grelotte
L’arbre écarte ses feuilles

Dehors,
personne ne nous attend
La Vie a un autre visage maintenant
-qu’on ne connaît pas

Laissons la Maison
se nourrir de son propre Temps

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un nuage s’égoutte
sur le toit de l’école
Hier ton panier débordait
de petits marrons

Aujourd’hui
j’écris ton prénom
des feuilles de chagrin
devant les yeux

Ô sentir la rondeur
de ton souffle
Toucher le noyau
de ton sourire

Mais le monde oublie
le battement d’ailes
de tes paupières
la paume rousse du bonheur

Il n’écoute pas
les jeux clairs
de la brise
ton amie

 

 

Es-tu vraiment parti?
J’ai si peur
d’ignorer
qui tu es

Alors je t’écris
Toi mon eau ardente
mon sanglot d’étincelle
courant sur les feuilles

L’encrier respire
comme une fleur
Le ciel se lave
de sa mort

Le temps dessine
un voyage étrange
Pour toi mon oiseau
mon œil de patience

Et dans ce nuage
qui s’égoutte
sur la vitre de l’école
je lis ton visage

 

 

 

 

Là-bas il y a quelqu’un
Une ombre claire
qui rit
au bord des larmes

Elle court
dans le vent
quand les écorces
la menacent

Là-bas il y a une jeune fille
elle s’habille comme jadis
mais les regards
se sont éteints

Elle raconte des histoires
Où sont ces visages
réunis autour de la lampe
à la fin du jour?

 

Que cherche-t-elle?
Un corps une voix
Que désire-t-elle
cette ombre claire?

Cours ma sœur
Cours la rejoindre
Et porte-là sur ton cœur
chair du temps d’ici

Cette ombre blanche
qui parle dans la nuit
des vieux silences
C’est ma Vie

Il manque
Quelqu’un
entre mes bras
aujourd’hui

 

 

 

 

 

Je te vois ce matin
balayer les feuilles
du jardin

Tu ne te soucies
ni du vent
ni de la pluie

Pourquoi s’affliger
des bourrasques
et des nuages noirs

Toutes ces feuilles
balayées
est-ce le regret

d’une encre effacée
le chagrin
de la mémoire?

Non mon amour
C’est un murmure
bercé sans cesse

par l’ultime caresse
de la terre
C’est un poème

 

Un contact
qui vit
dans l’or de l’air

Le long baiser
du temps
après la nuit

Je te vois
rassembler
les feuilles du jardin

Pour moi
il est l’heure
d’ouvrir mon cahier

Et de réunir
tous les mots
du matin

 

 

 

 

 

 

 

Les amis
se sont réunis
pour parler
de la Vie

Le premier verre
La première ivresse
Le premier corps
aimé dans la nuit?

Les amis évoquent
la caresse
de la lumière
le tissu
des nuages
la nuance de l’œil…

Comment mêler
les couleurs
allumer le baiser
au bout du pinceau?

 

Oh! Le ciel
change vite
lorsque le vent se lève
L’encolure verte
des arbres frémit!

 

Et la beauté
court sur le sentier
-dame singulière!

 

Surtout
Ne pas faner
les bleus et les bruns
Admirer
l’innocence du rouge
l’intégrité du noir
la profondeur de l’ocre!

Chaque couleur
habite une âme
Chaque âme
habite une vérité…

L’art
est un regard
qui consent à se poser

C’est l’accord
de la branche
et de l’oiseau!

Un rire de ciel illumine
les joues de la colline
On a inventé
une cinquième saison
à Barbizon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je me souviens
des clairs jours de juin
sous la tonnelle
l’or des abeilles
et le rouge des fraises

Je me souviens
de peurs innocentes
l’insecte bleu
sur le gilet de Grand Mère
la canne mystérieuse
de Grand Père

Derrière le feuillage
Zoé le cheval
nous regardait
Dans le ciel d’été
passait un nuage
ô le bonheur sage

Je rêve aujourd’hui
d’étranges baisers
Pourrais-je retrouver
sur ta bouche
le beau rouge doré
d’un après-midi d’été?

 

 

Pendant mon bain
un pigeon bleu
à la fenêtre

 

une œillade
un signe d’aile
à la dérobée

 

puis ce frisson
le doux voyeur
s’est envolé

 

 

 

 

 

J’espère qu’il y aura
toujours
dans la maison des dimanches

 

une chambre cachée
avec une lampe
pour écrire

 

un lit profond comme un souffle
quelques livres très vieux
une chaise et une table de bois

 

une plume déposée
par l’oiseau de joie
et derrière le rideau de l’attente

 

d’invisibles yeux
qui me regardent

 

 

 

J’espère qu’il me restera toujours
des pages
et des pages

 

pour vivre
dans la maison des dimanches
cette blanche
Rencontre

entre les mots
et le monde

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ne me demande pas
Pourquoi ma folie
Je te dirai simplement
Que l’instant est guéri

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je te téléphone de Pékin

Et ta voix danse
sur le fil du monde
Notre conversation respire
comme un astre ouvert

Je fais confiance à la nuit
le corps lent des mots
grandira c’est certain
dans les plis de l’absence

 

 

 

 

 

 

Le lierre est si confiant
Il grimpe obstinément
Il dévore les fenêtres
se nourrit d’insectes
d’oiseaux d’araignées
-d’ailes et de pattes
fluettes

 

Bientôt
il dépassera
le ciel humain
tout l’univers
bruira
dans cette étrange
nuit verte

 

Le lierre
est plus patient
que le temps
Il se délecte
en cruel amant
du lent abandon
de la lumière

 

 

 

 

 

 

 

 

Tu peux t’enivrer
de la vie et des autres
jamais tu ne retrouveras
la beauté de mes sanglots
quand je t’aimai

 

 

 

 

 

La couleur du temps m’étonne aujourd’hui

L’heure est habitée par les mésanges les abeilles les taches de rousseur du soleil les yeux du chat

De la véranda je pourrais toucher l’hortensia

Personne ne me dérange
Je n’attends qu’un signe de toi

Alors j’écris
Les mots me viennent si facilement
qu’ils m’effraient un peu

J’ignore s’ils me sont soufflés par le jardin
ou par tes lèvres invisibles

Est-ce que tout cela importe?

Un frisson quelque part On a annoncé de la pluie en fin de journée

Mais on n’a pas prédit mon silence

Alors j’écris

Et cette force au bout de ma plume
attendrit toutes les écorces

 

La fenêtre ouverte
invite toutes les voix
Mais Arthur rit
plus fort et plus clair

 

Quand sa joie touchera
les fleurs du ciel
il achèvera
son très long rêve

 

Je sais alors
que nous lirons ensemble
d’une seule voix
près de la fenêtre

 

l’âme ouverte
de tous les poèmes

 

 

Premier vol
des lucioles
les chaises grises
somnolent

Dans l’herbe
indécise
s’éteignent les billes
de Louise

Les verres
tintent encore
comme les mains
de l’enfance

Puis la petite
clé d’argent
ferme sévèrement
le buffet

Sous nos pas
pressés
gémit l’escalier
de bois

 

 

C’est le moment
d’accrocher
la chaîne noire
au vieux volet

Le soir
sent la lavande
les plis de l’ivresse
frissonnent déjà

C’est l’heure
de la paresse
Cache ce roman
sous l’oreiller

Et approchons
la lampe d’or
pour lire
nos corps

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je franchis
le petit pont
qui dort
parmi les joncs

Ô le regard
des nénuphars
Pourquoi mon cœur
cette profondeur

L’air tremble
au bout de mes doigts
puis je vois une ombre
danser sur un rayon

Est-ce TOI?

 

 

C’est le Temps
Les roses de Chine
s’effeuillent

Pleure le toit
sous les aiguilles
de l’hiver

 

Le jour
se désagrège
et dépose sa neige

 

Un long souffle
hante la gorge
de la cheminée

 

La théière
de Grand Mère
est ébréchée

 

 

Je n’y ai pris garde
dans l’ombre
de l’après-midi

 

Ce ne sont plus les mêmes
mains qui se regardent
autour de la table

 

Et sur le porte-manteau
je cherche en vain
ton gilet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mon âme traverse un pays
de muette patience

Dites-moi
je vous prie
où sourit
le visage des mots

 

 

 

 

 

 

 

Quand les lampes s’éteignent
Arthur cesse d’être sage
et il voyage
dans le songe des feuillages

 

Il aime l’enfance
de la nuit
Il démêle alors
son long murmure

 

Il sautille
de gouttes en sanglots
de fleurs en parfums
d’étincelles en étoiles

 

Il croque en passant
un fruit bleu
une noix verte
une fève claire

 

Et la lune le guide
au pays de la vérité
où les yeux des arbres
connaissent son âme

 

Arthur vole ainsi
loin des fenêtres
de la Grande Ville
puis il revient chez nous

 

déposer un soupir
sur nos draps doux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tu me demandes, sur un ton impatient, des « nouvelles ».
Que puis-je t’annoncer?
La coccinelle se promène au bord du vase
Les nervures ont des reflets roux
Le papillon danse sur un rayon
L’abeille goûte une cuillérée de miel
Quelque part une porte s’ouvre et une voix s’échappe
Un rideau se soulève et c’est la conscience d’un visage
Je t’entends t’écrier
La Vie vient de plus loin
Et je te réponds
La Vie est une proche métamorphose
À bientôt
Tu as le bonjour des roses

 

 

 

 

 

Je ne me souviens
plus très bien
du Bonheur

Est-il doux
comme la saison des oiseaux?
Piquant
comme le vent?

Rêve-t-il
dans une coquille
Ou court-il
sur le chemin?

Accompagne-t-il
près de la vitre
le visage
de l’enfant seul?

Chante-t-il aussi
lorsque sanglote
le piano
des pluies?

 

 

Craque-t-il comme
une châtaigne?
Ferme-t-il sa paume
sur le silence?

Je ne me souviens plus
très bien
du Bonheur

Il te faut apprendre
mon cœur
à le regarder

Et s’il se lit
dans l’œil tendre
de l’Amie

le chercher
très loin
au bout de la nuit

 

 

 

 

Au petit matin
après le café
tu m’as quittée.
Je n’y croyais pas.
Pourquoi ta voix était-elle si calme
si détachée
des mots qu’elle prononçait?
Comment pouvais-tu mettre à distance
nos caresses et nos danses?
Je ne t’ai pas accompagné à la porte.
Assise dans la cuisine
j’ai fermé les yeux.
Je songeais que le regard
lui aussi m’avait quittée.
Et dans le noir de mes larmes
alors que je n’attendais plus rien
ni de toi ni de moi
j’ai senti que la lumière était là
fraîche et neuve.
Le monde faisait sa toilette
comme un grand chat.
Malgré tout
la journée commençait pour moi.
Le présent des choses
me donnait un autre rendez-vous…

 

 

Le pain offrit ses tartines
dans ma main s’ouvrit l’orange
le miel coula comme un baiser
une larme de lait émut le thé

Puis la lumière fit
courir ses doigts de tisseuse
l’oiseau du pardon
se posa à la fenêtre

La pendule fredonna sept heures
il me sembla que
des lèvres de bonté
avaient bu tous les nuages

Doucement s’étirait
une singulière patience…
D’où me vint soudain
ce frisson de l’âme?

Fallait-il t’appeler
en ta longue nuit?
Ton amour s’était peut-être
à jamais endormi…

 

 

Je t’écris du monde
Je t’écris mon amie
cette beauté profonde

 

Ici les voix
me regardent
chaque rayon
joue sa musique
chaque note
peint un visage
Il y a les enfants
et les fontaines
le fruit rond de la vie
que l’on mord
dans la lumière

 

De toutes les chambres
ouvertes
Avec tous les encriers
du monde
je t’écris

 

 

Hélas mon ami
je reçois tes lettres
trop tard

 

Ici traîne
une odeur
de châtaigne mouillée
Les oiseaux volent bas
L’ombre étend ses bras
La forêt est plus grise le matin
L’eau sous la mousse
se languit

Je ne peux guère
te parler
que des dernières
roses blanches
que j’ai coupées
hier après-midi

Quand je lis
tes lettres douces
les mots ne me font pas signe

Comment t’écrire l’Amour?
L’encre s’est déjà ternie
Sans le contour des choses
la beauté est orpheline

 

J’ai acheté
des chapeaux des manteaux des souliers
des robes et des bijoux
des foulards et des parfums
du maquillage et des dentelles

Je me promène
ainsi parée
fière et seule
dans toutes les rues
de la grande ville
dans tous les rêves
de la longue nuit

Puis je rentre chez moi
et j’accroche
mon ombre frivole
sur les cintres gris
de la penderie

car je sais
en vérité
que rien
Non rien
ne vêtira
mon corps las
creusé
par le manque de toi
Ne t’inquiète pas
J’étonnerai
en ton absence
les yeux des choses

 

Je dirai au vent
de divertir
le laurier-rose

Je prierai le chat
de laisser bruire
l’ombre du pommier

J’inviterai les parfums
du jardin à dormir
sur ton oreiller

J’emplirai ton encrier
des couleurs
du ciel remué

Je dénouerai
l’effrayante chevelure
de la vigne vierge

Je déposerai
sur ton mouchoir fané
un trèfle argenté

Je ferai signe à la fauvette
qui t’attendra discrète
sur le fil du balcon

Et l’horloge du salon
me confiera la bonté
d’un poème oublié

 

Ne t’inquiète pas
En ton absence
je parlerai à la conscience
de notre univers

Et je te le dis
Et je te le crie
Ô ma Vie

Eveille-toi
en ta longue nuit
Demeure toujours
les yeux ouverts

 

 

 

 

 

Le sentier
soudain
frémit

Qui est là?
Un souffle?
Un pas?

Je me retourne
Une brindille
bouge

Un oiseau
picore
une feuille rouge

Et vous?
Où êtes-vous?

 

 

 

 

Partout il se dit
Il se répète
que le manoir attend quelqu’un
Mais qui?

Le volet interroge le vent
Le chêne lustre son feuillage
Georges a ouvert les parasols
Puis astiqué les poignées d’or

Le long couloir sent la cire
La flamme du vin respire
La théière exhale un nuage
Les clés se frôlent et bavardent

Le soir fera crépiter
l’astre bleu des chandeliers
On consumera la fête
jusqu’au dernier pleur

Mais là en cet instant
Quelle est cette ombre étrange
cachée comme une langueur
dans les plis du rideau blanc?

 

La bouche
de l’eau exhale
un souffle

 

Tout près
bat l’aile douce
d’un oiseau

 

La brise dépose
une étoile rousse
sur un caillou

 

Et c’est le bruit mou
d’une noix tombée
dans l’herbe froissée

 

Tu es passé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est l’heure
de la rosée

Comptons ma chère
tous les trèfles

Astres verts
de la terre

 

 

 

 

 

 

 

 

Que reste-t’il
des rires d’hier?

une coquille ouverte
le pleur gris
d’une bougie

sur l’oreiller
l’empreinte fanée
d’un baiser

Pas même une odeur
Pas même une lettre

Elle ne saura jamais
Qui l’a aimée

 

 

 

 

Tout heureux
nous suivons le vent bleu
Puis nous nous couchons
dans les parfums mouillés

Nous nous racontons
de lointains voyages
Et notre âme chante
dans la gorge des mésanges

Mais qu’y a-t-il soudain?
L’aile de joie s’enfuit
Et notre voix s’éteint
comme au soir d’un deuil

Mon ami ne cueille
surtout aucun baiser
Un visage nous regarde
derrière les feuilles

 

 

 

Hier les nuages étaient bas
J’ai attrapé froid

Mais aujourd’hui
Qui m’a réveillée?
Oscar le chat
aux yeux constellés

Le voisin m’a reproché
la présence du sapin gris

Qu’importe
Je suis allée ce matin
cueillir des primevères
au bord du chemin

Quand je suis rentrée
le feu était éteint

Cela ne fait rien
Un rayon bleu
venu de très loin
caressait la fenêtre

Je me suis sentie bien seule
assise à ma table

 

 

Pourtant j’ai aimé
le temps des mots
que j’ai relus dans ta lettre
posée sur mon assiette

Les fleurs du tableau
ne se sont pas fanées
Mon cœur bat encore
délivré du remords

On ne peut rien me prendre
j’ai vécu au-delà du mal

Surtout mon amie
ne t’attriste pas dans la nuit
car je possède l’essentiel
le souffle rond des heures

Et je suis à toi

 

 

 

 

 

 

J’ai profité
de mon retour
de la ville
pour te faire signe

J’ai sonné chez toi
Et le carillon
longtemps
a tinté
dans le corridor

J’ai tellement espéré
ton pas
que je me suis perdue
dans l’écho vide
de mon cœur

J’avais oublié
que mon amour
doit toujours
te prévenir

Sinon
tu me peux
m’ouvrir

 

Le feu d’or du champagne
rit dans les flûtes
Mais l’œil du bonheur
dort depuis longtemps

J’ai ouvert le cordon
qui liait le bouquet
Mais comment respirer
le parfum des mots

J’ai disposé dans la corbeille
les fruits doux du jour
Mais je pleure chaque soir
la saveur des baisers

J’ai joué dans le salon
les accords de Mozart
Mais le passé fredonne
une agaçante ritournelle

Alors pourquoi
mon pauvre cœur
bat-il encore si fort
quand tu viens chez moi ?
 

 

À l’orée de la nuit
sur le chemin des pluies
dans la charrette des vendanges
il me semble
avoir croisé
tes yeux tendres
de jeune fille

Cette onde verte
au lent mais profond courant
Où va-t-elle?

 

Feuille déposée
vite emportée
Jeunes clochettes
déjà fanées

 

Là-bas
le sanglot muet
de noirs pétales
qui passent

 

Les cygnes
vont viennent
picorent
quelques miettes

 

Le saule s’incline
davantage
comme s’il cherchait
un visage

 

Cette onde verte
au lent mais profond courant
où va-t-elle?

 

Lise veut le savoir
Lise dénoue ses souliers
remonte sa jupe
Il suffit d’avancer

 

Encore
un peu plus loin
L’eau effleure
puis dévore ses pieds

 

Il est une rêverie
tout au fond de la nuit
Que Lise peut cueillir
en un soupir

 

Il doit être doux
comme un frisson
le sommeil
du limon

 

Ô devenir
le calme visage
d’un songe
cette extase ouverte

 

Mais un chant d’oiseau
éclate tout en haut
de la branche
Lise n’est pas prête

 

Qu’importe
Les étoiles vertes
de l’eau secrète
savent attendre

 

Lise a certes
une jeunesse à vivre
Mais aussi
un long tourment

 

Lise revient
Lise respire
parmi les troncs
et les pierres

Elle reprend
son chemin
Il lui faut rentrer
faire ses devoirs

 

Cette onde verte
au lent très lent
mais profond courant
Lise n’y pense plus

 

jusqu’à demain

 

 

 

 

 

 

 

 

Une goutte
grelotte

L’herbe agite
ses aiguilles

L’air craque
comme un pépin

Une libellule se balance
sur un soupir

Des feuilles un peu folles
batifolent

Une aile roucoule
quelque part

Un brin de paille
pétille dans le vent

Une coccinelle
voyage entre vos doigts

Un fétu d’étoile suffit
Vous n’êtes plus seule
aujourd’hui

 

Un rayon doucement vacille
On a plié les nappes
rangé les couverts
dans la sage crédence

 

Au fond des verres
tremble une larme
d’eau de vie
bel ambre d’oubli

 

Sur le petit sentier
les rires légers
des enfants courent encore
tout derniers grains d’or

 

Puis à regret on se lève
on époussette ses manches
on se murmure comme dans un rêve
que ce fut un beau dimanche

 

On s’accompagne en bas de l’escalier
Les mains s’étreignent
On promet à la semaine prochaine
Et la grille rousse se referme

Chacun s’en va seul avec lui-même
Chacun songe seul en son silence
comme chaque fin de dimanche
qu’il eût été bien tentant

 

-Mais impossible hélas!-
de retenir avec la paume de son cœur
la vive -trop vive brise
qui souffle sur les frêles

pas du Temps

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis
l’étoile close
l’œil oublié
de l’eau

 

 

Cherchez-moi
je vous prie
dans le sommeil
des choses

 

 

 

 

 

 

 

Le cerisier
est très rouge
aujourd’hui

 

-rouge aussi
ma bouche
sans ton baiser

 

Le prochain jour
pourrai-je
refleurir
d’amour

 

plutôt pleurer
sous la douce
neige rouge
du cerisier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’aime marcher
sans mes souliers
dans l’herbe mouillée
l’avenir le passé?
des voix endormies!
seul vit
le temps de la rosée

 

 

 

 

On ne sait
s’il faut partir
ou rester

 

Les joues des pêches
cachent sans doute
un noyau d’or
mais l’aile inquiète
d’un frisson passe

Sur la nappe
le pain s’effrite
les billes des mots
roulent encore
puis s’échappent

Dans la cuisine
Marthe s’impatiente
Les clés du bahut grincent
Les tiroirs grognent
Les bassines ronchonnent

Au salon Marie
égrène sa sonatine
Une main froisse
comme un oubli
la page du journal

La liqueur est amère
La cannelle du thé
sera plus douce
Qui en boit?
On ne sait

On entend tinter
un carillon au loin
Et toi? Et moi?
Fait-il assez jour
dans notre cœur?

 

Il est toujours
trop tôt ou trop tard
pour le Bonheur

 

 

 

 

 

 

Nous serons de retour
au premier frisson des fougères
quand les yeux flétris des fleurs
se détourneront de nos cœurs

Nous amarrerons la barque
à l’ancien pont de bois vert
parmi les nénuphars gris
et les herbes fluettes

La main sur ton épaule
je contemplerai l’azur
désuet qui s’évapore
au détour du sentier

Ô nous rentrerons bien avant
que ne s’égrène l’âme du vent
Les lèvres avides de la terre
boiront la trace de nos pas lents

Nous ne nous dirons rien
de ce secret chagrin
Mais craquera entre mes doigts
la douce brindille du matin

Alors je te soufflerai le parfum
de l’abeille disparue si tôt
Et ton regard se perdra très loin
dans l’ultime beauté du tableau

 

 

Une secrète chanson d’enfance
Du gris sans tristesse

L’envie d’écrire tout le jour
Un chant d’oiseau dans la cour

Une porte ouverte
sur cette amitié indéfinie
venue de plus loin que moi-même

Et puis mon cœur qui bat
qui applaudit
la douce revanche de la Vie

 

 

Je pleure
Je ris
Joie
ou nostalgie
Tout mon cœur
tremble

car les mots
que tu m’écrivis
jadis

me regardent
aujourd’hui

Géraldine Andrée

Tous droits réservés@2010

A paraître

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