Le visage des jours

Souviens-toi mon ami

à l’écart de la ville
une grille ouverte -la maison de vacances
le chien tranquille
les enfants qui jouaient à attraper le soleil

 
Ne dors plus dans le présent
Veille mon ami
le doux mal
de la mémoire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans la petite gare d’Amance

 

c’est toujours dimanche
Que l’on soit lundi -mardi -mercredi -jeudi -vendredi -samedi
c’est tous les jours
dimanche

Un train passe
à six heures du matin
-à midi trente
-et très tard le soir

Le ciel danse
les arbres bougent
lorsque clignote
l’oeil rouge

On entend de loin
ce sifflement
qui dérange
le rêve du vent

Puis retombe doucement
la poussière du silence
Le temps descend
Le temps revient chez lui

Il prend le temps
de cultiver ses fleurs blanches
entre les rails gris
Eh oui

Chaque instant change
même si c’est tous les jours
dimanche
dans la petite gare d’Amance

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y avait ici
des écureuils
de l’eau douce de l’herbe blonde
un petit banc de bois vert
Le ciel rosissait comme une jeune fille

 

Tu habitais ton éternité

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand il me manque
une explication une cause un sens
je m’assois au seuil de la porte
et je songe les yeux ouverts
à l’ombre douce à l’ombre rose
du vieux pommier que j’ai laissé
en pays d’innocence

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ne jetons pas la brindille
Ne lançons pas le caillou
N’écrasons pas la fourmi
Ne foulons pas les pétales
Ne dispersons pas les grains de sable

Ce Si Petit à nos yeux

chaque étoile
le regarde

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je ne choisirai pas
entre la pluie et le soleil
car j’ai connu
des pluies de soleils

Ne séparons jamais
notre âme de nos yeux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suivrai ce chemin
jusqu’au bout

Qui sait?

Peut-être verrai-je
fleurir les cailloux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pas un souffle Pas une voix Pas même la note lointaine d’un carillon
Peut-être parfois la visite d’un pigeon qui se pose derrière les persiennes puis s’envole dans un frisson de soie déchirée
D’un seul geste je convoque toutes les ombres
Et je rêve que s’ouvre la porte de ta pensée
sur mon regard oublié

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’orage

On l’espère ardemment
Puis on entend venir de loin son galop
Voici que brillent ses éperons
Les mailles de l’attente se desserrent
La main de la fièvre quitte les tempes
et le ciel allume enfin toutes les lampes
dans la chambre de convalescence

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Disperser la poussière des choses
Non vraiment rien n’a changé
Sur la chaise le chapeau de l’ultime saison et la fleur ouverte d’un col de robe
Au bord de la table une carafe à combler comme un désir
A droite la coiffeuse où un peigne montre ses dents d’ivoire
et le miroir ovale où l’attente se regarde
Le volet tremble un peu lorsque l’air dénoue ses colliers
mais le temps n’a nulle envie de s’envoler
Un souffle se faufile entre les draps de lavande
L’ombre des rideaux s’allonge et quelques lueurs y accrochent parfois leurs ailes de papillon
Des patins de feutre glissent dans le soir Marthe dépose un plateau sur la table basse et le thé infuse comme un secret
Au cours de cette promenade immobile
cueillir le bleu de menthe du silence
puis converser avec la solitude
loin très loin
dans la petite chambre du Sud

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Là-bas j’en suis sûre
ta robe annonce l’aurore
et quand tu danses parmi les feuilles
le vent dessine ses murmures
Même les cailloux deviennent doux

Là-bas j’en suis certaine
la carafe est toujours pleine
le pain rond comme l’éternité
Une chaise attend sur le seuil
que j’égrène le collier du deuil

Ton souffle traverse le miroir
et lorsqu’il passe devant mes yeux
il éveille mille soleils
Là-bas tu as retrouvé le Jour
mon Amour

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parfois, mon sommeil s’ouvre…
Alors que je ne t’espérais plus,
tu me reviens
comme d’une très longue promenade…

Ton rire de jadis tinte dans le silence. Tu as gardé ton col fleuri des vacances. Tes mains jouent avec les cordes de la lumière.
Quand tu te penches à mon chevet, ta jupe bruit tel un oiseau; si je touchais tes cheveux, j’entrerais dans une nuit blonde infusée de menthe.

Mon coeur s’étonne un peu:
Tu es là, mon amie! Tu es là!
Mais plus rien ne l’effraie désormais: ni l’oeil de la lune, ni l’ombre des meubles, ni le vent qui rôde derrière les volets.

Entre nos regards, commence une autre noce…
Oui, je l’ai rêvé, ce baiser arraché dans la brume -ton départ pour Michaïlkovka, cet adieu du temps de la faim et de la soif.

Quand le sommeil s’ouvre,
tu reviens de l’éternité,
Selma,
ma seule vérité.

Géraldine Andrée

Extraits du recueil Le Bleu de menthe du silence

à paraître

Tous droits réservés@2013

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