A Notre-Dame du Bon Repos

A Notre-Dame du Bon Repos,

on rit et on pleure à la fois comme quand on était enfant et qu’on ne savait pas ce qu’on voulait ;

on coud une robe imaginaire pour feue Claire, la petite fille qui aimait tant courir dans l’été;

on ouvre les mains sans rien saisir ;

puis on berce contre son coeur le nourrisson qui a bien grandi et qui vit trop loin ;

on se penche sur les fleurs de la nappe et d’un geste, on les cueille pour en composer des bouquets de mariée ;

on se barbouille les joues de purée et de crème ;

on ne reconnaît pas son visage dans le miroir mais qu’importe puisqu’il y a toujours toujours quelqu’un par la porte qui vous appelle ;

on répète insatiablement le prénom renié pendant tant de saisons et dans cette longue psalmodie, la tête dodeline ;

on fait des signes au marronnier tout feuillu : Venez ! Vous pouvez entrer ! Il y a de la place devant la télé !

On porte à son cou comme un collier précieux une ficelle au bout de laquelle pend la clé d’un cellier depuis longtemps vendu ;

on suce son pouce comme s’il y avait de la confiture de prunes dessus ;

on attend sur le sofa rouge, son sac à main sur les genoux, le train de cinq heures qui mènera à cet hôtel clandestin du bord de la mer ;

on se fâche avec les morts dont les conversations autour de la lampe sont bien contrariantes ;

on crie dans la nuit, souvent, pour délier les serpents enroulés autour de ses chevilles puis on revient le matin, le regard clair, le front apaisé – le petit comprimé a fait son effet;

on danse la valse d’un vieux Quatorze Juillet avec son époux décédé sans s’occuper de l’infirmière autoritaire ;

on s’invente des rondes, oui ; on devient sa propre planète en orbite dans la blanche salle de séjour.

A Notre-Dame du Bon Repos, je t’ai observée :

tu fais maintenant du silence de ta chambre un vaste piano

sur lequel tu joues instant après instant,

touche après touche,

la gamme de ton âme

illisible, inaudible,

par d’autres que toi

et dont ton souffle bruyant

est le tempo.

A Notre-Dame du Bon Repos,

non seulement tu ne souffres plus,

mais tu vas vers les beaux jours,

car tu vis à rebours.

 

Géraldine Andrée

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