Maryse ou l’abondance

Le soir tombe. La petite pluie d’hiver est glaciale.

Voici Maryse avec ses sachets qui rentre dans la salle d’attente des Urgences de Saint Antoine.

Elle s’assoit sur une chaise en plastique, déplie un carton, sort un petit tupperware blanc, soulève le couvercle et dispose sur une autre chaise qui lui sert de table le concombre, le pamplemousse, l’orange, l’avocat.

Elle coupe doucement le concombre en rondelles, épluche le pamplemousse qui apparaît dans sa chair nacrée, entaille l’avocat qui s’ouvre jusqu’au coeur, détache les quartiers de l’orange dont elle ôte patiemment les filaments.

Entre ses doigts, sous les pâles néons de la salle d’attente, le concombre a des reflets d’émeraude les gouttes vermeilles du pamplemousse perlent ; l’avocat est tout doré la pulpe de l’orange brille.

Puis elle éclate de rire :

-Voilà ! C’est comme chez Maxime !

La famille ? Elle disparaît.

Les amis  ? On ne leur fait pas partager ses malheurs. La dignité n’a pas de prix. C’est, d’ailleurs, ce qu’il y a de plus beau.

Maryse mange tout en s’exclamant  :

-Merveilleux ! Il faut être ouvert à tout ce qui se présente !

Puis elle enroule son bonnet dans un drap pour en faire un oreiller, enlève ses chaussures, met ses chaussons de laine, s’allonge sur les deux chaises, se cache sous le drap en riant encore.

Le lendemain, comme tous les autres jours, Maryse se rend à l’église. Sur ses prunelles tremblent les reflets des flammes des bougies.

Ensuite, elle se dirige vers une exposition d’art.

Ce jour-là, c’est à l’Institut du Monde arabe. Elle contemple toutes les formes, tous les contours, toutes les couleurs. Elle cueille du regard une étincelle qu’un instant a posée là, sur cet objet. Debout, immobile, elle voyage au coeur des choses.

En sortant, elle déclare :

-Cela fait du bien d’apprendre ! J’adore ! J’emporte toute l’exposition avec moi !

Voilà Maryse qui a si peu et qui se réjouit de tout, qui vit dans un tel dénuement et qui pourtant célèbre un fruit, un légume, une touche de pinceau comme de véritables bijoux.

N’est-ce pas cela, l’abondance,

ce regard de reconnaissance

que l’on pose

sur tous les petits présents

du présent ?

Géraldine Andrée

Texte inspiré du reportage de Mireille Darc diffusé sur France 2 le 28 novembre 2017

Elles sont des dizaines de milliers sans abri

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