Tous ces Moi

Je songe à tous ces hommes qui disent Moi depuis des millions d’années,

tous ces Moi qui disent Moi je depuis des myriades de siècles,

tous ces défunts qui commençaient leurs phrases par Moi

alors qu’ils sont partis sans laisser de trace.

Mais peut-être qu’à l’origine de l’humanité,

les hommes en disant Moi

désignaient aussi le Moi de la goutte de pluie,

le Moi de la bulle sous la vase,

le Moi du grain de la terre,

le Moi du fétu de la brindille qui s’enflamme,

le Moi de l’écume et le Moi du sable,

le Moi du ciel dessiné en lettres rondes par ce souffle que semble exhaler la lune, là, au-dessus de la cime.

Aujourd’hui,

personne ne parle pour le Moi de l’eau qui chante sous le vent,

personne ne se soucie du Moi de la terre qui fait éclore le Moi des fleurs,

personne n’honore le Moi des racines.

Et le Moi des flammes qui réchauffent les mains ?

Le Moi des vagues qui étreignent sans retenir ?

Le Moi de chaque étoile qui nous regarde dans la nuit couleur de cendre ?

Aujourd’hui,

chacun à part soi s’exile du Moi du monde.

Et c’est bien dommage.

Géraldine Andrée

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La pente douce

Voilà.

On a fini de descendre

la pente douce.

Nos sandales,

bien sûr,

telles

des ailes

qui défiaient

la terre

voulaient

nous emmener

toujours

plus vite,

toujours

plus loin,

et l’on vacillait

un peu,

tendant

les bras

pour se raccrocher

à la lumière

mais voilà,

on a fini de descendre

la pente douce.

Les couleurs

du glacier

pétillent

devant nos yeux

-roses, rouges,

vertes, bleues-

et la mer

s’avance

dans sa blanche

robe

de dimanche :

on est en bas.

Géraldine Andrée

Un été

L’été, cette longue enfance…

La porte s’ouvre…

Tes pas

laissent

les traces

de la dernière

vague

sur le carrelage.

Grains de sel

et de sable

qui se mêlent…

Mais dis-moi,

est-ce

toi

qui es à l’origine

du murmure

du soleil

aux lèvres

des abricots ?

Nulle réponse

qui se devine.

Mais je sais

que ta peau

et la lumière

de cette journée

se ressemblent,

telles

des soeurs

jumelles…

Géraldine Andrée

Alors, je renonce

Alors, je renonce.

Je place ma paume vers le ciel

pour que ce qui est sur le point de tomber

se métamorphose

et rejoigne le Grand Elan qui réunit dans une seule étreinte

toutes choses.

Géraldine Andrée

Sans titre

On n’emporte pas là-bas
ce que l’on a.
Les meubles et les bijoux
ne passent pas la frontière.
Seul ce que l’on fut
à travers ce que l’on aima
arrive de l’autre côté :
la joue d’un enfant,
une lumière de juillet,
un après-midi de lecture
sous le marronnier,
le souvenir de chaque grain compté
sur la peau de l’amant,
l’écoute tranquille
de l’eau qui coule,
des ailes que l’on a recueillies
sans les retenir,
juste le temps 
qu’elles se reposent
au coeur des choses…

Géraldine Andrée

L’hôte

Le jardin m’accueille
avec toute
son herbe tendre,
ses senteurs
de rose,
de chèvrefeuille
et de menthe,
ses bancs
sous les branches
qui bercent
des silences,
ses ombres
bleues
qui viennent
à ma rencontre
comme si j’avais été
annoncée,
et lorsque je veux
en sa paix
m’étendre,
je deviens
l’hôte
de mon souffle
au seuil
de mes lèvres
qu’il parsème
de quelques
fleurs…

Géraldine Andrée

Rêve d’un retour

Tu me dis en rêve que tu reviens parmi nous.

Tu portes le même tee-shirt rouge que pendant les jours d’été de jadis.

Je revois tes yeux bruns derrière les verres de tes lunettes, tes veines bleues, bien gonflées à tes poignets, un peu de chocolat à la commissure de tes lèvres.

Je reconnais tes gestes lorsque tu débouches promptement le vin, le verses à chacun.

Après le repas, tu feras ronronner la cafetière.

Tu es revenu.

Et rien n’a changé.

Tout est là dans ta présence – tes habitudes, tes petites manières…

Mais tu as apporté un unique présent à ton retour.

Chaque chose que tu touches,

tu l’entoures

de lumière.

Géraldine Andrée

Les fleurs de ta chambre

Les fleurs de ta chambre
sont toujours aussi vivaces.
Dans cette demeure
où l’on connaît
les flétrissures
laissées
par le temps
qui passe,
les fleurs
que tu as cueillies
ont gardé
leurs pétales
lisses.
Toi qui te dis
trop vieille,
tu possèdes
à ton chevet
des immortelles.

Géraldine Andrée

Voyage parmi les senteurs

L’envie m’a prise hier, entre deux courses, d’aller respirer des senteurs d’Orient chez Adopt.

Je me suis enivrée de vanille, de rose, de fleur d’oranger.

Lorsque j’ai approché mon visage du parfum venant d’Egypte, j’ai eu envie de pleurer.

C’est comme si je retrouvais un très ancien pays, un temps où je suis immortelle.

En rêve, à l’aube, est passée devant la fenêtre de mon appartement à T. une jeune fille portant un turban mauve.

Je reconnaissais mon regard dans le sien qui se posa sur moi juste un instant.

Ses hanches ondulaient dans une démarche féline. Et je voyais le chemin qui se traçait sous ses pas.

Ce chemin était le mien !

Dans cette vie d’aujourd’hui, je suis reliée à une première vie, qui m’a rendue heureuse.

Une vie faite d’étoiles, de matins clairs, du ruissellement des fontaines entre deux montagnes de sable.

Une vie où je vois luire encore l’éclat des cristaux au coeur de mes paumes.

Une vie bercée par le vent du temps qui me ramène ici.

D’un corps à l’autre, on demeure. L’univers nous présente à chaque instant des miroirs.

On reste celle ou celui qui fut et qui se rappelle à nous un jour pour être reconnu(e).

Alors, je fus, oui, cette jeune fille égyptienne.

Et je continue à l’être dans toutes les époques que je franchis.


Géraldine Andrée

Quand je songe à toi,

Quand je songe à toi, dont les joues avaient gardé une flamme de couleur jusqu’au soir de ta mort, je me dis que tu t’es forcément réincarné dans une rose. Je le sais à la manière avec laquelle celle-ci, qui perce l’ombre du mur, me regarde.

Géraldine Andrée

Le seul lieu possible

Il n’y a qu’un seul lieu possible où le jardin de jadis peut chanter et fleurir

ma mémoire

qui le fait renaître
sur chacune des feuilles de mon cahier
sur lesquelles s’ouvre ma fenêtre

ma mémoire jardin devenue
pour l’âme du jardin disparu

Géraldine Andrée

L’amie

Toute petite
j’avais une amie
au rire clair
derrière laquelle

je courais 
sans jamais 
l’attraper

La rivière

Mais je n’éprouvais 
aucune tristesse
car telle
était ma joie

Jouer 
à perdre
dans le soleil

Géraldine Andrée

Rencontre

On a souvent l’impression, quand on rentre dans une librairie, qu’on décide du livre que l’on va acheter.

Je crois le contraire : c’est le livre qui nous choisit. Sagement rangé sur son étagère, c’est le livre qui vient à notre rencontre.

Il en est ainsi du Journal intime d’un touriste du bonheur de Jonathan Lehmann…

Alors que je me relève très difficilement du décès de mon père, je suis attirée immédiatement chez l’Espace Leclerc de Thionville par ce petit livre rouge de la collection Points vivre.

J’avais lu un article de l’auteur le matin même au détour d’une page Facebook !
Après le décès de son père causé par une maladie cognitive apparentée à Alzheimer, Jonathan part faire une retraite de méditation en Inde. Je me régale ! Et je m’enrichis de cet enseignement sur le bonheur.

C’est plein d’humour et de sérieux. Cela aide au détachement, au lâcher prise. Non, les êtres ne nous appartiennent pas. Oui, nous sommes libres d’aimer sans nous attacher. C’est la condition de notre accomplissement.

Je parlerai de ce livre hédoniste dans une vidéo.

Journal intime d’un touriste du bonheur

https://livre.fnac.com/a11579884/Jonathan-Lehmann-Journal-intime-d-un-touriste-du-bonheur?fbclid=IwAR1IX8E0X7KYZTM1CHihZkcp1O


Ce livre m’attendait !

Géraldine

Tu as dit avant de partir

Tu as dit avant de partir :
« Je mets des chaussettes neuves »
puis tu t’es chaussé.

Tu ignorais alors
que pour le voyage que tu ferais,
tu n’avais nul besoin de marcher.

Je ne sais pas
comment tu t’en es allé.
Est-ce ton souffle qui,

en sortant de toi-même,
avec l’ultime force
du courage

t’a emporté ?
Ou est-ce le souffle
d’une mer

dont le nom
n’existe pas encore
sur une quelconque

carte du monde
qui t’a emmené ?
Je crois

que ce sont les deux
réponses
qui conviennent.

Ton souffle
s’est élargi
comme la mer

qui rassemble
tous les bleus
et t’a guidé

dans ton élan
loin de la terre.
Tu as dit avant de partir :

« Je mets des chaussettes neuves »
puis tu t’es chaussé.
Mais pour tes pas

devenus lumière,
un chemin dans l’air
était déjà tracé.

Géraldine Andrée

Tu n’as rien perdu

Tu n’as rien perdu
Il y aura toujours
d’autres soirs doux
annonçant le rendez vous

entre une étoile
et une feuille de menthe
sur le chemin qui mène
à la maison de vacances

Géraldine Andrée

En ce clair matin d’avril,

En ce clair matin d’avril,

tu sens battre en ton coeur

une telle ardeur

de vivre

-tournesol

d’or

autour duquel

le jour

fera sa ronde-

qu’il te semble

que ton chemin

vient enfin

à ta rencontre…

Géraldine Andrée

Les mouvements de l’âme

Suivre les mouvements de son âme est important pour aller à destination, c’est-à-dire se rendre à notre destinée…

Âme… Inconscient…

C’est sans doute la même chose et on a tort de dissocier la spiritualité de la psychologie car on y retrouve des conseils communs, des valeurs semblables.

Jung appelait l’âme ou l’inconscient l’océan.

Le Très Vaste dans les limites d’un corps… Telle est l’âme.

Suivre les mouvements de son âme permet d’accéder à cette sérénité à laquelle tout le monde aspire – l’ultime degré, celui de l’Illuminé.

Les mouvements de l’âme n’ont pas de logique apparente. Mais, comme les marées de l’océan, ils obéissent à une volonté plus grande, un cycle cosmique.

Suivre les mouvements de son âme, c’est accepter de combler ses besoins.

C’est faire ce que l’on aime, ce qui nous fait vibrer dans l’instant présent.

Sortir ou rester assis ;

peindre ; écrire ; sculpter ;

rêver ; se promener ; nager ; voyager ; prendre en photo les variations lumineuses du chemin au rythme de notre passage…

Les mouvements de l’âme sont changeants.

On peut vouloir méditer puis sortir et faire la fête…

L’âme a tant de facettes !

Les accueillir toutes, c’est rencontrer l’entièreté de son Être.

Paul Brunton a écrit dans Le Sentier caché qu’aller à la rencontre de son propre mouvement intérieur,

ce quelque chose,

« était la première intimation de son âme. »

Les mouvements de l’âme ne sont pas utiles, c’est-à-dire qu’ils ne nous mènent pas à un résultat raisonnable, un but rationnel, un point précis ; du moins pas ceux auxquels on s’attend.

L’âme est comme la vague : elle prend plaisir à danser dans toutes les directions avant de toucher le rivage.

Ce qui est certain, c’est qu’elle atteint toujours la rive à laquelle elle est promise.

Je nous souhaite de vivre ainsi en suivant les mouvements de notre âme toute notre vie.

On avance alors avec tant de légèreté !

Confiance en sa danse !

Géraldine Andrée

Tout sur cette photo

Tout sur cette photo a disparu : le jardin, la chatte, la maison et mon père qui avait acheté cette maison. 
Tout.
Il n’y a guère que moi qui suis encore là. 
Le vert des herbes et des arbres n’existe plus que dans ma mémoire.
Il reste aussi cette photo, quelques autres, et mes poèmes pour ceux qui me lisent, seules preuves que tout cela a existé, que ce n’était pas qu’un rêve.

Géraldine

PS : J’ai encore le chapeau.

Le printemps

On voit poindre les bourgeons au dessus des grilles de la ville.
Les crocus mauves sont encore clos sur eux-mêmes. Ils gardent leur corolle pour un autre soleil.
Des notes d’oiseaux sautillent de branche en branche.
Le printemps est venu en catimini. Il a traversé des nuits de vent et de pluie à pas de chat.
Et aujourd’hui, il est là.

Géraldine Andrée

La lampe

Il me semble
que j’ai laissé
en partant

une lampe
allumée 
là-bas

Je songe
au coeur
de sa clarté

qui bat
et éclaire
le bras

d’un fauteuil
l’arabesque
d’un tapis

de Perse
sur le seuil 
le couvercle

doré
du poudrier
devant le miroir

et peut-être
un spectre
qui cherche

son chemin
Il me semble
que j’ai laissé

une lampe
allumée
là-bas

dans la nuit
close
de la demeure

et si je ferme
mes paupières
très fort

je crois voir
son coeur
d’or

qui m’envoie
l’aile
de sa lueur

Géraldine Andrée

Mon sentier secret

Voici que je retrouve mon sentier secret,
celui que je prenais pour m’échapper de la gravité de mon enfance,
un sentier bordé de soleils et de noisetiers, 
infusant de thym l’air bleu du matin.
Ce sentier, je le connais bien. 
Il est tracé en moi comme ma destinée.
Qui sait où il me mènera ?
Peut-être vers l’endroit où je suis née,
là où la nappe de la lumière miroite dans le vent pour m’accueillir,
vierge de tout souvenir.

Géraldine Andrée
Journal

La maison de mon rêve

Je changeais d’étage dans la maison de mon rêve.

Il me suffisait de descendre quelques marches pour retrouver un appartement semblable à celui du dessus avec des fenêtres qui s’ouvraient à fleur de terre.

Le ciel, blanc comme une nappe de fête, se déversait sur ma page et des senteurs d’herbe fraîche infusaient la lumière débordant de tous les contours du paysage.

Une vie bougeait en moi. Elle battait doucement comme une aile non loin de mon coeur.

Et je songeais dans ce secret tremblement que, si je faisais un test de grossesse, celui-ci s’avérerait positif.

Je savais avant la nouvelle qu’un enfant était annoncé.

Toute ma conscience en était pleine.

Puis, je tournais la tête et je te voyais, assis, buvant un verre d’eau de lavande.

Je craignais que cela ne te fît du mal mais tu me répondais que la lavande était un bon calmant pour le coeur et que, là où tu étais, cela n’avait guère d’importance ; plus rien ne te ferait de mal car ton coeur était devenu vaste.

Tu m’offrais même une gorgée.

Toi, le défunt, tu m’offrais le présent d’une belle eau bleue où miroitait le jardin qui bordait la fenêtre et d’où tu avais sûrement dû cueillir ces fleurs.

Tu me disais, sans parole :

La vie est encore possible !

Je te demandais sur l’ancien ton insolent d’une fillette qui défie son père :

Alors, prouve-le moi !

Et ton sourire me déclarait :

La seule preuve

consiste… 

à vivre !

Géraldine Andrée

Je te vois vivre

Je te vois vivre
dans l’ancien jardin
dont tu fais le tour
de long en large
dans le jour gris
de la cour

Tu te penches
sur des fleurs
qui brillent 
encore
comme les feux
des étoiles mortes

Tu cueilles
des fruits
qui serviront
tu dis
à garnir la tarte
du dimanche

puis tu te relèves
et tu coupes
avec le geste
sec
du sécateur
perdu

depuis longtemps
les tiges
qui dépassent
de la haie rouge
bordant l’enclos
d’en face

Je ne veux pas
te distraire
de ton rêve
car j’ai peur
que te reviennent
tes peurs

Tu me dévisages
un instant
avant de me tourner
le dos
Alors
je te regarde

suivre
ce sentier
invisible
que toi seule
tu vois
parmi les feuilles

J’accepte
que tu restes
dans le jardin
de jadis
pendant
que le temps

passe
et t’oublie

Géraldine Andrée

Perce-neige

La première
lueur
d’une fleur
perce
la neige


Persévérer
Persévérer
jusqu’à ce que les épreuves
d’elles-mêmes
s’abrègent

Géraldine Andrée

J’ai revêtu pour la nuit

J’ai revêtu pour la nuit
ma chemise de jeune fille
et je me suis endormie
avec l’espoir serein
de retrouver le lendemain 
le clair de jour d’antan
derrière le silence en voiles blancs, 
l’odeur du lait 
qui s’attarde pendant les vacances
dans un rêve lointain,
le bruit d’une porte qui s’ouvre
et toi qui reviens de courses,
apportant dans ton cabas rouge
le journal, du persil en bouquet,
un pain frais et quelques pommes de terre douces
dans leur robe dorée,
pendant que je me réveille, 
certaine que mes yeux, une fois leurs paupières levées,
ont le pouvoir de te faire réapparaître, rajeuni de toutes ces années 
où je n’ai pas encore vieilli.
J’ai revêtu pour la nuit
ma chemise de jeune fille.

Géraldine Andrée

Partir de bon matin

Partir de bon matin
Prendre le premier train qui descend vers le Sud
Filer à fleur de colline en sens inverse du fleuve
A voir les petits astres de givre sur les branches
je sais que c’est encore ton pays de brume et de neige brune
ton pays dont je garde allumées comme des veilleuses de réconfort 
les lueurs des anciennes lampes derrière les paupières de mon rêve 
Mais partir tout de même
Fuir ton absence qui me hante jusqu’au coeur des poèmes
Franchir doucement la frontière invisible
pour me surprendre à revivre
Accrocher à la ligne du quai mon regard
Avancer vers d’autres couleurs qui changent selon l’air chargé de rumeurs
Déambuler dans les rues où tu n’as jamais marché
M’effacer le temps d’un éblouissement dans les encorbellements dont tu méconnais les soupirs cachés
Ne plus craindre de retrouver ta trace dans ce pays de vent et de vague
Tenir dans ma paume un fruit que tu n’as pas goûté
Monter cet escalier où l’écho de ton pas n’a jamais résonné 
Espérer là où le souvenir de ta présence est impossible
Voir grandir au soleil mon ombre sans songer à la tienne qui a disparu
Et puis de jour en jour au rythme des musiques des étreintes des oublis qui me mènent toujours plus loin
m’apercevoir que ton sourire entrouvre l’azur du soir
et que dans la foule ou la solitude
dans les villes ou les jardins
au bord des périphériques ou des fontaines
derrière un bar ou un coteau de fleurs
je ne fais que bercer ta mémoire sur mon coeur

Géraldine Andrée

Partir de bon matin…

Mêmes ombres

Mêmes ombres
qui me montrent
que je demeure
la même

qu’au temps où tu vivais :
Vivante
puisque j’avance
sur ce chemin de terre.

Les ombres sont les mêmes que celles de l’an dernier à cette heure,
longues et dansantes quand j’avance,
bordées d’or et de bleu, 
insistantes lorsque je ferme un instant les yeux.
Pour les ombres du jour,
il n’y a pas de différence entre la présence et l’absence,
la vie et la mort, 
car elles soulignent les contours
de tous les corps,
y compris ceux d’une tige qui ploie.
Elles accompagnent mon chemin, que je tienne ou non ta main.
Me devançant toujours légèrement, elles mettent mes rêves en mouvement vers demain.
Je dois continuer
à espérer en la force d’un monde qui demeure 
de printemps en printemps, 
puisque les ombres sont les mêmes que celles de l’an dernier à cette heure.

Géraldine Andrée

Si j’ai la foi

Si j’ai la foi, je deviendrai l’étoile en laquelle je crois.

Je me dis
parfois
que si j’ai la foi
inébranlable

au pouvoir
de naissance
de nouvelles
étoiles

tu reviendras
Alors 
je m’engage
à croire

en cette froide
nuit
qui recouvre
le moindre souffle

et dans laquelle
se sont croisées
à jamais
tes mains

Je place
toutes
les lueurs
des bougies

que contient
notre demeure
dans ta chambre
si noire

car je me dis
que si j’ai la foi
absolue
en leur force

de durer 
un instant
supplémentaire
à tous ceux

qu’une étincelle
nouvelle
éclaire
déjà

tu reviendras

Géraldine Andrée

Délivre-toi !

Délivre-toi !

Mets de l’énergie dans le souffle du Vivant !

Tu es l’oiseau qui danse à fleur d’écume,

tu es la vague qui ajoute son éclat à ton éblouissement,

l’épi dans le champ,

l’étincelle du vent caressant le chaume,

la corolle ouverte sans attente.

Tu es ton propre chemin.

Va !

Sois libre !

Le monde n’exige rien de ton existence,

il se plaît seulement

en présence de ton sourire content,

et au son de ton rire d’enfance

qui bruit

dans cet absolu contenant

qu’est ta Joie !

Géraldine Andrée

Message obtenu par écriture automatique le 30 janvier 2018

J’ai pris ta montre dans mes mains

J’ai pris ta montre dans mes mains
Ta belle montre d’or dont la petite aiguille s’est arrêtée sur dix heures
Cette montre que tu n’as pas eu le temps de remonter car ton coeur a cessé de battre avant l’aube
J’ai pris ta montre dans mes mains

Je la contemple chaque matin
Je te revois tourner le minuscule bouton en haut du cadran pour qu’elle marque la journée depuis ton lever
Tu étais soucieux du fonctionnement de toutes les horloges de la maison et de la montre à ton poignet

Tu aimais passer ton temps à le compter
Chaque jour je me demande désormais
Vais-je remonter ta montre ?
Sans toi le monde continue de tourner
et les jours de passer

Un matin je prends mon courage à deux mains
Je tourne le minuscule bouton dans le sens où va le temps
Je désigne l’heure la minute
et s’ensuit la juste seconde
dont j’approche le cliquetis de mon oreille

Ta montre alors que tu es feu
a un éclat de soleil
et pendant que tu es couché
dans une nuit sans aube
l’aiguille trotte menu

La journée commence à peine
pour mon coeur en peine
Mais il me semble ce matin
que je tiens ton coeur
dans mes mains

Géraldine Andrée

Ton manteau rouge

Je ne pleure plus
en songeant
à ton manteau
rouge 
que je voyais
toujours
de loin
quand
le train
entrait
en gare
J’ai cessé
de pleurer
le fait
absolu
que tu aies
cessé
de m’attendre
sur le quai
Un
par une nuit
de décembre
afin
de ne pas voiler
cette flamme
permanente
qu’est
devenu
ton manteau
rouge
dans la nuit
de ma mémoire

Géraldine Andrée

Traits d’union

Traits d'union Noces entre le temps et l'éternité
Traits d’union Noces entre le temps et l’éternité

J’aime mettre des traits d’union
Noces entre deux de tes noms
Féminin et masculin André-Marie
Noces entre des mots qui résonnaient chacun pour soi 
Et qui soudain se reconnaissent s’inversent et s’allient
Noces entre la lumière et le vent
L’eau et le sourire
L’aile et le souffle
La patience et le jour 
La main et le regard 
L’étoile et le pardon
La terre et le ciel
Entre toi et moi
Trait unique 
Pour deux visages d’une même joie
Et qui se cherchent 
De chaque côté de la rive 
Que sépare la longue nuit 
Blanche de givre

Géraldine Andrée

Donnez-moi mon Dieu une longue nuit

Donnez moi mon Dieu
une longue nuit
où j’aurai la conscience
du noir de la terre
de la ténacité des racines qui s’enchevêtrent
de la persévérance de la plante en plein hiver
Une nuit où je serai témoin de la rencontre entre un astre et une pierre
où la lune descendra jusqu’à mes paumes
où la neige aura des reflets d’émeraude avant de fondre sous le souffle de ma prière
Une nuit pour écouter ce que mon coeur tente de me dire
pour donner un fauteuil à mes ombres
pour inviter l’espérance à mon chevet
La reconnaître lui sourire et lui dire C’est Toi
Une nuit pour retrouver les noms les plus lointains et leur tendre les bras comme si le temps n’avait rien emporté
Donnez moi mon Dieu une longue nuit
pour achever mes rêves
et me réveiller plus tard à Ses Côtés
avec l’éclat insolent de l’enfance qu’Il m’a donnée   

          Géraldine Andrée

La flamme

En hommage à mon père

Quand
la flamme
monte,
il me semble
que tu es là,
que ses reflets
passent
sur ton regard
invisible
qui, pourtant,
me voit.
Alors,
je place
mon assiette,
mes couverts
en face
de la flamme
dans sa robe
de verre
et je mange
en silence
à côté
de toi.

Géraldine Andrée

Le gel brille sur la route

Le gel brille sur la route
Les lumières de la ville ajoutent une étincelle à chacun de mes pas
Un souffle glacial fendille mes lèvres
Les fenêtres des maisons s’éclairent avant de clore leurs volets
J’aimerais compter chaque lampe que je vois
Mais je compte les heures qui me séparent de ton départ
Voilà une semaine que tu es parti
Et ma peine s’agrandit
Tu ne seras plus jamais là
Aucun billet d’avion ou de train aucun message électronique aucune lettre aucun appel téléphonique aucun don de télépathie
ne pourront t’atteindre
Il me semble qu’en marchant
je m’éloigne de toi qui as quitté ce monde
Rien de ce qui passe ne peut s’étreindre
Même la neige la plus coupante dissout sa lame sur la rose des paumes réunies
Qui attend l’Autre s’il existe un autre temps ?
Toi le mort moi la vivante ?
Toi qu’on dit feu moi dont le sang incarnat suit encore la loi de son propre courant ?
Je redoute de vivre de faire fondre ton souvenir au contact de la chaleur de ma chair qui vibre
Alors j’attends
J’avance autrement
Posant mon regard sur chaque étincelle d’hiver qui brille sur ma route

Géraldine Andrée
Hommage à mon père décédé dans la nuit du 11 au 12 novembre 2018

Un mot suffit

Un mot suffit

et voici

le plancher de bois qui craque,

la cuisine qui fleure la compote fraîche,

la senteur du savon de lavande

dans le lavabo de faïence,

la respiration du lierre près du volet,

le coeur de la lueur

battant contre le verre de la lampe,

la broderie du dimanche

dans son halo blanc,

et si, mot après mot,

on avance

vers la profonde

conversation

des fauteuils

qui se regardent

dans l’ombre,

voici

le mot

qui luit

comme le cadran

de l’horloge

toute ronde

du salon

et qui désigne

la seconde

du retour

en enfance,

Beaujour…

Géraldine Andrée

Sans titre

Il m’arrive de voir
entre des mots banals
le ciel tout piqueté d’étoiles
de ma jeunesse au Portugal

Géraldine Andrée

Pour écrire,

Pour écrire,

il faut vivre.

Alors, vis !

Marche du côté du soleil ; éprouve la force du vent ; danse sur la musique qui se présente ; accompagne le sentier ; rêve, le visage tourné vers la lumière

puis cours vers le baiser qui t’attend !

Tu seras fidèle à la page plus tard…

 

Géraldine Andrée

Tous ces livres de développement personnel

Tous ces livres de développement personnel dont les rayons regorgent…

Il y en a pour tous les goûts, tous les rêves, tous les désirs, toutes les quêtes…

Avec cela, tu n’as pas le droit de ne pas avancer…

Tous ces livres de développement personnel, j’aime passer beaucoup de temps à les feuilleter.

De l’astrologie à l’onirologie en passant par la numérologie, le Miracle Morning, la thérapie par le Reiki, la pensée positive, le bon usage de la loi d’attraction…

Que de connaissances à ma disposition !

Grâce à ces livres, j’ai pu surmonter des épreuves, continuer à vivre.

Gratitude à Louise Hay qui m’a appris à affirmer qui je suis, à Dominique Loreau qui m’a enseigné la légèreté…

Et tant d’autres : Docteur Wayne Dyer, Joseph Murphy…

Avec tous ces livres de développement personnel, je peux me soustraire au temps terrestre, échapper à la ronde monotone des jours et des nuits, prendre conscience que mon rêve est vérité, que tout est possible.

Bien sûr, beaucoup de sujets me semblent disparates. Mais je me raisonne. Je me dis :

– Mmm ! Tous les chemins mènent à Rome !

Aujourd’hui, je me promets de choisir Le Livre qui me fera avancer, celui qui m’indiquera les balises, me montrera la bonne direction, pourquoi pas…

Je demande à Mes Anges :

-Chers Anges ! Pouvez-vous me montrer, s’il vous plaît, mon Livre de Vérité !

Alors, je cherche. 

Et plus je cherche, moins je trouve.

Plus je cherche, plus je m’égare.

Entre toutes ces manières de Vivre Positif, je suis toute désorientée.

Ce n’est pas encore aujourd’hui que je vais avancer plus loin !

Mais avancer vers quoi ? Vers quelle destination ? Quelle destinée ?

Ne suis-je pas bien là où je suis, là où j’en suis ?

Ce que je suis, n’est-ce pas déjà suffisant ?

Je reviendrai demain.

Peut-être aurai-je l’esprit plus clair sur ce que je veux lire, étudier.

Je sors du magasin, déçue, les mains vides, le porte-monnaie encore bien rempli.

Je rentre chez moi. J’allume une bougie.

Et je regarde le mouvement de la flamme, la métamorphose de ses couleurs au rythme de son tremblement. Je vois son or traversé de reflets. L’ombre tout autour de moi s’éclaire.

La flamme s’incline dans la nuit vers le côté où elle a envie.

C’est inexplicable. Mon souffle y est pour quelque chose mais pas seulement.

Il y a une cause mystérieuse au frémissement de la flamme.

Je tends mes mains vers sa lumière.

Je lis alors ma propre page intérieure.

En me contentant de mon regard posé sur cette lueur,

je découvre l’essentiel :

Qu’importe ce que je sais ou ne sais pas, qu’importe où j’en suis sur mon chemin si c’est bien mon chemin. 

Mon destin est celui-là :

je viens de la même étincelle

que celle

de la flamme qui bat.

Géraldine Andrée

Tout vit près de ta maison

Tout vit près de ta maison.
Les feuilles chantent dans leur ronde
pendant que la brise sautille de seconde en seconde. 
L’herbe est toute étoilée des ailes de la saison.
Les manèges rutilent
Et l’on entend derrière les branchages leur musique dont les notes tintent au rythme des lampes qui clignotent.
Les enfants ont des barbes à papa rose.
Des pétales devant les pas se déposent.
Le chemin va de soleil en ombrage, d’ombrage en soleil et le trait tremblant de la lumière entoure les visages.
Le temps s’oublie dans une bulle de jus de fruits qui crépite à la blonde surface.
Dans un autre verre se reflète le souvenir d’un sourire qui passe.
Tout vit près de ta maison.
Et moi, je songe qu’il ne faut pas que je parte trop tôt
car je risquerais peut-être de manquer
l’apparition de ton ombre blanche
à la fenêtre,
une fois les persiennes ouvertes.
Alors, je me regarde t’attendre
dans les yeux des gens
qui poursuivent ensemble
leur beau rêve de dimanche.

Géraldine Andrée

Un seul souffle

Nous venons tous
d’un seul souffle
que nous transmettons
jour après jour

par le souffle
de notre parole
ou de notre respiration
au monde

qui nous entoure
jusqu’à notre retour
vers ce premier
souffle

Géraldine Andrée

Petit matin de septembre,

tu es ce linge mouillé

doucement passé

dans la chambre

de mon coeur

où demeure

la frêle

trace

des pas

de ma foi

quand je me lève

pour réaliser

mon rêve.

Géraldine Andrée

Toute petite, tu adorais te lever tôt.

Toute petite, tu adorais te lever tôt.

Ton coeur battait vite à l’idée de découvrir la rosée du jardin, de suivre la promenade des fourmis sur le muret, de laver puis de coiffer tes poupées, d’enfourcher ta bicyclette rouge et de traverser la lumière.

Chaque jour te semblait un présent enrubanné dans des flots de clarté.

Le matin s’annonçait riche de tous les jeux possibles.

Tu t’éveillais alors que l’ombre ne s’était pas retirée, pour être souverainement libre !

Mais dis-moi, pourquoi ? Pourquoi manques-tu chaque jour désormais le rendez-vous de l’aube ? Pourquoi son radieux dévoilement n’attire-t-il plus ton regard ? Pourquoi as-tu cessé d’assister à la lente révélation des feuilles et des cimes ? Pourquoi tes paupières demeurent-elles closes pendant que la brume laisse apparaître l’or du sentier qui n’attend que tes pas  ?

Parce que la société a lentement saboté tes désirs, raboté tes rêves, freiné l’élan de tes idéaux.

Parce que tu t’es perdue dans les exigences des autres.

Parce que tu t’es éloignée au fil des jours de ton âme.

Parce que tu crois en avoir fini pour toute cette vie avec l’enfance.

Et pourtant, combien d’aubes te reste-t-il à vivre ? Tu l’ignores.

Et s’il ne te restait qu’un jour à vivre, celui de Demain, ne te lèverais-tu pas aux aurores pour vivre tout ce qui t’est donné ? Manquerais-tu une seule couleur, un seul chant, un seul souffle, un seul frémissement ?

Cours, chante, prie, ris, fais ce qu’il te plaît. Imagine, compose, crée dans ta langue personnelle un monde qui te correspond.

Lève-toi, ouvre ta fenêtre, élargis ton horizon.

Il est temps, mon enfant, de vivre chaque jour le dernier matin

à partir duquel ta vie commence.

 

Géraldine Andrée

La foi du jardin

Quand je vois

la manière

avec

laquelle

 

les roses

blanches

se penchent

vers le soleil,

 

les feuilles

déferlent

sur les tuiles

de l’auvent,

 

offertes

par la corbeille

prodigue

du vent,

 

l’oiseau

cueille

un éclat

d’herbe,

 

le lierre

près de ta fenêtre

rutile

de toutes

 

ses tiges

vertes,

je pense

que le jardin

 

croit

que tu reviendras

en robe légère

dès demain…

 

Géraldine Andrée

Je sonne encore une fois chez toi

Je sonne encore une fois chez toi.

Quatre petits coups secs.

Et j’imagine

que ces quelques

notes

sautillent

telles

des billes

de seconde

en seconde,

de bibelot

en bibelot,

qu’elles passent

devant le regard

de la jeune fille

qui se promène

dans le jardin

du tableau,

rebondissent

sur les touches

blanches

et noires

du piano,

puis qu’elles touchent

dans un ultime

écho

le coeur

du silence

qui tremble

comme un grelot.

Ici, la rue

bruit

et rutile

au soleil

du mois d’août.

Des adolescentes

passent

en robes courtes

et leurs rires

tintent

comme des perles

qui s’échappent

d’un bijou.

Leur joie

m’est presque

insolente.

J’attends,

l’index

tendu

vers le bouton doré.

Personne

n’a répondu.

Il fallait s’y attendre…

C’est le matin

et pourtant,

il est bien trop tard.

Mais je veux en avoir

le coeur net.

Alors, je sonne encore une fois

chez toi.

Quatre petits coups secs.

Géraldine Andrée

Les souvenirs du corps

Il paraît que les souvenirs du corps retournent à la nuit de la terre
le souffle du vent dans les cheveux
les paillettes de soleil sur les yeux
le passage de l’eau entre les doigts
les grains de sable mouillé étoilant les paumes
le galop du rire dans la gorge
le sang vermeil des fruits sur les lèvres
le parfum trouvé dans l’échancrure
la guirlande de notes d’une symphonie qui vibre des reins aux tempes
Il paraît que les souvenirs du corps n’ont qu’une seule destinée l’Oubli
si personne ne s’en fait le porte-parole
Et si
ces souvenirs ressentis éprouvés aimés
par l’Être tout entier
étaient l’ultime élan
pour son Envol ?

Géraldine Andrée

Tu as laissé les choses t’attendre

Tu as laissé les choses t’attendre :

l’aiguille en chemin sur le gilet de laine, les touches qui ont besoin de la danse de tes mains pour allumer leurs notes.

La grande ombre noire du piano se dresse dans l’ombre grise.

Seul le miroir regarde de son oeil rond la page de la partition.

Tu as quitté tout cela de façon si soudaine !

Tu es tombée dans la cave un soir de décembre.

Après un séjour à l’hôpital, on a dû faire ta valise.

J’imagine la fois ultime où un rayon de soleil a doré les objets de ta vie.

Puis, on a fermé les volets sur les futures saisons.

Le silence a recouvert de son grand manteau tous les fauteuils de ta maison.

Parfois, mon songe me mène à pas secrets

vers le cordon délié de ta robe de chambre

posée sur le dossier d’une chaise.

La journée est longue mais sonne toujours l’heure où tu rentres.

Y a t-il vraiment des départs qui ne demandent pas de retours ?

Tu as laissé les choses t’attendre.

 

Géraldine Andrée

Alors, je sonnerais chez toi

Alors, je sonnerais chez toi.

Tu apparaîtrais

dans l’ombre,

vêtue de ta robe

de chambre.

 

Tu me demanderais

comme d’habitude

« Qui vous êtes ? »

Et je chasserais

ce sentiment

 

de solitude

pour répondre

« Géraldine,

la fille de ta soeur. »

Tu sourirais,

 

incrédule,

et tu t’effacerais

de l’autre côté

du seuil :

« Entrez ! Madame! »

 

Je n’entendrais

que les bruits

de mes pas

guidés par tes chaussons

de coton.

 

Nous longerions

le couloir

jusqu’au salon

éclairé

par une lampe

 

frêle,

quelle que soit

l’heure,

et même quand il fait

grand soleil.

 

Je m’assiérais

sur le fauteuil

de velours

et nous garderions

ensemble

 

le silence,

partageant

néanmoins

le battement

de coeur

 

de la pendule

au-dessus

de la crédence.

Je te regarderais

dévider

 

tes éternelles

pelotes

de laine

de toutes

les couleurs,

 

couper

les fils

avec ton ciseau

aussi petit

que celui

 

d’une écolière,

et les rassembler

délicatement

comme si c’étaient

des tiges

 

de printemps.

Alors, je sonnerais

chez toi,

aujourd’hui

comme hier,

 

pour te voir faire

à ta manière

un bouquet

de laine

afin qu’il dure

 

toujours.

 

Géraldine Andrée