La maison de la mémoire

Il faut bien y croire :
La maison n’est plus.

Et les fenêtres, ces soleils que tu vois,
le toit pourpre au couchant,
les feux des rires éclatants,

l’odeur de la cannelle
qui se mêle
à la lavande,

les pas de pluie dans le couloir,
le manteau accroché de l’enfant
au retour de l’école,

le murmure du temps
au centre du cadran,
la mésange qui s’envole

depuis la tuile
au-dessus de ta chambre,
tout cela n’existe

que dans ta mémoire,
ta mémoire qui, seule,
demeure,

ta mémoire
devenue demeure
pour la maison morte

qui ouvre désormais
sa porte
sur tes yeux clos.

Il faut à présent
y croire.

Géraldine Andrée

Ne pas entrer

Ne pas entrer
dans le souvenir du jardin.
Les feuilles y sont trop vives
pour mon silence.

Les senteurs
que révèlent
les pétales
éternels

des fleurs
qui bordent
le seuil
de ma mémoire

me soulèvent
le cœur de peine.
Je ne peux boire
pour me consoler

l’eau de la fontaine
qui danse pourtant
de tout son reflet
dans ma main.

Le suc des tiges
perle
sans récolte
derrière mes paupières.

Il n’est point
d’instant de rencontre
entre mon pas
et la terre des allées

qui m’attendent
depuis tant d’années,
tels des bras
ouverts.

Et cette feuille de menthe
que je cueille parfois
en rêve
ne chante pas

sur mes lèvres
au passage
alerte
de mon souffle.

Aucune bougie
que j’allume
à mon chevet
en l’honneur

de l’enfance
ancienne
ne ressuscite
le soleil

qui éclairait, jadis,
la cime
bourdonnante
du chêne.

L’entrée
dans le souvenir
du jardin
m’est interdite

car si jamais
je prenais le chemin
qui gambade
là-bas,

jusqu’au bassin
miroitant
dans sa lumière
d’argent,

je partirais
si loin
et si longtemps
que je crois

que je ne reviendrais pas.

Géraldine Andrée

J’ai bien le temps

La grille
se referme
sur l’ultime
visiteur.
En guise
de premières
lampes,
le soleil
accroche
encore
quelques
lueurs
sur les hautes
herbes.
Le sentier
demeure
bleu
pour mon prochain
pas.
Le chêne
entonne
une autre
antienne,
celle du soir,
quand toute
chose
laisse
une ombre
frêle
dans le regard…
Et la brise
en son haleine
pose
sur l’une
de ses notes
sa senteur
de verveine.
Maintenant
que je peux
rentrer
en moi-même,
j’ai bien
le temps
pour un poème.

Géraldine Andrée

Au large

En ce jour de la Fête des Mères,
j’ai souhaité une bonne fête à ma mère.
Elle n’a pas compris.
Mais elle croit reconnaître
la bicyclette rouge
de son enfance
dans le vert de l’herbe
et elle me demande
sans cesse
pourquoi
sa mère
n’a pas répondu
à sa lettre.
Depuis le temps
qu’elle est en vacances
dans un autre temps…
Elle pourrait donner
de ses nouvelles !
Vraiment,
elle exagère !
Que voulez-vous ?
Ma mère n’est plus ici.
Elle est sur un océan
où se mélangent
les ans
et les jours
qui ressemblent
à la nuit.
Ma mère est partie
au large
d’Alzheimer.

Géraldine Andrée

Sans titre

Quand j’écris
longtemps,
ma plume
elle-même
disparaît
et je deviens
une feuille
de printemps
qui dessine
en dansant
cette phrase
dont la seule
syntaxe
est le mouvement
du vent

Géraldine Andrée

Ta voix

Ta voix désormais
me parle au-delà des mots
ta voix faite de marées
d’herbes d’étoiles à l’unisson

d’ouragans aussi
qui traversent les nuits
pour me rapporter
un pétale d’Asie

destiné
à marquer
les pages
de mon livre

ta voix qui me dit
que je n’ai pas fini
que je dois poursuivre
ma vie

pour t’écouter
encore
jusqu’à la prochaine
aurore

jusqu’à ce que je délivre
ton message
de feuille
en oiseau

jusqu’à ce que je devienne
moi-même
cette voix qui te répond
au-delà des mots

Géraldine Andrée

Image d’un jardin

Je ne peux plus entrer dans ce jardin.
Mais il est dans ma chambre

un chemin
vif-argent
qui traverse
les feuillages
et qui me mène
à la petite tonnelle
où le soleil
se penche
sur un bouquet
de fleurs blanches.

Si je m’approche
de plus près,
je vois
les flammes
follettes
des abeilles
qui tournoient
autour
des menthes
fraîches

et je suis presque
le témoin
du rayonnement
du silence
dans les corolles
ouvertes
qui exhalent
leur âme
d’herbe
en herbe.

Même
si ce jardin
n’est plus à moi,
j’y entre
par un sourire.
Il suffit
que je contemple
son image
pour que se produise
la rencontre

entre son souvenir
et mon visage.

Géraldine Andrée

Pour que le jardin revienne

J’ai tout accompli
pour que le jardin revienne :
j’ai allumé des bougies
sur les autels ;
j’ai invoqué Pan,
le dieu des vignes
nouvelles ;
je me suis donné le défi
de franchir
des grilles
interdites ;
j’ai voyagé loin
pour retrouver
des jardins
qui ressembleraient
au jardin égaré.
En vain.
J’ai alors fait l’inventaire
pendant les longues nuits
sans lune
de la lueur
de chaque fruit
et légume
puis les tempes
brûlantes
d’insomnie,
j’ai compté
jusqu’à la frontière
du sommeil
chaque brin d’herbe
vive
et dans mon rêve
j’ai cru que la lumière
des trèfles
m’éclairait
comme une fleur.
Un jour,
de guerre lasse,
j’ai posé ma main
sur l’une des feuilles
de mon carnet,
comme jadis
lorsque je touchais
la terre
au matin.
J’ai tracé
ensuite
un frêle sentier,
celui d’un poème.
Alors, par miracle,
tout s’accomplit.
Puisque le jardin
ne pouvait venir
jusqu’à moi,
j’arrivai
jusqu’à lui,
et le voici
dans ce vers
ultime.

Géraldine Andrée

Le jardin sous la pluie

Il a plu
si vite
et si dru
de la grêle

que le jardin
se réveille
dans des lueurs
insolites

et même
le brin
d’herbe
le plus frêle

se constelle
de mille
étincelles
si bien

que la pelouse
devient
une galaxie
terrestre

et quand je lève
les yeux
vers les arbres
les feuilles

paraissent
des myriades
d’astres
qui me regardent

Il faut
que je me dépêche
de fixer
dans mon esprit

la vérité
de ce spectacle
irréel
avant que le jardin

ne s’ébroue
et ne fasse disparaître
avec tout
son souffle

chaque goutte
suspendue
dans laquelle
il se reflète

et se reconnaît
en tant que ciel de verdure

Géraldine Andrée

Souvenir d’un ciel

Je me souviens que, toute petite, je regardais le ciel étoilé depuis la fenêtre de ma chambre. J’avais alors le profond sentiment d’être chez moi, dans le vaste univers.
Puis, obéissant aux nombreuses obligations et contingences, je me suis exilée de cette maison immense que j’ai retrouvée en 2015, au cours d’un voyage à Majorque :
je me suis accoudée à la rambarde au-dessus de la mer et, lorsque je me suis perdue dans la contemplation de la nuit, il m’a semblé retrouver dans l’une des étoiles la lampe de ma chambre de toujours.

Géraldine Andrée

L’enfance c’est

L’enfance c’est

les scoubidous de réglisse pendant la varicelle
défier la vague qui arrive droit sur le château de sable
le sac du cartable qui scie le dos
une poignée de terre où grouillent des fourmis
la poupée que j’allaite à travers mon pull
la craie qui s’effrite entre mes doigts
le cahier taché par les fraises
les larmes qui étalent l’encre
le nounours aux oreilles mordillées
le cercle gris du compas
un dessin gâché par un ciel d’orage que j’ai peint trop noir
les cheveux devant les yeux
le jardin qui me raconte des histoires quand il vente
la langue que j’invente pour que mes parents ne me comprennent plus et c’est tant mieux maintenant j’ai mes secrets
le hibou du cauchemar
le pipi au lit qui m’a envahie de chaud au cœur de la nuit et qui glace mes draps au matin
la peau épaisse du lait qui m’écœure avant l’école
le chewing-gum qui m’explose en plein visage
mon théâtre de marionnettes en carton pâte
le rouge à lèvres qui ne me va pas
la trace de mes dents sur la pomme verte
le goûter au fond de ma poche
essayer de retenir l’eau m’apercevoir que je n’y parviens pas Alors je m’y prends autrement Je n’essuie pas mes mains pour garder encore un instant captives de ma peau ces gouttes qui tremblent

Géraldine Andrée

Il se fait tard

Il se fait tard.
Rassemblons les enfants
dans le jardin
devenu noir.

Un papillon
de nuit
tourne autour
du dernier verre.

Les points roux
d’une cigarette
luisent
avant de s’éteindre.

De l’ombre
du taillis
jaillissent
quelques lucioles.

Et deux mots
portés
par les ailes
de deux bises

se posent
sur les joues :
À bientôt !
Puis une phrase

qui prolonge
d’un instant
le sursis
s’ajoute

au silence
qui suit :
– Soyez prudents
pour conduire !

La route
est grise
et on voit mal
les panneaux

au tournant
de l’église !
-Pas de souci !
répond un ami.

La flamme
d’une bougie
tremble
sur un ultime

éclat
de rire
et se balance
au passage

de ta robe
blanche
entre
deux temps,

entre
la présence
et l’absence
de ton regard

qui me sourit
au-delà
de la grille…
Il se fait tard.

Géraldine Andrée

La rencontre

Lorsque j’écris
loin
de l’inquiétante
rumeur
du monde,
il se produit
une indicible
rencontre
entre le frêle
bruit
de la page
qui se tourne
et le tout
petit
crépitement
de la feuille
qui tombe
sur le sentier
de jadis.

Géraldine Andrée

Le jardin inconditionnel

Je ferme les yeux pour ouvrir une porte sur un autre seuil
où feuilles et oiseaux m’accueillent.
Et soudain, c’est tout un jardin qui fleurit derrière mes paupières dans le matin bleu roi.
Nulle nécessité d’ouvrir une porte.
Le jardin est en moi.

Géraldine Andrée

Disponible

Je mets mon portable
sur mode avion
et je photographie
en un battement
de cils
l’envol
du pétale
de fleur
de la luciole
de couleur
et pour attraper
un éclat
d’instant
avant
qu’il ne se dérobe
je suis
le fil
invisible
de ta parole

Géraldine Andrée

Ta veste

Ta veste
épaisse
reste
désormais
sur la chaise.
Tu n’en avais plus besoin
au moment de partir.
L’air était assez
doux
et tout
vibrant
de lumière,
quelle que fût
la saison.
Tu étais délivré
de l’obligation
de faire des courses
dans la froidure
des matins.
Pour l’endroit
où tu te rendrais
en te balançant
entre l’éternité
et le temps,
nulle recommandation
de te vêtir
chaudement.
Le vent cesse
pour toujours
ses morsures
féroces
sur ta peau
qui a l’habitude
d’être traversée
par les vagues
venues
du grand Sud
du ciel.
Ta veste
épaisse
reste
désormais
sur la chaise,
présence
sans corps
que tu me laisses
pour le prochain
matin blanc.

Géraldine Andrée

Le jour trop grand

Le jour est désormais
beaucoup trop grand
pour que ses trésors
nous soient révélés

Il faut accepter
que soient cachés
à notre âme
jusqu’au lendemain

les pointillés
vermeils
des premières
lueurs

le frisson
des ailes
dans un rayon
de soleil

chaque feuille
de trèfle
en sa goutte
de rosée

la dentelle
de la brise
qui s’accroche
à une note

le petit chemin
qui écarte
les ombres
du jardin

pour éclairer
la lisière
inconnue
du monde

la colline
qui ôte
de son épaule
l’écharpe des nues

Il faut consentir
à vivre
sans avoir la preuve
de la naissance du jour

Mais l’aurore
demain
reviendra
Il faudra alors

être là
avec toute la foi
de son regard
d’enfant

pour être le témoin
du grand silence
qui précède
le miracle

Géraldine Andrée

Mots posthumes

Je ne peux te parler
penchée sur la pierre
ou debout
dans les brumes de l’hiver
Mon poème
ne peut se déployer
devant les yeux violets
des chrysanthèmes

Je ne peux trouver les mots
que si je suis entourée
par les flammes
rouges
des bougies
lorsque le soir tombe
sur la journée
bien vécue

Je ne peux te raconter
nos souvenirs
en commun
que si je suis enveloppée
par du mohair doux
et que sur mes genoux
ronronne
le chat roux

Je me sens alors
assez en confiance
pour ouvrir la fenêtre
de mon cahier
sur un jardin d’été
et t’écrire une lettre
que tu lis pendant
qu’un mot se destine

à contenir
dans le reflet
de sa goutte
toute ta mémoire
C’est ainsi
que ton absence
se métamorphose
en histoire

et que je retrouve
ton cœur
dans le point
d’or
de chaque lueur
L’encre
de ma peine
se met en mouvement

comme le sang
dans mes veines
Je ne peux
te ressusciter
en nous deux
que si la chaude
bonté de la vie
revient

aussi sûrement
que l’aurore
du jour
de ta naissance

Géraldine Andrée

Sans titre

Quand j’écris
un poème
que je dédie
au jour lui-même,

les mots
percent
la neige
de la page,

les mots
font fleurir
l’hiver
dans mon regard.

Géraldine Andrée

Pourquoi vivre ?

Pourquoi vivre ?

Parce que tu es l’auteur du poème
de chaque instant
passé, à venir.

Parce qu’il faut que tu te lèves
pour que l’aurore de chaque mot
délivre la Vie.

Géraldine Andrée

La robe de l’autre été

J’ai voulu porter
la robe de l’autre été
pour redevenir
l’autre que j’ai été,

riante et légère,
telle la phrase
du vent
dans la lumière.

La robe,
comme hier,
avait dans le jour
des reflets

de moire
qui soulignaient
les contours
de mon corps.

Un instant,
j’ai cru revivre
l’élan de la vague
sur la rive

quand j’ai retroussé
son ourlet roux
juste au-dessus
du genou.

Mais ce fut un instant
bien fugace
car j’ai éprouvé
le poids amer

de toutes
mes expériences
vécues depuis
l’autre été :

les regrets, les deuils,
les projets abandonnés
comme des bagages
de vacances

sur le seuil.
Assurément,
je ne redeviendrais plus
l’autre que je fus,

encore un peu enfant,
qui veillait
jusqu’à l’aube
sur ses rêves.

Pas à pas,
je me suis alors
approchée
du miroir

et là, dans mon regard,
j’ai lié connaissance
avec celle
que je suis devenue,

avec la femme qui existe
par ce matin
de beau soleil,
et la robe

ouverte
sur mon cœur
a frémi
comme un message :

si la beauté
qu’elle a gardée
ne m’a pas rendue
neuve,

elle a revêtu
de clarté
toutes
mes épreuves.

Géraldine Andrée


Le sentier de solitude

Je me promène
souvent seule.
Je franchis le seuil
et m’en vais loin.

Comme je ne me soucie
de nul regard,
je danse en suivant
le foulard du vent.

Comme je n’ai pas à parler,
je siffle pour attirer
l’esprit bleu
des feuilles

qui devient
cette brindille
voletant
devant mes yeux.

Comme je n’ai pas à écouter,
je tends l’oreille
vers les bourdonnements
du soleil.

Comme je n’attends rien
de personne,
je me fie à l’instant
qui me guide

toujours
vers l’un
de mes désirs
d’enfant.

On me reproche
souvent
de m’égarer
sur le sentier

de solitude ;
on me dit
que je m’échappe
ainsi

du monde
des vivants.
À cela je ne peux
que répondre

que je donne
vie
à tous les possibles
et que ma solitude

n’est autre
qu’un sentier clair
qui accompagne
la lumière.

Géraldine Andrée

Lorsque je prends ma plume

Lorsque je prends ma plume, je ne sais ce que je vais écrire…
Sait-on, quand on part en promenade,
ce que l’on rencontrera :
quel parfum, quelle aile, quel pétale ?

Et même si la brindille d’or
– bien qu’on l’ignore –
nous donne rendez-vous,
celui-ci prendra l’apparence

d’une simple coïncidence
entre notre regard
et un éclat d’instant
qui s’appellera « miracle ».

Alors, comme je n’ai aucun pouvoir
sur le mot ou la phrase
annoncés
selon la volonté du Très-Haut

qui descend dans le ciel
de ma page,
je fais seulement confiance
à la toute première

goutte d’encre.

Géraldine Andrée

Le spectacle

Je ne veux pas attendre que la société aille mieux pour avancer car elle n’ira pas mieux avant longtemps et l’expérience de l’attente ne me suffit plus.

Alors, j’avance. Je nourris mes passions, je lis des livres qui me plaisent, j’écoute des musiques vibrantes, je regarde des vidéos inspirantes.

Quoi qu’il arrive, il y aura toujours Vivaldi et la poésie.

Et puisque les salles de spectacle ne rouvrent pas, le spectacle se déroule en moi.

Ce spectacle, c’est celui du temps qui fait danser chaque instant.

Géraldine Andrée

La porte entrouverte

Le petit sentier
m’a guidée
jusqu’à l’ancienne
dépendance

et j’ai revu
la porte
entrouverte
comme jadis

d’un pouce.
Pendant
un court
moment,

je pense
que tu es de retour
de ton long
séjour

et que tu affûtes
tes outils,
penché
sur ton établi.

Alors, j’écarte
du seuil
les feuilles
rousses,

je pousse
la porte
et j’entre
à pas

de chat
pour te faire
la surprise,
comme si j’étais

moi-même
redevenue
enfant.
Mais je m’aperçois

vite
de cette évidence :
mon pas
rencontre

le silence.
Seul,
le vent
a rendu visite

à ton absence.

Géraldine Andrée


Avènement

Comme
chaque grain
annonce
le chemin

que chacun
de nos mots
prépare
l’aurore

pour notre regard

Géraldine Andrée

L’éclat de l’instant

Écris
aujourd’hui
sur l’éclat
de l’instant

quand
la goutte
d’encre
meurt

en brillant
pour donner
naissance
au mot

suivant

Géraldine Andrée

Paysage d’un poème

En quelques
mots
redonner
au ciel

de mon enfance
sa lumière
puis
avec mon crayon

qui danse
retracer
le chemin
qui mène

à la feuille
la plus lointaine
En quelques
mots

faire
en sorte
que ce bref
poème

contienne
comme
une fenêtre
ouverte

le vaste
paysage
de jadis
où renaître

Géraldine Andrée

Lorsque j’écris

Lorsque j’écris,
je donne
un jardin
à mon être,
un chemin
à mon regard,
la source
d’un chant
au silence.
Par ma trace,
j’efface
toutes
les frontières.
J’élance
la vague
d’une phrase
vers l’infini
grâce à un seul
mot
de foi.
Je dessine
une route
pour d’autres
voix.
Lorsque j’écris,
je deviens un pays
en Soi.

Géraldine Andrée

L’anthologie de poèmes

Dans cette anthologie
de poèmes
qui viennent
de Chine,

je cherche
le signe
que tu es en vie
dans un pays

plus lointain
encore
et je tourne
les pages

jusqu’au seuil
de la nuit,
jusqu’à ce que je découvre
que chaque mot

est une aile
que m’envoie
de plus loin
que ce monde

la Vie…

Géraldine Andrée

Le rêve d’un poème

Dans mon rêve
se dessine
le chemin
d’un poème

Il prend
pour élan
le fil
de mon souffle

qui le mène
vers la vague
de la phrase
sur la page

blanche
comme la plage
dans la lumière
du matin

Et je franchis
alors
la si fine
lisière

d’or
qui m’invite
à effacer
toutes les lignes

depuis longtemps
tracées
afin que le poème
dessine

dans ma vie
le chemin
confiant
de mon rêve

Géraldine Andrée

Je me demande

Je me demande si tu portes toujours
là-bas ta chemise rouge
et ton pantalon de velours.
En as-tu encore besoin alors que ton corps est aussi flottant
qu’une volute d’encens
dans le soleil d’un éternel jour ?
À cette question, je n’ai aucune réponse.
Un papillon de nuit traverse le silence
et accroche ses ailes à un rayon de ma lampe.
C’est tout.

Géraldine Andrée

En enfance

Je retrouve ce matin
l’émerveillement de mon regard
posé sur la neige
dont je veux décrire l’éclat
sur la page

signe que je suis bien
en enfance
car j’éprouve
de l’enchantement
sans trouver un seul adjectif

Géraldine Andrée

Mon souvenir

Mon souvenir
me ramène
comme un vent doux
l’odeur
du maïs roux
cuit sur des braseros
au bord
de la Mer Noire
et dont les braises
ces étoiles rouges
parsèment
encore
ma mémoire

Géraldine Andrée

Que de poèmes

Que de poèmes
cette fenêtre a pu voir
écrits
dans la lumière
du matin ou du soir
Je la garde pour toujours
ouverte
dans ma mémoire

Géraldine Andrée

Ils discutent

Ils discutent sur de grandes théories
puis se disputent.
Moi, je ferme les yeux
et je suis la courbe douce
d’un chemin dans la lumière d’un ancien été.
C’est tout ce que je sais.

Géraldine Andrée

Rose

Comme elles étaient roses, tes oreilles, quand tu gisais froidement dans ton lit blanc !
C’était un rose qui aurait pu être celui d’un autre temps,
un rose à tes joues montant,
lorsque tu étais de retour de ta promenade
à travers un jour de décembre mordant.
Ce rose que je peux revoir aujourd’hui
dans ma mémoire
me fait croire
que tu reviendras de ton hivernage
encore plus vivant.

Géraldine Andrée

Le billet

Je dépose un billet sur ce site, comme cela, de temps en temps, ou plus souvent, tous les jours si je le souhaite, si j’ai le temps.

Je glisse un billet ici comme à travers le seuil d’une porte et j’aime imaginer l’inconnu qui va découvrir mes mots ayant franchi la limite entre l’extérieur et l’intime ; la personne anonyme qui ouvrira le billet à sa manière, c’est-à-dire en cliquant sur son titre.

Peut-être ce billet l’accompagnera-t-il dans sa journée ou peut-être sera-t-il oublié aussitôt après sa lecture… Je ne sais.

Mais je suis sûre d’avoir accompli ma part. J’ai adressé aujourd’hui mes mots à un regard, ma voix secrète à un visage.

Il ne me reste plus qu’à m’en aller à pas silencieux,
à laisser le billet faire son chemin
de l’écran aux yeux,
des yeux à une émotion,
sous une lampe qui n’est qu’un point lumineux
quelque part en ce monde

– jusqu’au prochain message.

Géraldine Andrée