Je voudrais que ma mère redevienne comme avant

Je voudrais que ma mère redevienne comme avant

exigeante difficile

mais fabriquant des bouquets de fleurs séchées

qu’elle mettait dans mes vases

cousant des jupes et des chemisiers de couleur

faisant courir le fil derrière l’éclat de l’aiguille

s’arrêtant d’essuyer pour écouter

les sonates de la pluie

de Chopin

Ma mère est là et pourtant

elle est absente

car elle vit dans un autre temps

où disparaît la mémoire

Ma mère et là et cependant

je ne la reconnais pas

car elle ne sait plus vraiment

qui je suis

Il n’y a que dans les rêves

où je retrouve ma mère

après l’avoir cherchée 

en suivant

la trace 

ancienne

de mes pas

sur cette terre

Et là

dans cette inflexion de voix

qui est bien sienne

elle me dit 

qu’elle ne laissera pas la vie

l’emmener trop loin

puis elle me parle

du feu des fleurs

de son enfance

J’ai alors la certitude

dans ma solitude

de fille

que ma mère est redevenue

comme avant

ma naissance

c’est-à-dire

une jeune fille 

qui se fait belle

qui attend

qui espère

une joie

que je ne connais pas

Géraldine Andrée

Certains soirs

Certains soirs
j’aime m’asseoir
pour écouter le silence
et entendre
la goutte d’eau
qui tombe
sur la faïence
et mon souffle
qui épouse
la respiration
du temps
pour donner naissance
à une pensée
un poème
un rêve
ou simplement
un autre instant
où j’appartiens
à moi-même

Géraldine Andrée

Mon Dieu donnez-moi le temps

Mon Dieu
Donnez-moi le temps
De poser mon regard
Sur ce nuage blanc
Qui se promène
Dans l’espace
Puis d’en laisser
La trace
Sur la page
Blanche
Par un poème
Écrit
À l’encre
Noire
Donnez-moi
Mon Dieu
L’instant
De ce nuage
Le nuage
De cet instant

Géraldine Andrée

Les morts sont si présents

Ils sont si présents, les morts.
Ils entrent dans votre rêve
Et s’assoient à votre chevet
Comme des visiteurs de toujours.
Il vous semble alors
Que c’est vous qui êtes
Le gisant.
Ils vous regardent longtemps
À travers la monture d’or
De leurs lunettes,
Leurs mèches
Bouclées.
Et vous comprenez
Ce que sans mot
Ils vous disent.
Puis, lorsque sous la surprise
De leur bienveillance,
Vous vous réveillez,
Ils disparaissent
Comme si vous les aviez chassés.
Vous cherchez encore
Leur silhouette
Sur les rais de lumière
Que laisse le lampadaire
Dans votre chambre
Bercée par le battement
Du cœur de la ville.
Mais il faut vous résoudre
À prolonger votre rêve
Sans eux.
Ils reviendront peut-être
Dans une autre nuit.
Qui sait ?
Eux seuls connaissent
Le secret de leur retour.
Il vous suffit de vivre
Votre songe,
D’attendre,
D’espérer
Qu’ils traversent
Votre monde
Quand vous avez
Les yeux fermés.

Géraldine Andrée

L’aube

On attendait un grand événement
qui nous rende heureux
Finalement c’est l’aube qui arrive
une aube toute timide


blanche
comme une communiante
qui se colore
d’un rose amoureux


montant
vers nos yeux
Et alors que l’on espérait
la grande passion


la richesse peut-être
voilà qu’on est entouré
de chants d’oiseau
de source claire


de jeune lumière
qui nous demande
d’aller juste un peu plus loin
de vivre ce jour


jusqu’au matin
suivant
Et l’on comprend
que le seul grand événement

c’est cette aube
destinée à naître
pour mieux nous reconnaître
tel que l’on est


et tel que l’on sera
à l’aube prochaine
c’est-à-dire semblable
à notre joie

Géraldine Andrée

Je veux être tranquille

Je veux être tranquille
simplement tranquille
comme la pomme
cachée dans l’herbe haute
un rayon de soleil
accueilli par l’eau
une petite herbe
qu’agite
un peu de brise
être ces deux insouciances
qu’un clair instant accorde
à la fois le souffle
et le brin d’or
Et si par pur hasard
quelque chose m’anime
que ce soit un battement de cil
quand l’étoile me donne
l’illusion que je m’en approche

Géraldine Andrée

Le poème entre

Le poème
entre
par un interstice
invisible
de la chambre

pour se lover
sous la lampe
et sa respiration
me tient compagnie
jusqu’au matin

jusqu’à ce que la nuit
cède
et rende
à ma fenêtre
le chemin

Géraldine Andrée

Lorsque je suis fatiguée de la vie

Lorsque je suis fatiguée de la vie,
je me repose sur une feuille blanche
et son silence ranime mon souffle
qui se fait chant.
C’est ainsi
que je reprends
Vie.

Géraldine Andrée

Dis-moi mon ami

Dis-moi
mon ami
si tu n’as pas eu trop de chagrin
à partir
et si tu avais
pour la force
de ton chemin
le lait
du ciel

Géraldine Andrée

Sans titre

Mais quel est donc
ce pied
qui foule
les feuilles
si tôt
le matin ?
C’est celui
de mon amie
la Poésie.

Géraldine Andrée

Partir seule

Partir seule
le soir
à l’écart
pour trouver
l’inspiration
et revenir
avec une feuille
de menthe
à glisser
dans le prochain
carnet
où chaque
feuillet
n’est encore
que silence

Géraldine Andrée

Des voix

De l’autre côté
du seuil
de ma mémoire
des voix conversent

Annie Berthe
Esther Maria
et annoncent
sans savoir

qu’elles s’adressent
à moi
Patience
Le jardin va refleurir

Géraldine Andrée

Tout est inscrit

Tout est inscrit dans mon corps comme dans un livre,
les heures de chagrin qui attendent que le jour les délivre,
mais aussi le chant du jardin à l’aurore.


C’est pour cela que je compare si souvent
le papier à la peau.
Les deux prouvent que l’on existe.

Géraldine Andrée

Je t’ai cherchée

Je t’ai cherchée
dans les grandes places
où se perd le regard
sur les rails gris
qui mènent
vers des pays
trop lointains
dans les ombres
des cafés
au petit matin
sur le chemin
qui tremble
au fur et à mesure
que le pas
s’avance
vers le brouillard
au coeur
de jardins
qui ne se situent
nulle part
et même
dans cette armoire
où je n’ai reconnu
en guise
de présence
que les lettres
ternes
de ton prénom
inscrit
sur un cahier brun

Et qu’importe
que mon songe
m’ait dit
« A force
de trop chercher
tu t’égares »
je t’ai cherchée
encore et toujours
jusqu’à l’aube
suivante
jusqu’à ce que je découvre
soudain
ce soir
un poème
qui évoque
une adolescente
qui te ressemble
jouant devant son miroir
avec la longue natte
de la lumière
là juste de l’autre
côté
de la porte
entrouverte
et je sais
que tu te trouves
désormais
en moi-même

Géraldine Andrée

Je connais par coeur le silence

Je connais par coeur le silence de là-bas, la terrasse déserte après que toutes les voix se sont éteintes, la braise d’or du mégot qui palpite encore, une luciole qui vole autour de la carafe, le lait des étoiles qu’une main immense verse seulement pour soi sur le petit chemin noir et la respiration des vagues qui berce le souvenir de ce moment, comme s’il était un enfant simplement endormi dans la mémoire.

Géraldine Andrée

Je connais par coeur le silence de là-bas.
Je connais le silence par son coeur qui bat.
Géraldine Andrée

La maison de là-bas

Il faut que je laisse aux ombres
Des recoins
La maison de là-bas
Même si elle n’est qu’à quelques pas
Elle se trouve loin
De ma vie désormais
La maison qui a clos son coeur sur le silence
Et dont la lumière éclaire toujours
De toute sa présence
Les meubles sans les habitants
Les tiroirs sont des tombes
Pour les souvenirs d’enfance
Les fauteuils de velours
Attendent un retour
Qui ne se produira pas
L’armoire a refermé ses portes
Comme des bras de morte
Sur la corbeille des repas
Je t’entends dire
Dans ma mémoire
Je vais remonter l’horloge
Mais remonterait-on pour autant
Le temps
Jusqu’au signe
Ultime
De la main ?

Géraldine Andrée

La fenêtre ouverte

Je rêve de devenir fenêtre ouverte sur l’invisible

J’ai en moi
une fenêtre ouverte
sur un jardin
et lorsque j’ai besoin d’aide
ou de conseil
ses feuilles de trèfle brun
me donnent en guise
de soutien
leurs étincelles

Géraldine Andrée

Le poème retrouvé

Quand j’oublie
le titre
d’un poème
je prie
Saint Antoine
de Padoue
et voici
que je le retrouve
tout brillant
dans ma mémoire

comme la gourmette
de mon baptême
que je croyais perdue
un soir
et qui m’a appelée
par l’éclat
de mon prénom
lorsque je me suis mise
à genoux
sur l’herbe noire

Géraldine Andrée

Sans titre

Ma main rose
se pose
sur la page blanche

Sous le chiffon gris
d’un ciel de pluie
les tuiles brillent

Même le silence
a un reflet d’eau
qui danse

Tel est ici
le tableau
d’un moment

Géraldine Andrée

Sans titre

Commencer son livre dans la lumière dorée d’une fin de journée,
c’est ce que j’appelle le bonheur de vivre.

Géraldine Andrée

Le jardin se prépare

Le jardin se prépare
à l’écart de tout regard.
Il mêle pour les iris
de la fontaine
le mauve, le vert et le bleu.
Il affine la lumière
de ses sentiers.
Il place une aile
sur la courbe
d’une herbe.
Il prolonge
la danse
d’une branche
par quelques points
d’or
et il offre
à chacune
de ses feuilles
une ombre
brune.
Le jardin se fait beau
pour se reconnaître
dans son tableau
avant, peut-être,
de faire éclore
nos yeux…

Géraldine Andrée

Ton souvenir

Ton souvenir
est comme cette veste
que tu as laissée sur la chaise
avant de partir là où je ne vais pas encore

et que je revois
à chacun de mes retours
Je la déplie alors
la défroisse

la déploie
et y retrouve
tes bras
qui s’ouvrent

Géraldine Andrée

Le jardin

J’ai marché jusqu’au jardin bien que cela fût vain.
Depuis que sa porte est fermée, je sais combien il importe à mon désir.
Pouvoir, chaque jour, prendre un bain de feuilles et de notes, même si cet oubli est court.
Suivre l’allée douce avec mon panier de courses.
Prolonger le temps, au retour, sur un sentier détourné qui franchit le seuil de l’autre côté, là où brillent les feux des rosiers.
Jouer avec le regard de l’enfance à saute-soleil entre les branches.
M’asseoir dans la lumière qui s’attarde comme si l’on était dimanche.
Depuis que le jardin est fermé, je rentre tôt pour ouvrir mon cahier.
Et là, entre les lignes, apparaissent les fleurs de glycine
qui entourent ton prénom séparé du mien,
par un seul espace de ciel blanc.

Géraldine Andrée

Sans titre

Il n’a pas conscience d’être beau le chat
Il n’a pas connaissance de la profondeur de son regard
de la courbe gracieuse de son échine
du pouvoir envoûtant de ses griffes
et de la caresse de sa présence
Il s’accroche puis lâche prise
vient et repart

Je veux être comme le chat
insouciante dans ma manière de vivre
captant seulement le poème du livre
au moment où il me contemple
et jouant jusqu’au bout
avec le fil du jour
qui pour l’instant encore

se dévide

Géraldine Andrée

Sieste

Dans la lumière
les persiennes sont closes
Sous le chiffon mouillé
la table est encore constellée
de lueurs d’argent
qui vont bientôt s’éteindre
On a rangé le dernier couvert
dans la crédence
C’est l’heure où les abeilles
elles-mêmes se reposent
sur les feuilles de lierre
et où l’oubli de tout
ce qui fut vécu
le matin
semble étreindre
l’âme qui s’abandonne
Mais alors que l’on croit
qu’il n’y a plus personne
le souffle du dormeur
dans son fauteuil
s’enroule comme un chat
autour du silence
tandis que l’ombre de Claire
depuis longtemps partie
franchit le seuil
et entre dans le coeur
de porcelaine
de la moindre chose
sans le briser

Géraldine Andrée

Sans titre

Les enfants couraient si loin
parmi les herbes folles
qu’ils ne pouvaient prononcer
en rentrant
une seule parole.

La corbeille
débordait
de grappes de raisin
couleur
d’ambre

et chacun se rappelait
en son coeur
qu’on était très proche
du mois
de septembre.

Claire
en robe blanche
se déhanchait
sur la terrasse
au rythme du jazz.

Toi, tu suivais,
paupières
mi-closes,
le vol
d’un songe intérieur

et j’ai souvenance
de t’avoir demandé
« A quoi tu penses ? »
Tu t’es contenté
de sourire.

Le sentier
tremblait
à la tombée
du bleu
comme un feu follet

et une voix
a proposé
que l’on reprenne
encore
une goutte de liqueur.

J’ai dit
que je préférais, moi,
du café.
J’espérais
que la nuit

brillerait
de toutes
ses étoiles
pour le retour.
Puis, nous nous promîmes

de revenir
aux prochains
beaux jours.
La floraison
du lilas

nous ferait
sans doute
signe
à la fenêtre
de notre désir,

où que l’on soit.
Personne
ne savait,
je crois,
que tout ce que nous vivions

dans l’infini
présent
de ce soir-là
était pour
la dernière fois.

Géraldine Andrée

Chanson de l’instant

Puisque je ne peux rien faire pour le futur,
puisque mon influence sur Demain est impossible,
agir uniquement dans l’instant présent,
le seul vivant

– jouer, m’accorder du plaisir,
accomplir des choses gratuitement -,
donner toute ma foi
à cette particule de poussière

que mon souffle
soulève
pour l’inviter à danser
dans le soleil

ou aux prunelles
du chat
qui m’observe
par la fenêtre ;

faire présent
de tout mon être
à ce seul instant
qui est là.

Géraldine Andrée

Le pouls de notre monde

Le pouls de notre monde ralentit, mon ami…

Pourtant, il n’y a jamais eu autant de fleurs dans le soleil,
autant de chants dans les feuillages…
Déjà, chaque brin d’herbe bourdonne
et le ciel offre tout son bleu
à la cloche de Pâques qui sonne.
Les corolles révèlent leur regard
tandis que tu t’ensommeilles.

Le pouls de notre monde se suspend d’un temps.

La résine, elle, se constelle d’argent
sous la caresse de la lumière.
Une vague de vert s’entrouvre
pour ce souffle qui n’est pas le tien,
mais celui de la brise
débordante de parfums
sur son propre chemin.

Et la sève – ce sang des branches
et des tiges –
bat au rythme d’un temps
dont seul l’Univers
comprend l’indicible
murmure,
alors que tu songes

à revivre demain,
si c’est possible.
Mais aujourd’hui,
tu ne peux rien
changer de ta main,
rien ordonner
selon ton désir,

car le pouls de notre monde ralentit,
mon ami.

Géraldine Andrée

Sans titre

Il y a un tel calme
dans la chambre
que l’on entend
trembler

légèrement
la porte
sous un frêle
souffle

qui passe
par la fenêtre
ouverte
et l’on se demande

Ne serait-ce pas
sa propre
âme
qui entre ?

Géraldine Andrée

Méditation pour le deuil

Derrière
mes paupières
s’ouvre
la grille rousse

et voici tout
le jardin
éclos
pour l’aile

de mon rêve
que mon frêle
souffle
t’envoie

Géraldine Andrée

A cet instant

Tant de questions me taraudent en ce moment !
J’ai peur du chaos…
Comme il est loin, le jardin de l’enfance !
Mais en attendant, à cet instant, je me rends à l’évidence :

Tout est bien :


L’éclat de l’encre brille – étoile contenue dans un mot
Ce cahier est ouvert comme une corolle
J’ai de l’eau, à manger
Je peux dormir dans mon lit
J’ai le temps de me pencher sur un livre au soleil
Mes appareils électriques fonctionnent
J’ai suffisamment d’encre pour cette éternité


Alors, tout est bien dans ce monde qui est aussi le mien.

Géraldine Andrée


undefined

Quand reviendras-tu, Selma ?

Quand reviendras-tu, Selma ?

J’ajoute une bougie à la nuit.

Puis, je mets ma tête

dans mes mains

pour dérouler

sous tes pas

le chemin

du jardin

et avec ton prénom

que je répète,

j’allume les trois notes

de la sonnette…

Je t’offre mon attente,

Selma,

toute

mon attente.

Géraldine Andrée

Maison de lumière

J’ai rêvé
que la maison de M
était toute éclairée
comme au temps ancien
alors que ses habitants
sont feus
depuis longtemps

Une lampe à chaque fenêtre
Une fenêtre pour chaque regard
afin que le chemin
mène
très sûrement
à la porte
à la Vie

Géraldine Andrée

Le journal de gratitudes

Ecrire m’a souvent aidée à vivre.

Et si je vous écris ce billet, aujourd’hui, en ces temps difficiles, c’est pour vous faire part d’une pratique qui me redonne du souffle pendant les épreuves : c’est la tenue du journal de gratitudes.

Dans un petit cahier, intitulé Carnet du Bien ou Carnet d’Optimisme, vous notez ce que vous avez apprécié ce jour, ce que la vie vous a donné en abondance et de manière unique, comme :

l’ombre de l’arbre qui danse sur l’herbe,

la première primevère,

les manèges rouges de la place.

Je n’ai pas vécu cela aujourd’hui puisque, comme vous, j’étais chez moi.

Alors je note

la lumière qui a touché mon visage lorsque j’ai ouvert le volet,

l’odeur du café près de mon livre,

et, surtout, le chat, installé sur le rebord de la fenêtre du voisin, qui regardait aux confins de moi-même

quelque chose d’important que je détiens et que, pourtant, je ne connais encore pas.

Et vous ?

Géraldine Andrée

Dans le jardin

Dans le jardin
que je peins
et où il y a le banc
le feuillage

le sentier
qui se jette
dans tout
le paysage

j’ajoute
une étoile
qui n’existe pas
dans le modèle

initial
mais qui est là
palpitante
comme un pétale

ta voix

que je reconnais
à la couleur
qu’elle donne
au silence

de ma toile

Géraldine Andrée

Josette

J’ai rêvé cette nuit de Josette.
Elle me disait :
– Parfume-moi !
Et je lui proposais
des senteurs de rose, de jasmin, de lilas,
puis mon parfum quotidien,
le plus velouté,
comme la houle du jardin
en été,
celui dont je pulvérise
quelques gouttes
le matin
dans mon col de laine
et qui étoilait sa gorge
redevenue laiteuse
et douce
à l’échancrure
de sa robe
d’enfant :
Poème.


Josette me souriait
et ajoutait :
– C’est assurément toi !
J’ai quitté ce monde
beaucoup trop tôt !
J’aimerais davantage
te connaître !
Et dans son regard,
je découvrais soudain
mon visage,
mes yeux profonds,
celle que j’étais
depuis toujours,
comme dans un miroir.
A travers Josette,
je faisais ma propre
rencontre.

Géraldine Andrée

Sans titre

Je ne pleure plus
ton départ
car ce voyage
tu l’as déjà fait

et le chemin
dans l’aube
j’en suis sûre
te reconnaît

Géraldine Andrée

De ce voyage

De ce voyage
on sait le départ
de la personne
sans qu’une porte
ou une fenêtre
ne soit ouverte
et l’adieu
quand une larme
fait trembler
une dernière fois
son regard
sur nos yeux

Mais après
que l’être
a franchi
la ligne
de crête
et qu’on a peut-être
pu le suivre
en rêve
de l’autre côté
du bleu

on ne sait rien
de ce grand pays
qui s’appelle Tout
dans lequel il arrive
libre
de ses bagages
et même de nous

Rien du tout

Géraldine Andrée

Partir en fraude

Placer le signet
à la dernière page
Qu’importe
que sur la table

le bol soit
encore
à moitié rempli
de lait

Ne choisir
que des vêtements légers
Là-bas la lumière
est si chaude

Ne pas oublier
cette robe
de flanelle
échancrée

au dos
qui donne
l’impression
d’avoir des ailes

Emporter
avec soi
tout ce qui n’a pas été dit
les secrets maudits

Mais rendre
aux autres
leurs pensées
leurs sentiments

afin de ne pas alourdir
ses bagages
et retarder
la destination

Délier ses cheveux
pour le passage
du vent
puis poser

sur chacun
de ses pas
une fleur
de silence

C’est l’instant
qui précède
l’aube
l’heure

de partir
en fraude

Géraldine Andrée

The shape of my heart

Écouter The shape of my heart le soir,
quand la petite lampe allonge les ombres
et que ma page
est la seule île de lumière.

Géraldine Andrée