La nuit est venue

La nuit est venue
sans que je m’en s’aperçoive
Il y a quelques instants encore
je distinguais les fleurs

Puis une encre noire
a recouvert leurs couleurs
et le chemin du jardin s’est perdu
Le voisin a fermé portes et volets

Toutes les lampes sont maintenues
secrètes
bien loin des regards qui les cherchent
Au silence désormais il faut que je boive

après m’y être penchée
et reconnue
puisque la nuit est venue
sans que je m’en aperçoive

Géraldine Andrée

Il y avait dans la ville

Il y avait dans la ville
le coeur d’un jardin tranquille
battant en chaque note d’oiseau
en chaque goutte du jet d’eau

Dans l’ombre du feuillage
apparaissait un visage
qui se penchait sur mon coeur
quand j’avais peur

de ce fidèle fantôme
dont la robe blanche
de communiante
effleurait les fleurs

Aujourd’hui
le jardin vendu
est tout autre
Il a vécu

de telles métamorphoses
que je ne reconnaîtrais plus
la moindre de ses notes
la moindre de ses gouttes

Et ce cher visage
n’existe que dans l’ombre
de mon coeur
qui bat juste

un peu plus
lorsque je suis de passage
dans cette ville
qui ressemble à toutes les autres

Géraldine Andrée

Tout l’espace

Laisser tout l’espace
Au silence
Pour entendre
Le murmure
Qui s’annonce

Comme cette vague
Venue
De la lisière
D’une matinée
Blanche

Géraldine Andrée

Je les envie, les gens

Je les envie,
les gens qui nettoient chaque année les tombes,
changent et arrosent les fleurs.
Il me semble
qu’ils préparent
dans l’ombre froide de novembre
la table
pour un convive qui ne viendra pas.
J’envie leur foi
qui les incite
à répéter
des gestes d’invitation
dans l’absence.

Géraldine Andrée

La nuit sur le bonheur

Tu me demandes
comment la nuit
tombe
sur le bonheur

Je suis tentée
de te répondre
qu’elle cache
au regard

les feux des fleurs
qui ont ajouté
leurs couleurs
au jour

qu’elle enveloppe
comme une cape
les épaules blanches
d’Annie

Mais je crois
que l’on reconnaît
l’évidence
de la nuit

à l’éclat
d’un peu d’eau
qui tremble
au fond

de la carafe
et que l’on confond
avec une étoile
qui attend

que l’on y approche
ses lèvres
avant que chacun
ne s’éloigne

dans son rêve

Géraldine Andrée

L’heure

L’heure se fait soudain plus fraîche
On dirait qu’un rayon pleure dans les herbes
Et au moment où tu remontes ton col
un merle s’envole

vers un peu de bleu qui demeure
plus loin
tandis que l’ombre me cache ton sourire
de la même manière qu’elle efface les fleurs

Géraldine Andrée

Réminiscence

Je me souviens bien sûr
de tous ces visages qui me sont chers
mais j’ai gardé surtout la réminiscence
de la lumière de la lampe
qui les éclaire encore
et ma mémoire est cette chambre
où tout le monde est réuni
malgré l’absence apparente
de ceux qui sont morts

Géraldine Andrée


La lampe
éclaire dans le soir
toutes les présences
dont je garde la mémoire…

Géraldine

Rien qu’un jardin

Je ne veux rien
qu’un jardin
un tout petit jardin
où je pourrai facilement

retrouver
l’étincelle
de l’instant précédent
sur une feuille de thym

Géraldine Andrée

Je sais une porte ouverte

Je sais une porte ouverte
dans la nuit sans étoile
où tu entres et tu sors
aussi vivement que ce souffle
qui précède l’aurore

Géraldine Andrée

La maison cachée

Les feuilles de la belle saison
cachent la fenêtre de ta maison

J’ai beau m’approcher pencher la tête
je ne vois pas la pièce

où tu travaillais jadis
et que cette heure baigne de soleil

Alors je prends mon carnet
à la couverture grise

et je note feuille après feuille
les souvenirs

– le silence au murmure d’eau
ce grain de beauté

au bord du col de ta chemise
et qui éclaire ta nuque

lorsque tu te penches sur ton livre
étoile de ta peau

luisant encore
dans ma mémoire triste

tandis que les feuilles de la belle saison
cachent la fenêtre de ta maison

Géraldine Andrée

La crème Nivéa

Je m’inquiète toujours de savoir s’il te reste du savon, du shampoing.
Aujourd’hui, il ne te manque rien.
Mais devant la porte de la résidence, une question inquiète surgit :
– Et la crème Nivéa ? Tu as encore de la crème Nivéa ?
Tu me réponds. 
– Oui ! Oh ! Tu sais,
je n’en mets pas beaucoup ! 
Il suffit d’une goutte pour que tout le soleil 
brille sur mon visage !
J’ai encore une réserve
de lumière
pour des milliers de jours !

Géraldine Andrée

Il faut que je me réveille !

Ma mère me dit :
Il faut que je me réveille !
Il doit y avoir de belles robes dans les magasins.
Tu sais, ce n’est pas très loin !
Veux-tu qu’on y aille
demain matin ?
Il existe sûrement des coiffures
toutes nouvelles.
Je connais une coiffeuse
qui fait très bien son travail.
C’est sur la place
du village de mon enfance
à Chaudeney !
Je trouve 
que tes cheveux fourchent 
tout au bout.
Je te réserve un rendez-vous ?
Tu ne seras pas déçue.
A dix-sept heures,
part au rythme 
d’un battement de coeur
le train pour les fleurs.
As-tu pris notre billet ?
Au jardin de mon père,
il y a une étincelle 
de soleil
sur chaque brin d’herbe.
Il faut que je me réveille !

Géraldine Andrée

La maison là-bas

Alors que les abeilles
jouent avec un rayon de soleil
je pense à la maison
immobile dans le temps

à ses assiettes ses couverts
qui pourraient être disposés
pour un repas
– et personne n’est là –

à ton sac sur la chaise
preuve que tu es revenu
de la supérette
– mais je n’ai pas entendu ton pas –

aux draps du grand lit
qui me réchaufferaient pour une nuit
à la lampe de chevet
dont j’ai souvenance

qu’elle brille
d’une clarté si vive
sur le livre
ouvert

Je ne reviendrai pas
Que ferais-je de son silence
et du spectre
des voix absentes ?

Il y a quelques mois
encore
je veillais tard
en son coeur

et je me réveillais
avec la lumière
de sa fenêtre
Rien ne demeure

Et pendant que les abeilles
jouent
avec ce rayon de soleil
déjà roux

je pense à la maison
qui attend
un habitant
et à son oeil d’or

qu’est le cadran
de l’horloge
guettant
notre retour

dans les plis
de l’ombre
alors que s’est arrêté
le temps

Géraldine Andrée

Rencontre

J’aurai toujours souvenance
de ce moment de solitude
où je me suis apparue
dans le rayon du soir

de la conscience
de ma présence
qui m’a révélé
mon regard

Géraldine Andrée

Et s’il n’y avait rien à chercher ?

Et s’il n’y avait rien à chercher ?

Rien à trouver ?

Et si ce que tu désires n’était qu’un point qui s’éloigne au rythme de tes pas ?

Et s’il était vain de désirer toujours plus ?

Et si ta mission de vie signifiait que tu es envoyé(e) vers la Vie ? C’est-à-dire que tu t’engages à prendre soin de toi, à veiller sur ton corps, ton esprit, ton âme chaque jour ? 

Et si ta mission, c’était tout simplement de rendre la Vie heureuse ? 

Expérimenter, éprouver, goûter, savourer…

Profiter de la saveur des choses, du parfum des chemins, d’un rayon de soleil sur ta main, du vent dans tes cheveux, d’un oiseau qui traverse ton regard…

Et si ta mission de vie, c’était d’être là, essentiellement ? Au plus près de la Beauté, de la Bonté, de la Vérité…

Te nourrir de ce que tu as ; te laisser guider par ton intuition. En extraire la lumière, le vivant, le positif comme le jus d’une orange.

Tu as tant à découvrir à cet instant !  Vis dans le confort de toi-même. Mets-toi à l’aise dans ta propre demeure intérieure.

Retrouve chaque matin le ciel de ton cahier. Ton journal intime retrace ta progression vers la joie. Sois-en fier/fière.

Sois. C’est suffisant.

Une feuille éclaire le jardin. Elle ajoute sa lueur unique à celle des autres feuilles.

Mais si un promeneur lui demandait :

Pourquoi es-tu là ? 

Et si elle pouvait répondre, elle dirait :

Je suis. C’est tout. Présente pour cette saison.

N’entends-tu pas ma vérité, mille fois répétée par le souffle du vent ?

Géraldine Andrée

Gratitude

Gratitude
pour ce papillon
aux ailes
irisées
sur la fenêtre 
qui m’a rappelé
ton envol

En l’observant
de près
j’ai cru saisir
dans le manque
de ton souffle
la palpitation
d’un instant

Géraldine Andrée

Nul besoin

Je suis Présente à tout ce qui est là, y compris le pépin, la fourmi, la brindille… Et je danse avec la particule de poussière dans la lumière.

Nul besoin de faire le tour du monde pour connaître l’illumination : l’éveil est là, dans les petits actes du quotidien. Méditer à la table du repas, entendre le Divin dans le frêle écho du robinet qui s’égoutte, voir la Lumière dans le reflet de l’encre de la signature qui sèche en bas d’une lettre… Ces menus gestes ont une lointaine portée.


Nul besoin de réciter des sutras et des mantras au son d’un gong : suivre sa petite musique intérieure mène au message caché que l’on se destine de soi à soi. Cela s’appelle la foi.


Nul besoin d’explorer la Présence Suprême à quinze mille kilomètres : être présent à la texture de la peau d’une pêche, au velouté de sa chair, à l’abondance de son jus suffit. C’est par de telles sensations que l’existence est sensationnelle.


Nul besoin d’explorer ses vies antérieures : qui l’on fut ne nous concerne plus ; cela ne définit pas qui l’on est, ici et maintenant. Regarder ses mains, les faire passer de l’ombre à la lumière pour observer les jeux du jour sur sa paume… Telle est notre éternité.


Nul besoin de disserter sur des valeurs spirituelles abstraites et sur le karma : se mettre à la place de l’autre, honorer ses intentions quand elles sont louables, remercier, respecter, montrer de l’empathie et de la gratitude… Ces signes prouvent d’eux-mêmes la bonté.


Ce que l’on accomplit
au jour le jour 
fait toute une vie, 
fait Toute la Vie.


Voilà en quoi
je crois.

Géraldine Andrée

Tous ces Moi

Je songe à tous ces hommes qui disent Moi depuis des millions d’années,

tous ces Moi qui disent Moi je depuis des myriades de siècles,

tous ces défunts qui commençaient leurs phrases par Moi

alors qu’ils sont partis sans laisser de trace.

Mais peut-être qu’à l’origine de l’humanité,

les hommes en disant Moi

désignaient aussi le Moi de la goutte de pluie,

le Moi de la bulle sous la vase,

le Moi du grain de la terre,

le Moi du fétu de la brindille qui s’enflamme,

le Moi de l’écume et le Moi du sable,

le Moi du ciel dessiné en lettres rondes par ce souffle que semble exhaler la lune, là, au-dessus de la cime.

Aujourd’hui,

personne ne parle pour le Moi de l’eau qui chante sous le vent,

personne ne se soucie du Moi de la terre qui fait éclore le Moi des fleurs,

personne n’honore le Moi des racines.

Et le Moi des flammes qui réchauffent les mains ?

Le Moi des vagues qui étreignent sans retenir ?

Le Moi de chaque étoile qui nous regarde dans la nuit couleur de cendre ?

Aujourd’hui,

chacun à part soi s’exile du Moi du monde.

Et c’est bien dommage.

Géraldine Andrée

La pente douce

Voilà.

On a fini de descendre

la pente douce.

Nos sandales,

bien sûr,

telles

des ailes

qui défiaient

la terre

voulaient

nous emmener

toujours

plus vite,

toujours

plus loin,

et l’on vacillait

un peu,

tendant

les bras

pour se raccrocher

à la lumière

mais voilà,

on a fini de descendre

la pente douce.

Les couleurs

du glacier

pétillent

devant nos yeux

-roses, rouges,

vertes, bleues-

et la mer

s’avance

dans sa blanche

robe

de dimanche :

on est en bas.

Géraldine Andrée

Un été

L’été, cette longue enfance…

La porte s’ouvre…

Tes pas

laissent

les traces

de la dernière

vague

sur le carrelage.

Grains de sel

et de sable

qui se mêlent…

Mais dis-moi,

est-ce

toi

qui es à l’origine

du murmure

du soleil

aux lèvres

des abricots ?

Nulle réponse

qui se devine.

Mais je sais

que ta peau

et la lumière

de cette journée

se ressemblent,

telles

des soeurs

jumelles…

Géraldine Andrée

Alors, je renonce

Alors, je renonce.

Je place ma paume vers le ciel

pour que ce qui est sur le point de tomber

se métamorphose

et rejoigne le Grand Elan qui réunit dans une seule étreinte

toutes choses.

Géraldine Andrée

Sans titre

On n’emporte pas là-bas
ce que l’on a.
Les meubles et les bijoux
ne passent pas la frontière.
Seul ce que l’on fut
à travers ce que l’on aima
arrive de l’autre côté :
la joue d’un enfant,
une lumière de juillet,
un après-midi de lecture
sous le marronnier,
le souvenir de chaque grain compté
sur la peau de l’amant,
l’écoute tranquille
de l’eau qui coule,
des ailes que l’on a recueillies
sans les retenir,
juste le temps 
qu’elles se reposent
au coeur des choses…

Géraldine Andrée

L’hôte

Le jardin m’accueille
avec toute
son herbe tendre,
ses senteurs
de rose,
de chèvrefeuille
et de menthe,
ses bancs
sous les branches
qui bercent
des silences,
ses ombres
bleues
qui viennent
à ma rencontre
comme si j’avais été
annoncée,
et lorsque je veux
en sa paix
m’étendre,
je deviens
l’hôte
de mon souffle
au seuil
de mes lèvres
qu’il parsème
de quelques
fleurs…

Géraldine Andrée

Rêve d’un retour

Tu me dis en rêve que tu reviens parmi nous.

Tu portes le même tee-shirt rouge que pendant les jours d’été de jadis.

Je revois tes yeux bruns derrière les verres de tes lunettes, tes veines bleues, bien gonflées à tes poignets, un peu de chocolat à la commissure de tes lèvres.

Je reconnais tes gestes lorsque tu débouches promptement le vin, le verses à chacun.

Après le repas, tu feras ronronner la cafetière.

Tu es revenu.

Et rien n’a changé.

Tout est là dans ta présence – tes habitudes, tes petites manières…

Mais tu as apporté un unique présent à ton retour.

Chaque chose que tu touches,

tu l’entoures

de lumière.

Géraldine Andrée

Les fleurs de ta chambre

Les fleurs de ta chambre
sont toujours aussi vivaces.
Dans cette demeure
où l’on connaît
les flétrissures
laissées
par le temps
qui passe,
les fleurs
que tu as cueillies
ont gardé
leurs pétales
lisses.
Toi qui te dis
trop vieille,
tu possèdes
à ton chevet
des immortelles.

Géraldine Andrée

Voyage parmi les senteurs

L’envie m’a prise hier, entre deux courses, d’aller respirer des senteurs d’Orient chez Adopt.

Je me suis enivrée de vanille, de rose, de fleur d’oranger.

Lorsque j’ai approché mon visage du parfum venant d’Egypte, j’ai eu envie de pleurer.

C’est comme si je retrouvais un très ancien pays, un temps où je suis immortelle.

En rêve, à l’aube, est passée devant la fenêtre de mon appartement à T. une jeune fille portant un turban mauve.

Je reconnaissais mon regard dans le sien qui se posa sur moi juste un instant.

Ses hanches ondulaient dans une démarche féline. Et je voyais le chemin qui se traçait sous ses pas.

Ce chemin était le mien !

Dans cette vie d’aujourd’hui, je suis reliée à une première vie, qui m’a rendue heureuse.

Une vie faite d’étoiles, de matins clairs, du ruissellement des fontaines entre deux montagnes de sable.

Une vie où je vois luire encore l’éclat des cristaux au coeur de mes paumes.

Une vie bercée par le vent du temps qui me ramène ici.

D’un corps à l’autre, on demeure. L’univers nous présente à chaque instant des miroirs.

On reste celle ou celui qui fut et qui se rappelle à nous un jour pour être reconnu(e).

Alors, je fus, oui, cette jeune fille égyptienne.

Et je continue à l’être dans toutes les époques que je franchis.


Géraldine Andrée

Quand je songe à toi,

Quand je songe à toi, dont les joues avaient gardé une flamme de couleur jusqu’au soir de ta mort, je me dis que tu t’es forcément réincarné dans une rose. Je le sais à la manière avec laquelle celle-ci, qui perce l’ombre du mur, me regarde.

Géraldine Andrée

Le seul lieu possible

Il n’y a qu’un seul lieu possible où le jardin de jadis peut chanter et fleurir

ma mémoire

qui le fait renaître
sur chacune des feuilles de mon cahier
sur lesquelles s’ouvre ma fenêtre

ma mémoire jardin devenue
pour l’âme du jardin disparu

Géraldine Andrée

L’amie

Toute petite
j’avais une amie
au rire clair
derrière laquelle

je courais 
sans jamais 
l’attraper

La rivière

Mais je n’éprouvais 
aucune tristesse
car telle
était ma joie

Jouer 
à perdre
dans le soleil

Géraldine Andrée

Rencontre

On a souvent l’impression, quand on rentre dans une librairie, qu’on décide du livre que l’on va acheter.

Je crois le contraire : c’est le livre qui nous choisit. Sagement rangé sur son étagère, c’est le livre qui vient à notre rencontre.

Il en est ainsi du Journal intime d’un touriste du bonheur de Jonathan Lehmann…

Alors que je me relève très difficilement du décès de mon père, je suis attirée immédiatement chez l’Espace Leclerc de Thionville par ce petit livre rouge de la collection Points vivre.

J’avais lu un article de l’auteur le matin même au détour d’une page Facebook !
Après le décès de son père causé par une maladie cognitive apparentée à Alzheimer, Jonathan part faire une retraite de méditation en Inde. Je me régale ! Et je m’enrichis de cet enseignement sur le bonheur.

C’est plein d’humour et de sérieux. Cela aide au détachement, au lâcher prise. Non, les êtres ne nous appartiennent pas. Oui, nous sommes libres d’aimer sans nous attacher. C’est la condition de notre accomplissement.

Je parlerai de ce livre hédoniste dans une vidéo.

Journal intime d’un touriste du bonheur

https://livre.fnac.com/a11579884/Jonathan-Lehmann-Journal-intime-d-un-touriste-du-bonheur?fbclid=IwAR1IX8E0X7KYZTM1CHihZkcp1O


Ce livre m’attendait !

Géraldine

Tu as dit avant de partir

Tu as dit avant de partir :
« Je mets des chaussettes neuves »
puis tu t’es chaussé.

Tu ignorais alors
que pour le voyage que tu ferais,
tu n’avais nul besoin de marcher.

Je ne sais pas
comment tu t’en es allé.
Est-ce ton souffle qui,

en sortant de toi-même,
avec l’ultime force
du courage

t’a emporté ?
Ou est-ce le souffle
d’une mer

dont le nom
n’existe pas encore
sur une quelconque

carte du monde
qui t’a emmené ?
Je crois

que ce sont les deux
réponses
qui conviennent.

Ton souffle
s’est élargi
comme la mer

qui rassemble
tous les bleus
et t’a guidé

dans ton élan
loin de la terre.
Tu as dit avant de partir :

« Je mets des chaussettes neuves »
puis tu t’es chaussé.
Mais pour tes pas

devenus lumière,
un chemin dans l’air
était déjà tracé.

Géraldine Andrée

Tu n’as rien perdu

Tu n’as rien perdu
Il y aura toujours
d’autres soirs doux
annonçant le rendez vous

entre une étoile
et une feuille de menthe
sur le chemin qui mène
à la maison de vacances

Géraldine Andrée

En ce clair matin d’avril,

En ce clair matin d’avril,

tu sens battre en ton coeur

une telle ardeur

de vivre

-tournesol

d’or

autour duquel

le jour

fera sa ronde-

qu’il te semble

que ton chemin

vient enfin

à ta rencontre…

Géraldine Andrée

Les mouvements de l’âme

Suivre les mouvements de son âme est important pour aller à destination, c’est-à-dire se rendre à notre destinée…

Âme… Inconscient…

C’est sans doute la même chose et on a tort de dissocier la spiritualité de la psychologie car on y retrouve des conseils communs, des valeurs semblables.

Jung appelait l’âme ou l’inconscient l’océan.

Le Très Vaste dans les limites d’un corps… Telle est l’âme.

Suivre les mouvements de son âme permet d’accéder à cette sérénité à laquelle tout le monde aspire – l’ultime degré, celui de l’Illuminé.

Les mouvements de l’âme n’ont pas de logique apparente. Mais, comme les marées de l’océan, ils obéissent à une volonté plus grande, un cycle cosmique.

Suivre les mouvements de son âme, c’est accepter de combler ses besoins.

C’est faire ce que l’on aime, ce qui nous fait vibrer dans l’instant présent.

Sortir ou rester assis ;

peindre ; écrire ; sculpter ;

rêver ; se promener ; nager ; voyager ; prendre en photo les variations lumineuses du chemin au rythme de notre passage…

Les mouvements de l’âme sont changeants.

On peut vouloir méditer puis sortir et faire la fête…

L’âme a tant de facettes !

Les accueillir toutes, c’est rencontrer l’entièreté de son Être.

Paul Brunton a écrit dans Le Sentier caché qu’aller à la rencontre de son propre mouvement intérieur,

ce quelque chose,

« était la première intimation de son âme. »

Les mouvements de l’âme ne sont pas utiles, c’est-à-dire qu’ils ne nous mènent pas à un résultat raisonnable, un but rationnel, un point précis ; du moins pas ceux auxquels on s’attend.

L’âme est comme la vague : elle prend plaisir à danser dans toutes les directions avant de toucher le rivage.

Ce qui est certain, c’est qu’elle atteint toujours la rive à laquelle elle est promise.

Je nous souhaite de vivre ainsi en suivant les mouvements de notre âme toute notre vie.

On avance alors avec tant de légèreté !

Confiance en sa danse !

Géraldine Andrée

Tout sur cette photo

Tout sur cette photo a disparu : le jardin, la chatte, la maison et mon père qui avait acheté cette maison. 
Tout.
Il n’y a guère que moi qui suis encore là. 
Le vert des herbes et des arbres n’existe plus que dans ma mémoire.
Il reste aussi cette photo, quelques autres, et mes poèmes pour ceux qui me lisent, seules preuves que tout cela a existé, que ce n’était pas qu’un rêve.

Géraldine

PS : J’ai encore le chapeau.

Le printemps

On voit poindre les bourgeons au dessus des grilles de la ville.
Les crocus mauves sont encore clos sur eux-mêmes. Ils gardent leur corolle pour un autre soleil.
Des notes d’oiseaux sautillent de branche en branche.
Le printemps est venu en catimini. Il a traversé des nuits de vent et de pluie à pas de chat.
Et aujourd’hui, il est là.

Géraldine Andrée

La lampe

Il me semble
que j’ai laissé
en partant

une lampe
allumée 
là-bas

Je songe
au coeur
de sa clarté

qui bat
et éclaire
le bras

d’un fauteuil
l’arabesque
d’un tapis

de Perse
sur le seuil 
le couvercle

doré
du poudrier
devant le miroir

et peut-être
un spectre
qui cherche

son chemin
Il me semble
que j’ai laissé

une lampe
allumée
là-bas

dans la nuit
close
de la demeure

et si je ferme
mes paupières
très fort

je crois voir
son coeur
d’or

qui m’envoie
l’aile
de sa lueur

Géraldine Andrée

Mon sentier secret

Voici que je retrouve mon sentier secret,
celui que je prenais pour m’échapper de la gravité de mon enfance,
un sentier bordé de soleils et de noisetiers, 
infusant de thym l’air bleu du matin.
Ce sentier, je le connais bien. 
Il est tracé en moi comme ma destinée.
Qui sait où il me mènera ?
Peut-être vers l’endroit où je suis née,
là où la nappe de la lumière miroite dans le vent pour m’accueillir,
vierge de tout souvenir.

Géraldine Andrée
Journal

La maison de mon rêve

Je changeais d’étage dans la maison de mon rêve.

Il me suffisait de descendre quelques marches pour retrouver un appartement semblable à celui du dessus avec des fenêtres qui s’ouvraient à fleur de terre.

Le ciel, blanc comme une nappe de fête, se déversait sur ma page et des senteurs d’herbe fraîche infusaient la lumière débordant de tous les contours du paysage.

Une vie bougeait en moi. Elle battait doucement comme une aile non loin de mon coeur.

Et je songeais dans ce secret tremblement que, si je faisais un test de grossesse, celui-ci s’avérerait positif.

Je savais avant la nouvelle qu’un enfant était annoncé.

Toute ma conscience en était pleine.

Puis, je tournais la tête et je te voyais, assis, buvant un verre d’eau de lavande.

Je craignais que cela ne te fît du mal mais tu me répondais que la lavande était un bon calmant pour le coeur et que, là où tu étais, cela n’avait guère d’importance ; plus rien ne te ferait de mal car ton coeur était devenu vaste.

Tu m’offrais même une gorgée.

Toi, le défunt, tu m’offrais le présent d’une belle eau bleue où miroitait le jardin qui bordait la fenêtre et d’où tu avais sûrement dû cueillir ces fleurs.

Tu me disais, sans parole :

La vie est encore possible !

Je te demandais sur l’ancien ton insolent d’une fillette qui défie son père :

Alors, prouve-le moi !

Et ton sourire me déclarait :

La seule preuve

consiste… 

à vivre !

Géraldine Andrée

Je te vois vivre

Je te vois vivre
dans l’ancien jardin
dont tu fais le tour
de long en large
dans le jour gris
de la cour

Tu te penches
sur des fleurs
qui brillent 
encore
comme les feux
des étoiles mortes

Tu cueilles
des fruits
qui serviront
tu dis
à garnir la tarte
du dimanche

puis tu te relèves
et tu coupes
avec le geste
sec
du sécateur
perdu

depuis longtemps
les tiges
qui dépassent
de la haie rouge
bordant l’enclos
d’en face

Je ne veux pas
te distraire
de ton rêve
car j’ai peur
que te reviennent
tes peurs

Tu me dévisages
un instant
avant de me tourner
le dos
Alors
je te regarde

suivre
ce sentier
invisible
que toi seule
tu vois
parmi les feuilles

J’accepte
que tu restes
dans le jardin
de jadis
pendant
que le temps

passe
et t’oublie

Géraldine Andrée

Perce-neige

La première
lueur
d’une fleur
perce
la neige


Persévérer
Persévérer
jusqu’à ce que les épreuves
d’elles-mêmes
s’abrègent

Géraldine Andrée

J’ai revêtu pour la nuit

J’ai revêtu pour la nuit
ma chemise de jeune fille
et je me suis endormie
avec l’espoir serein
de retrouver le lendemain 
le clair de jour d’antan
derrière le silence en voiles blancs, 
l’odeur du lait 
qui s’attarde pendant les vacances
dans un rêve lointain,
le bruit d’une porte qui s’ouvre
et toi qui reviens de courses,
apportant dans ton cabas rouge
le journal, du persil en bouquet,
un pain frais et quelques pommes de terre douces
dans leur robe dorée,
pendant que je me réveille, 
certaine que mes yeux, une fois leurs paupières levées,
ont le pouvoir de te faire réapparaître, rajeuni de toutes ces années 
où je n’ai pas encore vieilli.
J’ai revêtu pour la nuit
ma chemise de jeune fille.

Géraldine Andrée