Sans titre

Commencer son livre dans la lumière dorée d’une fin de journée,
c’est ce que j’appelle le bonheur de vivre.

Géraldine Andrée

Le jardin se prépare

Le jardin se prépare
à l’écart de tout regard.
Il mêle pour les iris
de la fontaine
le mauve, le vert et le bleu.
Il affine la lumière
de ses sentiers.
Il place une aile
sur la courbe
d’une herbe.
Il prolonge
la danse
d’une branche
par quelques points
d’or
et il offre
à chacune
de ses feuilles
une ombre
brune.
Le jardin se fait beau
pour se reconnaître
dans son tableau
avant, peut-être,
de faire éclore
nos yeux…

Géraldine Andrée

Ton souvenir

Ton souvenir
est comme cette veste
que tu as laissée sur la chaise
avant de partir là où je ne vais pas encore

et que je revois
à chacun de mes retours
Je la déplie alors
la défroisse

la déploie
et y retrouve
tes bras
qui s’ouvrent

Géraldine Andrée

Le jardin

J’ai marché jusqu’au jardin bien que cela fût vain.
Depuis que sa porte est fermée, je sais combien il importe à mon désir.
Pouvoir, chaque jour, prendre un bain de feuilles et de notes, même si cet oubli est court.
Suivre l’allée douce avec mon panier de courses.
Prolonger le temps, au retour, sur un sentier détourné qui franchit le seuil de l’autre côté, là où brillent les feux des rosiers.
Jouer avec le regard de l’enfance à saute-soleil entre les branches.
M’asseoir dans la lumière qui s’attarde comme si l’on était dimanche.
Depuis que le jardin est fermé, je rentre tôt pour ouvrir mon cahier.
Et là, entre les lignes, apparaissent les fleurs de glycine
qui entourent ton prénom séparé du mien,
par un seul espace de ciel blanc.

Géraldine Andrée

Sans titre

Il n’a pas conscience d’être beau le chat
Il n’a pas connaissance de la profondeur de son regard
de la courbe gracieuse de son échine
du pouvoir envoûtant de ses griffes
et de la caresse de sa présence
Il s’accroche puis lâche prise
vient et repart

Je veux être comme le chat
insouciante dans ma manière de vivre
captant seulement le poème du livre
au moment où il me contemple
et jouant jusqu’au bout
avec le fil du jour
qui pour l’instant encore

se dévide

Géraldine Andrée

Sieste

Dans la lumière
les persiennes sont closes
Sous le chiffon mouillé
la table est encore constellée
de lueurs d’argent
qui vont bientôt s’éteindre
On a rangé le dernier couvert
dans la crédence
C’est l’heure où les abeilles
elles-mêmes se reposent
sur les feuilles de lierre
et où l’oubli de tout
ce qui fut vécu
le matin
semble étreindre
l’âme qui s’abandonne
Mais alors que l’on croit
qu’il n’y a plus personne
le souffle du dormeur
dans son fauteuil
s’enroule comme un chat
autour du silence
tandis que l’ombre de Claire
depuis longtemps partie
franchit le seuil
et entre dans le coeur
de porcelaine
de la moindre chose
sans le briser

Géraldine Andrée

Sans titre

Les enfants couraient si loin
parmi les herbes folles
qu’ils ne pouvaient prononcer
en rentrant
une seule parole.

La corbeille
débordait
de grappes de raisin
couleur
d’ambre

et chacun se rappelait
en son coeur
qu’on était très proche
du mois
de septembre.

Claire
en robe blanche
se déhanchait
sur la terrasse
au rythme du jazz.

Toi, tu suivais,
paupières
mi-closes,
le vol
d’un songe intérieur

et j’ai souvenance
de t’avoir demandé
« A quoi tu penses ? »
Tu t’es contenté
de sourire.

Le sentier
tremblait
à la tombée
du bleu
comme un feu follet

et une voix
a proposé
que l’on reprenne
encore
une goutte de liqueur.

J’ai dit
que je préférais, moi,
du café.
J’espérais
que la nuit

brillerait
de toutes
ses étoiles
pour le retour.
Puis, nous nous promîmes

de revenir
aux prochains
beaux jours.
La floraison
du lilas

nous ferait
sans doute
signe
à la fenêtre
de notre désir,

où que l’on soit.
Personne
ne savait,
je crois,
que tout ce que nous vivions

dans l’infini
présent
de ce soir-là
était pour
la dernière fois.

Géraldine Andrée

Chanson de l’instant

Puisque je ne peux rien faire pour le futur,
puisque mon influence sur Demain est impossible,
agir uniquement dans l’instant présent,
le seul vivant

– jouer, m’accorder du plaisir,
accomplir des choses gratuitement -,
donner toute ma foi
à cette particule de poussière

que mon souffle
soulève
pour l’inviter à danser
dans le soleil

ou aux prunelles
du chat
qui m’observe
par la fenêtre ;

faire présent
de tout mon être
à ce seul instant
qui est là.

Géraldine Andrée

Le pouls de notre monde

Le pouls de notre monde ralentit, mon ami…

Pourtant, il n’y a jamais eu autant de fleurs dans le soleil,
autant de chants dans les feuillages…
Déjà, chaque brin d’herbe bourdonne
et le ciel offre tout son bleu
à la cloche de Pâques qui sonne.
Les corolles révèlent leur regard
tandis que tu t’ensommeilles.

Le pouls de notre monde se suspend d’un temps.

La résine, elle, se constelle d’argent
sous la caresse de la lumière.
Une vague de vert s’entrouvre
pour ce souffle qui n’est pas le tien,
mais celui de la brise
débordante de parfums
sur son propre chemin.

Et la sève – ce sang des branches
et des tiges –
bat au rythme d’un temps
dont seul l’Univers
comprend l’indicible
murmure,
alors que tu songes

à revivre demain,
si c’est possible.
Mais aujourd’hui,
tu ne peux rien
changer de ta main,
rien ordonner
selon ton désir,

car le pouls de notre monde ralentit,
mon ami.

Géraldine Andrée

Sans titre

Il y a un tel calme
dans la chambre
que l’on entend
trembler

légèrement
la porte
sous un frêle
souffle

qui passe
par la fenêtre
ouverte
et l’on se demande

Ne serait-ce pas
sa propre
âme
qui entre ?

Géraldine Andrée

Méditation pour le deuil

Derrière
mes paupières
s’ouvre
la grille rousse

et voici tout
le jardin
éclos
pour l’aile

de mon rêve
que mon frêle
souffle
t’envoie

Géraldine Andrée

A cet instant

Tant de questions me taraudent en ce moment !
J’ai peur du chaos…
Comme il est loin, le jardin de l’enfance !
Mais en attendant, à cet instant, je me rends à l’évidence :

Tout est bien :


L’éclat de l’encre brille – étoile contenue dans un mot
Ce cahier est ouvert comme une corolle
J’ai de l’eau, à manger
Je peux dormir dans mon lit
J’ai le temps de me pencher sur un livre au soleil
Mes appareils électriques fonctionnent
J’ai suffisamment d’encre pour cette éternité


Alors, tout est bien dans ce monde qui est aussi le mien.

Géraldine Andrée


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Quand reviendras-tu, Selma ?

Quand reviendras-tu, Selma ?

J’ajoute une bougie à la nuit.

Puis, je mets ma tête

dans mes mains

pour dérouler

sous tes pas

le chemin

du jardin

et avec ton prénom

que je répète,

j’allume les trois notes

de la sonnette…

Je t’offre mon attente,

Selma,

toute

mon attente.

Géraldine Andrée

Maison de lumière

J’ai rêvé
que la maison de M
était toute éclairée
comme au temps ancien
alors que ses habitants
sont feus
depuis longtemps

Une lampe à chaque fenêtre
Une fenêtre pour chaque regard
afin que le chemin
mène
très sûrement
à la porte
à la Vie

Géraldine Andrée

Le journal de gratitudes

Ecrire m’a souvent aidée à vivre.

Et si je vous écris ce billet, aujourd’hui, en ces temps difficiles, c’est pour vous faire part d’une pratique qui me redonne du souffle pendant les épreuves : c’est la tenue du journal de gratitudes.

Dans un petit cahier, intitulé Carnet du Bien ou Carnet d’Optimisme, vous notez ce que vous avez apprécié ce jour, ce que la vie vous a donné en abondance et de manière unique, comme :

l’ombre de l’arbre qui danse sur l’herbe,

la première primevère,

les manèges rouges de la place.

Je n’ai pas vécu cela aujourd’hui puisque, comme vous, j’étais chez moi.

Alors je note

la lumière qui a touché mon visage lorsque j’ai ouvert le volet,

l’odeur du café près de mon livre,

et, surtout, le chat, installé sur le rebord de la fenêtre du voisin, qui regardait aux confins de moi-même

quelque chose d’important que je détiens et que, pourtant, je ne connais encore pas.

Et vous ?

Géraldine Andrée

Dans le jardin

Dans le jardin
que je peins
et où il y a le banc
le feuillage

le sentier
qui se jette
dans tout
le paysage

j’ajoute
une étoile
qui n’existe pas
dans le modèle

initial
mais qui est là
palpitante
comme un pétale

ta voix

que je reconnais
à la couleur
qu’elle donne
au silence

de ma toile

Géraldine Andrée

Josette

J’ai rêvé cette nuit de Josette.
Elle me disait :
– Parfume-moi !
Et je lui proposais
des senteurs de rose, de jasmin, de lilas,
puis mon parfum quotidien,
le plus velouté,
comme la houle du jardin
en été,
celui dont je pulvérise
quelques gouttes
le matin
dans mon col de laine
et qui étoilait sa gorge
redevenue laiteuse
et douce
à l’échancrure
de sa robe
d’enfant :
Poème.


Josette me souriait
et ajoutait :
– C’est assurément toi !
J’ai quitté ce monde
beaucoup trop tôt !
J’aimerais davantage
te connaître !
Et dans son regard,
je découvrais soudain
mon visage,
mes yeux profonds,
celle que j’étais
depuis toujours,
comme dans un miroir.
A travers Josette,
je faisais ma propre
rencontre.

Géraldine Andrée

Sans titre

Je ne pleure plus
ton départ
car ce voyage
tu l’as déjà fait

et le chemin
dans l’aube
j’en suis sûre
te reconnaît

Géraldine Andrée

De ce voyage

De ce voyage
on sait le départ
de la personne
sans qu’une porte
ou une fenêtre
ne soit ouverte
et l’adieu
quand une larme
fait trembler
une dernière fois
son regard
sur nos yeux

Mais après
que l’être
a franchi
la ligne
de crête
et qu’on a peut-être
pu le suivre
en rêve
de l’autre côté
du bleu

on ne sait rien
de ce grand pays
qui s’appelle Tout
dans lequel il arrive
libre
de ses bagages
et même de nous

Rien du tout

Géraldine Andrée

Partir en fraude

Placer le signet
à la dernière page
Qu’importe
que sur la table

le bol soit
encore
à moitié rempli
de lait

Ne choisir
que des vêtements légers
Là-bas la lumière
est si chaude

Ne pas oublier
cette robe
de flanelle
échancrée

au dos
qui donne
l’impression
d’avoir des ailes

Emporter
avec soi
tout ce qui n’a pas été dit
les secrets maudits

Mais rendre
aux autres
leurs pensées
leurs sentiments

afin de ne pas alourdir
ses bagages
et retarder
la destination

Délier ses cheveux
pour le passage
du vent
puis poser

sur chacun
de ses pas
une fleur
de silence

C’est l’instant
qui précède
l’aube
l’heure

de partir
en fraude

Géraldine Andrée

The shape of my heart

Écouter The shape of my heart le soir,
quand la petite lampe allonge les ombres
et que ma page
est la seule île de lumière.

Géraldine Andrée

Maintenant que tu es mort

Maintenant que tu es mort
Je ne fais plus le cauchemar que tu meurs
Maintenant que tu es mort
Je rêve que tu vis

Tu remontes le temps en pantoufles
Et la lumière d’un dimanche
Matin de mon enfance
Entoure tes cheveux gris

Alors que tu demandes
À toute la famille
Si l’on débouche
Une bouteille de vin pour midi

Géraldine Andrée

La page

Faire de ta mort

Une page

Qui se tourne

Dans un souffle

À peine

Perceptible

Et dont je plie

L’un des bords

Pour la retrouver

Un soir

Comme celui-ci

Penchée

Sur le récit

De ma vie

Lorsque le temps

S’endort

Géraldine Andrée

Retrouvailles

Jamais
je n’aurais pensé
te retrouver
dans un poème

Et pourtant c’est vrai
Ta présence ici
dans ce recueil
ouvert

comme une fleur
dans la nuit
se renouvelle
à chaque mot

Géraldine Andrée

Je voudrais donner au temps

Je voudrais donner au temps
Toutes les étoiles
Pour retrouver le jardin
De l’enfance
Où un pétale
Et un fétu de paille
Se faisaient concurrence
Dans l’intérêt
Que je leur portais
Toutes les étoiles
Pour oublier comme jadis
Ce visiteur
Qui entre dans mon rêve
Et qui a pour nom
Demain

Géraldine Andrée

Tu reviens

Tu reviens
mais tu ne veux ni pain ni vin
Tes mains ont la force
de passer à travers les choses
et d’y laisser le souvenir
de leur trace fugace
de lumière
comme un avion
dans le ciel clair
Tu me dis en souriant
que tu as remonté le temps
pour un sourire
dont je ne sais
si c’est le tien ou le mien
Qu’importe
Un simple sourire
Seule chose qui se partage
sans être divisée

Géraldine Andrée

La nuit est venue

La nuit est venue
sans que je m’en s’aperçoive
Il y a quelques instants encore
je distinguais les fleurs

Puis une encre noire
a recouvert leurs couleurs
et le chemin du jardin s’est perdu
Le voisin a fermé portes et volets

Toutes les lampes sont maintenues
secrètes
bien loin des regards qui les cherchent
Au silence désormais il faut que je boive

après m’y être penchée
et reconnue
puisque la nuit est venue
sans que je m’en aperçoive

Géraldine Andrée

Il y avait dans la ville

Il y avait dans la ville
le coeur d’un jardin tranquille
battant en chaque note d’oiseau
en chaque goutte du jet d’eau

Dans l’ombre du feuillage
apparaissait un visage
qui se penchait sur mon coeur
quand j’avais peur

de ce fidèle fantôme
dont la robe blanche
de communiante
effleurait les fleurs

Aujourd’hui
le jardin vendu
est tout autre
Il a vécu

de telles métamorphoses
que je ne reconnaîtrais plus
la moindre de ses notes
la moindre de ses gouttes

Et ce cher visage
n’existe que dans l’ombre
de mon coeur
qui bat juste

un peu plus
lorsque je suis de passage
dans cette ville
qui ressemble à toutes les autres

Géraldine Andrée

Tout l’espace

Laisser tout l’espace
Au silence
Pour entendre
Le murmure
Qui s’annonce

Comme cette vague
Venue
De la lisière
D’une matinée
Blanche

Géraldine Andrée

Je les envie, les gens

Je les envie,
les gens qui nettoient chaque année les tombes,
changent et arrosent les fleurs.
Il me semble
qu’ils préparent
dans l’ombre froide de novembre
la table
pour un convive qui ne viendra pas.
J’envie leur foi
qui les incite
à répéter
des gestes d’invitation
dans l’absence.

Géraldine Andrée

La nuit sur le bonheur

Tu me demandes
comment la nuit
tombe
sur le bonheur

Je suis tentée
de te répondre
qu’elle cache
au regard

les feux des fleurs
qui ont ajouté
leurs couleurs
au jour

qu’elle enveloppe
comme une cape
les épaules blanches
d’Annie

Mais je crois
que l’on reconnaît
l’évidence
de la nuit

à l’éclat
d’un peu d’eau
qui tremble
au fond

de la carafe
et que l’on confond
avec une étoile
qui attend

que l’on y approche
ses lèvres
avant que chacun
ne s’éloigne

dans son rêve

Géraldine Andrée

L’heure

L’heure se fait soudain plus fraîche
On dirait qu’un rayon pleure dans les herbes
Et au moment où tu remontes ton col
un merle s’envole

vers un peu de bleu qui demeure
plus loin
tandis que l’ombre me cache ton sourire
de la même manière qu’elle efface les fleurs

Géraldine Andrée

Réminiscence

Je me souviens bien sûr
de tous ces visages qui me sont chers
mais j’ai gardé surtout la réminiscence
de la lumière de la lampe
qui les éclaire encore
et ma mémoire est cette chambre
où tout le monde est réuni
malgré l’absence apparente
de ceux qui sont morts

Géraldine Andrée


La lampe
éclaire dans le soir
toutes les présences
dont je garde la mémoire…

Géraldine

Rien qu’un jardin

Je ne veux rien
qu’un jardin
un tout petit jardin
où je pourrai facilement

retrouver
l’étincelle
de l’instant précédent
sur une feuille de thym

Géraldine Andrée

Je sais une porte ouverte

Je sais une porte ouverte
dans la nuit sans étoile
où tu entres et tu sors
aussi vivement que ce souffle
qui précède l’aurore

Géraldine Andrée