Traits d’union

Traits d'union Noces entre le temps et l'éternité
Traits d’union Noces entre le temps et l’éternité

J’aime mettre des traits d’union
Noces entre deux de tes noms
Féminin et masculin André-Marie
Noces entre des mots qui résonnaient chacun pour soi 
Et qui soudain se reconnaissent s’inversent et s’allient
Noces entre la lumière et le vent
L’eau et le sourire
L’aile et le souffle
La patience et le jour 
La main et le regard 
L’étoile et le pardon
La terre et le ciel
Entre toi et moi
Trait unique 
Pour deux visages d’une même joie
Et qui se cherchent 
De chaque côté de la rive 
Que sépare la longue nuit 
Blanche de givre

Géraldine Andrée

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Donnez-moi mon Dieu une longue nuit

Donnez moi mon Dieu
une longue nuit
où j’aurai la conscience
du noir de la terre
de la ténacité des racines qui s’enchevêtrent
de la persévérance de la plante en plein hiver
Une nuit où je serai témoin de la rencontre entre un astre et une pierre
où la lune descendra jusqu’à mes paumes
où la neige aura des reflets d’émeraude avant de fondre sous le souffle de ma prière
Une nuit pour écouter ce que mon coeur tente de me dire
pour donner un fauteuil à mes ombres
pour inviter l’espérance à mon chevet
La reconnaître lui sourire et lui dire C’est Toi
Une nuit pour retrouver les noms les plus lointains et leur tendre les bras comme si le temps n’avait rien emporté
Donnez moi mon Dieu une longue nuit
pour achever mes rêves
et me réveiller plus tard à Ses Côtés
avec l’éclat insolent de l’enfance qu’Il m’a donnée   

          Géraldine Andrée

La flamme

En hommage à mon père

Quand
la flamme
monte,
il me semble
que tu es là,
que ses reflets
passent
sur ton regard
invisible
qui, pourtant,
me voit.
Alors,
je place
mon assiette,
mes couverts
en face
de la flamme
dans sa robe
de verre
et je mange
en silence
à côté
de toi.

Géraldine Andrée

Le gel brille sur la route

Le gel brille sur la route
Les lumières de la ville ajoutent une étincelle à chacun de mes pas
Un souffle glacial fendille mes lèvres
Les fenêtres des maisons s’éclairent avant de clore leurs volets
J’aimerais compter chaque lampe que je vois
Mais je compte les heures qui me séparent de ton départ
Voilà une semaine que tu es parti
Et ma peine s’agrandit
Tu ne seras plus jamais là
Aucun billet d’avion ou de train aucun message électronique aucune lettre aucun appel téléphonique aucun don de télépathie
ne pourront t’atteindre
Il me semble qu’en marchant
je m’éloigne de toi qui as quitté ce monde
Rien de ce qui passe ne peut s’étreindre
Même la neige la plus coupante dissout sa lame sur la rose des paumes réunies
Qui attend l’Autre s’il existe un autre temps ?
Toi le mort moi la vivante ?
Toi qu’on dit feu moi dont le sang incarnat suit encore la loi de son propre courant ?
Je redoute de vivre de faire fondre ton souvenir au contact de la chaleur de ma chair qui vibre
Alors j’attends
J’avance autrement
Posant mon regard sur chaque étincelle d’hiver qui brille sur ma route

Géraldine Andrée
Hommage à mon père décédé dans la nuit du 11 au 12 novembre 2018

Un mot suffit

Un mot suffit

et voici

le plancher de bois qui craque,

la cuisine qui fleure la compote fraîche,

la senteur du savon de lavande

dans le lavabo de faïence,

la respiration du lierre près du volet,

le coeur de la lueur

battant contre le verre de la lampe,

la broderie du dimanche

dans son halo blanc,

et si, mot après mot,

on avance

vers la profonde

conversation

des fauteuils

qui se regardent

dans l’ombre,

voici

le mot

qui luit

comme le cadran

de l’horloge

toute ronde

du salon

et qui désigne

la seconde

du retour

en enfance,

Beaujour…

Géraldine Andrée

Sans titre

Il m’arrive de voir
entre des mots banals
le ciel tout piqueté d’étoiles
de ma jeunesse au Portugal

Géraldine Andrée

Pour écrire,

Pour écrire,

il faut vivre.

Alors, vis !

Marche du côté du soleil ; éprouve la force du vent ; danse sur la musique qui se présente ; accompagne le sentier ; rêve, le visage tourné vers la lumière

puis cours vers le baiser qui t’attend !

Tu seras fidèle à la page plus tard…

 

Géraldine Andrée

Tous ces livres de développement personnel

Tous ces livres de développement personnel dont les rayons regorgent…

Il y en a pour tous les goûts, tous les rêves, tous les désirs, toutes les quêtes…

Avec cela, tu n’as pas le droit de ne pas avancer…

Tous ces livres de développement personnel, j’aime passer beaucoup de temps à les feuilleter.

De l’astrologie à l’onirologie en passant par la numérologie, le Miracle Morning, la thérapie par le Reiki, la pensée positive, le bon usage de la loi d’attraction…

Que de connaissances à ma disposition !

Grâce à ces livres, j’ai pu surmonter des épreuves, continuer à vivre.

Gratitude à Louise Hay qui m’a appris à affirmer qui je suis, à Dominique Loreau qui m’a enseigné la légèreté…

Et tant d’autres : Docteur Wayne Dyer, Joseph Murphy…

Avec tous ces livres de développement personnel, je peux me soustraire au temps terrestre, échapper à la ronde monotone des jours et des nuits, prendre conscience que mon rêve est vérité, que tout est possible.

Bien sûr, beaucoup de sujets me semblent disparates. Mais je me raisonne. Je me dis :

– Mmm ! Tous les chemins mènent à Rome !

Aujourd’hui, je me promets de choisir Le Livre qui me fera avancer, celui qui m’indiquera les balises, me montrera la bonne direction, pourquoi pas…

Je demande à Mes Anges :

-Chers Anges ! Pouvez-vous me montrer, s’il vous plaît, mon Livre de Vérité !

Alors, je cherche. 

Et plus je cherche, moins je trouve.

Plus je cherche, plus je m’égare.

Entre toutes ces manières de Vivre Positif, je suis toute désorientée.

Ce n’est pas encore aujourd’hui que je vais avancer plus loin !

Mais avancer vers quoi ? Vers quelle destination ? Quelle destinée ?

Ne suis-je pas bien là où je suis, là où j’en suis ?

Ce que je suis, n’est-ce pas déjà suffisant ?

Je reviendrai demain.

Peut-être aurai-je l’esprit plus clair sur ce que je veux lire, étudier.

Je sors du magasin, déçue, les mains vides, le porte-monnaie encore bien rempli.

Je rentre chez moi. J’allume une bougie.

Et je regarde le mouvement de la flamme, la métamorphose de ses couleurs au rythme de son tremblement. Je vois son or traversé de reflets. L’ombre tout autour de moi s’éclaire.

La flamme s’incline dans la nuit vers le côté où elle a envie.

C’est inexplicable. Mon souffle y est pour quelque chose mais pas seulement.

Il y a une cause mystérieuse au frémissement de la flamme.

Je tends mes mains vers sa lumière.

Je lis alors ma propre page intérieure.

En me contentant de mon regard posé sur cette lueur,

je découvre l’essentiel :

Qu’importe ce que je sais ou ne sais pas, qu’importe où j’en suis sur mon chemin si c’est bien mon chemin. 

Mon destin est celui-là :

je viens de la même étincelle

que celle

de la flamme qui bat.

Géraldine Andrée

Tout vit près de ta maison

Tout vit près de ta maison.
Les feuilles chantent dans leur ronde
pendant que la brise sautille de seconde en seconde. 
L’herbe est toute étoilée des ailes de la saison.
Les manèges rutilent
Et l’on entend derrière les branchages leur musique dont les notes tintent au rythme des lampes qui clignotent.
Les enfants ont des barbes à papa rose.
Des pétales devant les pas se déposent.
Le chemin va de soleil en ombrage, d’ombrage en soleil et le trait tremblant de la lumière entoure les visages.
Le temps s’oublie dans une bulle de jus de fruits qui crépite à la blonde surface.
Dans un autre verre se reflète le souvenir d’un sourire qui passe.
Tout vit près de ta maison.
Et moi, je songe qu’il ne faut pas que je parte trop tôt
car je risquerais peut-être de manquer
l’apparition de ton ombre blanche
à la fenêtre,
une fois les persiennes ouvertes.
Alors, je me regarde t’attendre
dans les yeux des gens
qui poursuivent ensemble
leur beau rêve de dimanche.

Géraldine Andrée

Un seul souffle

Nous venons tous
d’un seul souffle
que nous transmettons
jour après jour

par le souffle
de notre parole
ou de notre respiration
au monde

qui nous entoure
jusqu’à notre retour
vers ce premier
souffle

Géraldine Andrée

Petit matin de septembre,

tu es ce linge mouillé

doucement passé

dans la chambre

de mon coeur

où demeure

la frêle

trace

des pas

de ma foi

quand je me lève

pour réaliser

mon rêve.

Géraldine Andrée

Toute petite, tu adorais te lever tôt.

Toute petite, tu adorais te lever tôt.

Ton coeur battait vite à l’idée de découvrir la rosée du jardin, de suivre la promenade des fourmis sur le muret, de laver puis de coiffer tes poupées, d’enfourcher ta bicyclette rouge et de traverser la lumière.

Chaque jour te semblait un présent enrubanné dans des flots de clarté.

Le matin s’annonçait riche de tous les jeux possibles.

Tu t’éveillais alors que l’ombre ne s’était pas retirée, pour être souverainement libre !

Mais dis-moi, pourquoi ? Pourquoi manques-tu chaque jour désormais le rendez-vous de l’aube ? Pourquoi son radieux dévoilement n’attire-t-il plus ton regard ? Pourquoi as-tu cessé d’assister à la lente révélation des feuilles et des cimes ? Pourquoi tes paupières demeurent-elles closes pendant que la brume laisse apparaître l’or du sentier qui n’attend que tes pas  ?

Parce que la société a lentement saboté tes désirs, raboté tes rêves, freiné l’élan de tes idéaux.

Parce que tu t’es perdue dans les exigences des autres.

Parce que tu t’es éloignée au fil des jours de ton âme.

Parce que tu crois en avoir fini pour toute cette vie avec l’enfance.

Et pourtant, combien d’aubes te reste-t-il à vivre ? Tu l’ignores.

Et s’il ne te restait qu’un jour à vivre, celui de Demain, ne te lèverais-tu pas aux aurores pour vivre tout ce qui t’est donné ? Manquerais-tu une seule couleur, un seul chant, un seul souffle, un seul frémissement ?

Cours, chante, prie, ris, fais ce qu’il te plaît. Imagine, compose, crée dans ta langue personnelle un monde qui te correspond.

Lève-toi, ouvre ta fenêtre, élargis ton horizon.

Il est temps, mon enfant, de vivre chaque jour le dernier matin

à partir duquel ta vie commence.

 

Géraldine Andrée

La foi du jardin

Quand je vois

la manière

avec

laquelle

 

les roses

blanches

se penchent

vers le soleil,

 

les feuilles

déferlent

sur les tuiles

de l’auvent,

 

offertes

par la corbeille

prodigue

du vent,

 

l’oiseau

cueille

un éclat

d’herbe,

 

le lierre

près de ta fenêtre

rutile

de toutes

 

ses tiges

vertes,

je pense

que le jardin

 

croit

que tu reviendras

en robe légère

dès demain…

 

Géraldine Andrée

Je sonne encore une fois chez toi

Je sonne encore une fois chez toi.

Quatre petits coups secs.

Et j’imagine

que ces quelques

notes

sautillent

telles

des billes

de seconde

en seconde,

de bibelot

en bibelot,

qu’elles passent

devant le regard

de la jeune fille

qui se promène

dans le jardin

du tableau,

rebondissent

sur les touches

blanches

et noires

du piano,

puis qu’elles touchent

dans un ultime

écho

le coeur

du silence

qui tremble

comme un grelot.

Ici, la rue

bruit

et rutile

au soleil

du mois d’août.

Des adolescentes

passent

en robes courtes

et leurs rires

tintent

comme des perles

qui s’échappent

d’un bijou.

Leur joie

m’est presque

insolente.

J’attends,

l’index

tendu

vers le bouton doré.

Personne

n’a répondu.

Il fallait s’y attendre…

C’est le matin

et pourtant,

il est bien trop tard.

Mais je veux en avoir

le coeur net.

Alors, je sonne encore une fois

chez toi.

Quatre petits coups secs.

Géraldine Andrée

Les souvenirs du corps

Il paraît que les souvenirs du corps retournent à la nuit de la terre
le souffle du vent dans les cheveux
les paillettes de soleil sur les yeux
le passage de l’eau entre les doigts
les grains de sable mouillé étoilant les paumes
le galop du rire dans la gorge
le sang vermeil des fruits sur les lèvres
le parfum trouvé dans l’échancrure
la guirlande de notes d’une symphonie qui vibre des reins aux tempes
Il paraît que les souvenirs du corps n’ont qu’une seule destinée l’Oubli
si personne ne s’en fait le porte-parole
Et si
ces souvenirs ressentis éprouvés aimés
par l’Être tout entier
étaient l’ultime élan
pour son Envol ?

Géraldine Andrée

Tu as laissé les choses t’attendre

Tu as laissé les choses t’attendre :

l’aiguille en chemin sur le gilet de laine, les touches qui ont besoin de la danse de tes mains pour allumer leurs notes.

La grande ombre noire du piano se dresse dans l’ombre grise.

Seul le miroir regarde de son oeil rond la page de la partition.

Tu as quitté tout cela de façon si soudaine !

Tu es tombée dans la cave un soir de décembre.

Après un séjour à l’hôpital, on a dû faire ta valise.

J’imagine la fois ultime où un rayon de soleil a doré les objets de ta vie.

Puis, on a fermé les volets sur les futures saisons.

Le silence a recouvert de son grand manteau tous les fauteuils de ta maison.

Parfois, mon songe me mène à pas secrets

vers le cordon délié de ta robe de chambre

posée sur le dossier d’une chaise.

La journée est longue mais sonne toujours l’heure où tu rentres.

Y a t-il vraiment des départs qui ne demandent pas de retours ?

Tu as laissé les choses t’attendre.

 

Géraldine Andrée

Alors, je sonnerais chez toi

Alors, je sonnerais chez toi.

Tu apparaîtrais

dans l’ombre,

vêtue de ta robe

de chambre.

 

Tu me demanderais

comme d’habitude

« Qui vous êtes ? »

Et je chasserais

ce sentiment

 

de solitude

pour répondre

« Géraldine,

la fille de ta soeur. »

Tu sourirais,

 

incrédule,

et tu t’effacerais

de l’autre côté

du seuil :

« Entrez ! Madame! »

 

Je n’entendrais

que les bruits

de mes pas

guidés par tes chaussons

de coton.

 

Nous longerions

le couloir

jusqu’au salon

éclairé

par une lampe

 

frêle,

quelle que soit

l’heure,

et même quand il fait

grand soleil.

 

Je m’assiérais

sur le fauteuil

de velours

et nous garderions

ensemble

 

le silence,

partageant

néanmoins

le battement

de coeur

 

de la pendule

au-dessus

de la crédence.

Je te regarderais

dévider

 

tes éternelles

pelotes

de laine

de toutes

les couleurs,

 

couper

les fils

avec ton ciseau

aussi petit

que celui

 

d’une écolière,

et les rassembler

délicatement

comme si c’étaient

des tiges

 

de printemps.

Alors, je sonnerais

chez toi,

aujourd’hui

comme hier,

 

pour te voir faire

à ta manière

un bouquet

de laine

afin qu’il dure

 

toujours.

 

Géraldine Andrée

Les créatrices du miel

Les créatrices
du miel
que tu étends

sur ta tartine
ne sont plus de ce monde
depuis longtemps.

Feus, le frémissement
silencieux
de leurs ailes,

leur insatible
bourdonnement,
leurs lueurs

ardentes
sous le soleil,
leurs étoiles

filant tout le jour
de fleur en fleur
car elles savaient

que leur temps
sur la terre
était court.

Mais il reste ce matin
de leur souci
de mener

leur dessein
à Bien
le reflet

de cette lumière
qui baigne
ton pain.

Géraldine Andrée

Matin de grâce

Alors, on dirait

que tu passerais une longue nuit

à chercher le ventre des étoiles

pour y téter leur lait,

que tu oublierais ton souffle

dans la paix absolue de l’espace

 

et que tu t’éveillerais

par un matin de grâce,

dans un présent tout autre

qui se mesurerait

en nombre

de pétales de lilas,

 

car tu serais prête

pour la lueur de chaque plante,

les oracles du vent,

les senteurs de la terre bruissante,

l’élan du sentier qui s’annonce…

Alors, on dirait qu’avant de disparaître,

 

tu serais déjà là,

animée par ce don secret

de ressusciter les aurores…

 

En hommage à J***

 

Géraldine Andrée

La constellation nouvelle

Une constellation nouvelle
est apparue dans le ciel.
Depuis quand ?
On l’ignore !

On sait seulement
que chaque étoile
s’est allumée
en secret

derrière
les paupières
closes
et qu’elle luit

désormais
accordée
à l’ensemble
par une Main

qui l’a créée
à sa juste
place,
bijou

de nuit
que porte
le vaste
Espace.

 

Géraldine Andrée

Tous droits réservés@2018

Conversation

Que de conversations il y a en un être humain !

Mais comment reconnaître la bonne voix de la mauvaise voix ?

 

La mauvaise voix est craintive, obsédante, opiniâtre, hypocrite parfois.

La bonne voix est légère comme une aile, insouciante comme une vague, furtive comme la caresse née d’une main d’enfant, sincère comme le rire du vent.

 

La mauvaise voix te bouscule, te jette dans l’urgence, te fait peur.

La bonne voix te laisse le libre arbitre, le temps et l’espace absolus, la paix pour pouvoir choisir.

 

La mauvaise voix te dirige ; elle te fait croire que toutes les situations de la vie ne dépendent que de toi. Elle te rend responsable et coupable de ce qui n’aboutit pas.

La bonne voix te souffle que La Gouvernance Divine arrange beaucoup de choses dans l’Invisible ; qu’il te suffit de semer un grain, un seul, et que tu es responsable sur cette terre de ce seul grain-là.

 

La mauvaise voix t’exhorte : Réponds à cette personne ! Entretiens une relation avec elle! Même si tu ne te sens pas à l’aise en sa compagnie !

La bonne voix te souffle qu’il n’est pas de meilleure amitié que celle que tu t’accordes à toi-même, que tu nais, vis et meurs en ta propre compagnie et que toute ton existence doit être consacrée à t’accepter inconditionnellement, Toi, avant d’être « sociable ».

 

La mauvaise voix exige que tu sois parfait(e), éternellement disponible. Elle t’impose travail, effort, lutte constante. Elle n’a cure de ton épuisement. Elle provoque la confusion dans ton esprit entre Magie et Velléité.

La bonne voix te suggère d’aller te promener, de t’asseoir au soleil, de jouer avec ton chat, de ramasser les fruits mûrs. Elle te propose de faire confiance en la rencontre certaine un matin entre l’action juste et la situation juste.

 

Et surtout, la bonne voix ne t’interdit pas d’écouter la mauvaise voix, de suivre ses directives, le temps de t’apercevoir que tu t’es trompé(e)

car c’est en succombant à la mauvaise voix que l’on reconnaît la bonne voix.

 

La flamme ne brille-t-elle pas davantage dans la nuit ?

Voilà ce que ta bonne voix te dit !

 

Géraldine Andrée

Aujourd’hui,

Aujourd’hui
au fil
de mon souffle
qui vogue
vers
la douce
couleur
de l’encre
je me laisse

écrire

Géraldine

Mes poèmes mes enfants

Pour mes poèmes
les plus beaux cahiers
comme pour mes enfants
les meilleures écoles

Pour mes poèmes
l’encre vive
comme pour mes enfants
l’eau de source

Pour mes poèmes
la respiration du silence
comme pour mes enfants
les battements de mon coeur

Pour mes poèmes
les feuilles au vent
comme pour mes enfants
les jeux qui les ébouriffent

Pour mes poèmes
un bouquet de couleurs
comme pour mes enfants
une myriade de cerfs-volants

Pour mes enfants
le mot
Demain
qui les fait grandir

Pour mes poèmes
le mot
Instant
qui me fait naître

Géraldine Andrée

J’ai taché ma robe

J’ai taché ma robe,

ma robe toute belle, toute blanche, toute fraîche, bien repassée.

C’est pas de ma faute ! me suis-je écriée.

Mais si ! Tu as commis un péché !

Tu as été trop gourmande !

Tu as taché ta robe !

Vois sur l’échancrure

la framboise de la glace qui a coulé

dans la lumière de l’été

et sur l’ourlet cousu à la main

quelques brindilles qui se sont accrochées

au cours de tes roulades

et là, sur le volant de dentelle,

le vert mouillé de l’herbe

où tu t’es assise.

Ta robe s’est froissée

lors de ta course avec la brise !

Comment effacer

plis et taches,

toutes les traces

de ces joies interdites

si tu veux rester coquette ?

Comment retrouver la belle robe blanche ?

Je ne sais.

Je promets à chaque fois

de ne plus recommencer

et puis je recommence.

Je suis vilaine.

 

Cela fait longtemps

que j’ai quitté la robe de mon enfance

mais je fais de même

avec les belles pages blanches

du cahier fraîchement acheté.

J’ai l’audace

de les tacher avec des mots qui disent les cerises, les mousses argentées, les gouttes de sève, les fétus blonds qui volent avant l’orage

et dont le regard de ma mémoire se parsème.

Robe de papier

pour mon désir de revivre avec gourmandise

toutes les joies en allées

qui ne peuvent repasser.

Oh ! Surtout,  ne rien effacer !

Je suis écrivaine.

 

Géraldine Andrée

Ne pas chercher

Ne pas chercher

le pourquoi

du comment

 

Ne pas entremêler

les conséquences

aux causes

 

Simplement

s’asseoir

sous les arceaux

de roses

 

et retrouver

la lumière

de son pouvoir

sur les choses

 

Géraldine Andrée

Quand j’ouvre mon cahier

Quand j’ouvre mon cahier,

c’est comme si j’entrais

dans la véranda

de mon enfance

 

pour m’étendre,

me détendre,

me reposer…

Même paix blanche,

 

même parenté

entre le jour

de la baie vitrée

et la lumière

 

de la page.

Même espace

de silence

aussi

 

entre

le mot

et la note

de l’oiseau.

 

Géraldine Andrée

Tu as laissé les choses

Tu as laissé les choses telles qu’elles sont :

près du seuil, ta veste, accrochée au portemanteau, attend la promenade ;

au bord de la table, est dépliée une liste de courses à faire ou déjà faites ;

voici près de la fenêtre, la plante encore toute fraîche d’avoir été arrosée ;

au fond du fauteuil, ce livre conserve en son milieu son signet, fidèle à l’instant où tu seras libre ;

la partition est ouverte sur la dernière Andante ;

quant aux touches noires et blanches, elles croient que mes mains sont tiennes  – mêmes notes pures et alertes ;

et puis, sur le plateau d’ébène, il y a la théière de porcelaine, prête comme si tu venais à peine de poser le couvercle.

Le temps infuse dans l’ombre.

Le miroir te guette.

Pour les invités du soir, tu mettras la plus belle toilette.

Tu as laissé les choses telles qu’elles sont.

Je tends l’oreille :

après tout, qui me dit que tu es absente ?

Un souffle ne se confond-il pas toujours

avec le silence ?

 

Géraldine Andrée

J’écris sur la conscience

J’écris sur la conscience que j’écris.

J’écris sur la conscience que j’ai

du reflet de l’encre sur la page,

des mots qui tremblent en leur lueur naissante,

des lettres dont la boucle est une fenêtre ouverte,

de l’intimité de ma main avec la feuille qui se soulève à mon passage comme si elle n’attendait que mon souffle pour s’animer,

du grain du cahier aussi important que le grain du chemin pour la progression du voyage.

J’écris ici sur la conscience de la trace que je laisse

et qu’un inconnu, demain, suivra peut-être

avec conscience.

 

Géraldine Andrée

Le temps de la flamme

Dans la demeure

de là-bas,

il n’y avait pas

d’horloge.

 

Seul

importait

le temps

de la flamme :

 

comment

à chaque

instant

elle se penche,

 

vacille,

puis se redresse,

soudain

plus forte,

 

plus grande,

enluminant

les ombres

du silence…

 

As-tu souvenance

des battements

des secondes

en son centre

 

comme si

son propre souffle

l’avivait

davantage,

 

de ses reflets

qui tremblent

un peu

à l’approche

 

des visages,

et de son coeur

bleu

qui change

 

les couleurs

de nos yeux ?

Là-bas,

il n’y avait pas

 

d’horloge.

Mais lorsqu’il

restait

une toute

 

petite

mèche d’or,

bien brillante

encore,

 

on savait

qu’on était

arrivé

au seuil

 

de l’aurore

 

Géraldine Andrée

Tous droits réservés@2018

Le silence de la flamme

Le silence

de la flamme

est parcouru

de déliés d’or

 

 

Le silence

de la flamme

se lit

jusqu’à l’aurore

 

 

jusqu’à l’ultime

instant

où quand

la flamme

 

 

s’éteint

dans un silence

que l’on ignore

il demeure

 

 

pour l’avenir

du jour

un point

qui luit

 

encore

 

Géraldine Andrée

J’entends un pas

J’entends

un pas

dans le couloir

de la mémoire

 

C’est sans doute

Georges

qui rentre

de l’usine

 

et qui s’apprête

à s’asseoir

sous la lumière

du soir

 

pour boire

l’alcool

aux reflets

d’or

 

Mais il est

déjà tard

et je crois

que Georges

 

revient

de l’autre

côté

des jours

 

les lueurs

des abeilles

sont éternelles

sur les roses-thé

 

pour m’annoncer

que tous ceux

qui semblent

s’être absentés

 

à jamais

du monde

existent

encore

 

et attendent

que mon pas

touche

le seuil

 

de la porte

tout au bout

du couloir

de la mémoire

 

Géraldine Andrée

Après-midi de pluie

La météo

l’a prédit

pour cette fin

d’après-midi :

 

la pluie

fouette

la fenêtre

et chaque note

 

crépite

au contact

de la vitre

puis éclate

 

en une goutte

de silence

à travers laquelle

on voit

 

le jardin

trempé,

son feuillage

ébouriffé,

 

les chaises

précipitamment

quittées

sous les branches

 

qui s’entrelacent

violemment…

Et je ne sais

qui des deux

 

se retourne

le premier

vers l’autre

et le regarde

 

dans les yeux,

ne disant rien,

seul dans ce songe

qui est le sien…

 

Géraldine Andrée

Encre

Encre

lait

bleu

dans lequel

l’univers

ajoute

ses silences

et ses étoiles

quand je m’assieds

à genoux

pour prendre

note

avec toute

l’attention

requise

du chatoiement

d’une aile

sur une brindille

 

Géraldine Andrée

Laisser les choses

Laisser les choses

aller là

où elles veulent

telles des feuilles

portées par le souffle

des jours

Géraldine Andrée

Rencontre

Voici
un peu 
de bleu
que le vent
ajoute 
aux senteurs
des menthes
comme si
une fenêtre
avait été
soudainement
ouverte
C’est arrivé
avant même
que j’y pense
Le rêve
a rencontré
ma vie

Géraldine Andrée

Comment entend-on l’appel de l’âme ?

Comment entend-on l’appel de l’âme ?

L’âme a une voix fluette comme le murmure de l’eau sous la terre…

Il fait vraiment tendre l’oreille pour comprendre son frêle message de feuille envoyée

par un souffle lointain.

Pourtant, qu’importe la destination de cet appel

qui chemine tant que dure la vie

et qui te montre,

même s’il est déjà tard,

la maison future,

le visage promis,

l’enfant qui décide de naître,

la fenêtre à ouvrir

pour que tu puisses te reconnaître.

Tel est l’appel de l’âme,

porte-parole

en un battement d’ailes

à l’aube

de choses justes et belles

qui insistent juste un instant de plus

pour exister.

 

Géraldine Andrée

Image : Alessandro Botticelli 1445-1510 ;

Vénus et les grâces offrant des présents à une jeune fille

Les enfants et la nuit

On veut protéger les enfants de la nuit en les couchant tôt.

Pourquoi ?

Pourquoi clore leurs paupières sur les points étincelants du vaste silence ?

Les enfants savent

par une originelle connaissance

que la nuit est présence.

En leur dérobant la beauté de ce mystère,

en remplaçant les étoiles par les lampes,

on rend nos enfants tristes et graves

avant même qu’ils n’aient grandi.

De grâce, laissons entrer dans leur chambre

le souffle de la nuit

destiné à se poser comme une brise qui luit

sur la fleur blanche

de leurs tempes !

 

Géraldine Andrée

Tous droits réservés@2018

 

La neige

La neige

a tout recouvert :

la table, les chaises,

les feuilles sèches

de la saison

passée,

et sur l’ancien sentier,

les billes

de nos rires

qui brillaient

encore

hier

de tous leurs

éclats

comme le coeur

des étoiles

feues.

J’espère,

lorsque la neige

fondra,

qu’on les retrouvera

peu à peu.

 

Géraldine Andrée

Le cahier du Kif : Semaine 16 ; me faire le présent du temps

Aujourd’hui, je m’offre le plus beau des présents :

le temps.

Le temps d’aller bras ballants ;

le temps d’emprunter ce sentier que mon intuition me propose ;

le temps de voir les remous de la lumière sous le souffle du vent ;

le temps d’écouter respirer les feuilles et les roses ;

le temps de me glisser entre les ramures ;

le temps de cueillir un murmure ;

le temps d’accompagner un ami jusqu’à l’aurore suivante ;

le temps de rêver d’une autre vie plus vibrante ;

le temps de prendre conscience des battements de mon coeur ;

le temps d’apercevoir l’imprévisible au vol d’abeille ;

le temps d’approcher mes mots de leur lueur

afin de les rendre encore plus lisibles ;

le temps de m’abandonner au subtil bercement d’une trêve ;

le temps de remercier la goutte supplémentaire sur la fenêtre ;

le temps d’allumer une chandelle dans le crépuscule ;

le temps d’ajouter une virgule ;

le temps de me mirer dans le rose de mon enfance ;

le temps de chercher la clé des silences ;

le temps de saisir sans posséder, d’aimer sans désirer ;

le temps de revenir en enveloppant ma demeure comme une ombre ;

le temps d’entendre clairement dans la nuit l’unique réponse ;

 

le temps de laisser la vie prendre son temps

car telle est la mesure sur la partition de toute existence :

l’aiguille d’or qui fait éternellement sa ronde

autour du monde.

 

Géraldine Andrée

Le cahier du Kif : Semaine 15 ; à chaque jour sa patate

J’ai noté dans mon journal intime une phrase qui me va bien :

« Si tu ne peux pas changer radicalement ta vie, tu peux l’améliorer petit à petit dans ton quotidien. »

Cette phrase me valorise, m’encourage, me donne de l’élan.

C’est vrai, on change sa vie pas après pas, geste après geste, instant après instant.

Il suffit d’un rien pour que la métamorphose soit importante :

déplacer sa chaise ou son fauteuil pour s’ouvrir à une autre perspective, trouver un autre angle de vue ;

intégrer une promenade douce et tranquille dans ses journées chargées ; prendre le temps de respirer, d’écouter le vent dans les arbres ;

prêter attention aux variations de la lumière ;

acheter une autre marque de thé ; remarquer sa couleur plus dorée ;

se départir de la culpabilité, de la pression du regard d’autrui ;

faire ce qu’on aime ; pratiquer ses passions ;

écrire le plus tôt possible ses pages du matin pour être sensible à la vie qui s’éveille au rythme de la plume ;

allumer un bâton d’encens pendant la lecture ;

prendre des nouvelles des proches plus souvent ;

tenir un journal créatif ;

être fidèle à une pratique d’art-thérapie ;

s’étirer;

méditer devant une fenêtre ;

recopier les phrases les plus intéressantes d’un article ;

écouter de la musique ;

danser ;

être conscient de son corps – la main sur la page, les pieds nus sur le tapis ; ce souffle sur la peau ;

feuilleter un album de poésies chinoises ; apprendre un poème par ❤ ;

avoir des rituels personnels, secrets, qui prodiguent du plaisir à être pratiqués.

Etty Hillesum dans Une Vie bouleversée décrit la beauté d’un rayon de soleil dans l’eau sale du seau, le matin, après son réveil dans le camp de concentration.

Dans Guerre et Paix, Pierre rencontre en prison Karataïev. Alors qu’il est affamé, ce nouvel ami partage avec lui une pomme de terre. Pierre mord voracement dedans.

– Attends ! Lui dit Karataïev. C’est meilleur avec un peu de sel dessus !

Et il sème quelques grains sur la pomme de terre.

Pierre prend alors le temps de déguster ce seul légume qu’il n’oubliera jamais ; un légume tout simple dans sa peau brune qui se rappellera à sa mémoire quand, plus tard, il retrouvera une table de nourriture abondante.

On peut partir très loin pour l’illumination. Je l’ai fait moi-même.

J’en ai des pratiqué, des stages. J’en ai lu des livres sur la spiritualité.

Tout ceci n’a jamais changé radicalement ma vie.

Comme un feu d’artifice, de tels éclats se sont dispersés dans la nuit.

Mais me contenter de ce que j’ai m’a toujours rendu plus heureuse, plus confiante en la volonté divine.

Alors, à côté de la date

dans mon journal,

j’inscris

dorénavant

cette phrase :

« A chaque jour sa patate ! »

Avec un peu de sel dessus,

c’est encore meilleur.

 

Géraldine Andrée

Le chemin de Poésie

J’emprunte
souvent
le chemin de Poésie
pour le plaisir
de me perdre un peu,
de m’écarter
d’une destination
trop connue.

L’essentiel n’est pas
d’y laisser
les empreintes
de mes pas
mais de faire
des rencontres
qui me mettent
en joie.

Je croise,
par exemple,
en passant
le chant
d’une source,
des touffes
de thym,
les traces

d’un animal
sauvage
qui se cache
pour me regarder
rêver,
les lueurs
des notes
du vent,

une ombre
qu’étoile
encore
la rosée
de la nuit,
des insectes
au bourdonnement
d’or.

Je cours
puis
je ralentis
selon
les battements
de coeur
du temps

mais
je ris tant
que ma poitrine
s’élargit
et accueille
le souffle
de toutes les feuilles
réunies

en un seul instant.

Géraldine Andrée

Le cahier du Kif : Semaine 14 ; le rêve de mon herbier d’instants

Pour réaliser mon herbier d’instants

en cette année deux mille dix-huit,

j’ai acheté un grand cahier blanc.

 

Sur chacune de ses pages,

j’accrocherai – je me le promets –

une clochette de muguet,

un pépin de framboise,

une brindille bien dorée,

une tache de fruit écrasé,

une feuille des chemins neufs,

une algue bleutée,

un mica scintillant,

une des mèches de Catherine, auburn comme un filament de lune,

quelques grains de sable d’Espagne,

un caillou de la terrasse qui s’embrase dans la nuit telle une pépite d’étoile,

une pincée de ma terre natale,

un éclat de sel dont le vent parsème mes cils,

une poignée d’herbe foulée par les pas de Sacha.

 

Et pour la musique, dis, pour la musique ?

Je dessinerai des notes à l’encre de Chine, des clés de fa, des clés de sol et des points de silence avant que la mélodie ne recommence…

 

Et pour les chants des oiseaux ?

Une goutte de rosée, tout juste tombée.

 

Et pour la pluie, et pour la neige ? Y as-tu songé ?

J’inventerai des billes au centre desquelles une pointe très fine allumera une couleur cristalline.

 

Et pour le parfum de la brise en allée loin ?

Un pétale qui a franchi la grille du jardin.

 

Et pour la douceur des repas partagés ?

Une seule mie de pain.

 

Et pour ce qui ne se dit pas mais se vit ?

Un poème de Ryôkan.

 

Et pour ton souffle, simplement ton souffle ?

Une page sur laquelle je tracerai librement mes lignes,

tant que durera ma course dans le temps.

 

Voilà mon herbier d’instants

pour l’an deux mille dix-huit.

Peut-être d’autres en feront-ils autant…

 

Géraldine Andrée

Le chemin éclairé

Tu sais,
le chemin
s’éclaire
tout seul.

Au départ,
bien sûr,
une frêle
lueur

bat
entre les feuilles
et dans l’alternance
des ombres

se cherche
du regard ;
mais au fur
et à mesure

que tu avances,
les arbres
s’écartent.
Alors,

la lueur
devient
un rayon
alerte

qui traverse
toutes
les distances
et volette

telle
une aile
à fleur
de sol

pour déposer
une étincelle
sur le bout
de tes chaussures

et sur ton pas
futur.
Tu vois,
il est toujours

à ton aventure
une destination
méconnue,
certes,

mais sûre.

 

Géraldine Andrée

Tous droits réservés

Mon nouvel ami

Bonjour !

Je vous présente mon nouveau journal intime qui m’est parvenu par la poste aujourd’hui!

Comme vous le voyez, il est habillé d’une chemise en toile de lin et de jean sur laquelle une perle d’améthyste protectrice a été cousue.

Les lettres MON JOURNAL ont été brodées à la main.

Mon Journal s’ouvre grâce à un bouton rose.

Il contient en guise de signet un ruban avec deux perles de jeune fille qui s’entrechoquent dans un bruit frêle lorsqu’une page se tourne.

Je suis prête à saisir dans la poche en toile de jean de mon ami intime deux stylos de couleur qui me promettent tant de promenades et d’aventures en sa compagnie…

Voilà pour le vêtement de mon nouvel ami.

 

Ouvrons ensemble le cahier.

Toutes ces lignes, tous ces chemins tracés…

Il faut que je réveille mes rêves tôt et que je les prépare pour mon long voyage qui s’annonce…

Ce cahier est parfumé avec une poche de lavande.

Quand je l’ouvre, elle embaume tout le salon. Quelques brins de lavande séchée ont aussi été glissés à la fin du cahier.

Mes mots fleureront bon les champs de lavande bruissant dans le vent du Sud.

 

Ce cahier est vraiment un ami fait pour ma solitude.

Je sais ce que je vais lui confier : non pas mes soucis ou mes éternelles questions mais plutôt mes gratitudes de chaque jour.

Je rêvais d’avoir un beau cahier pour en faire un herbier d’instants.

Le voici. Il est prêt.

A moi d’en faire Le Cahier de ma Vie.

 

Géraldine Andrée

 

PS :  Enfin un bel objet artisanal comme autrefois. Cela me rappelle le temps où mes aïeules confectionnaient elles-mêmes leurs paniers, leurs vêtements, leurs draps. Ce temps, je le sais, reviendra.

Pour tous ceux que de tels ouvrages intéressent, j’inscris l’adresse du site ici :

LA MAISON ECOLOGIQUE

Le cahier du Kif : Semaine 13 ; de Rien, il me reste Tout

Lorsque j’ai rompu mes fiançailles car je pressentais que mon futur mari serait violent, j’ai pensé qu’il ne me restait rien de ma Vie.

Puis, jour après jour, réveil après réveil,

j’ai pris conscience du vert de l’herbe avivée après la pluie, du pinson qui picorait sur le chemin, des bourgeons qui éclateraient en temps voulu, des tuiles rouges des dépendances, du titre de ce roman qui m’attendait sur ma table de chevet, de l’air sur mon front, de mes ongles bien roses sous la lampe, du lacis bleu de mes veines, de mon regard prêt à voir apparaître la forme d’un nuage puis un rayon de soleil.

Comme celui-ci après l’orage, j’étais plus neuve, plus pure, nettoyée par la tempête qui avait déferlé.

Quand je me montrais à la fenêtre des gens et des choses, je pensais qu’on lisait mon histoire sur mon visage ; que, dès les premières minutes de la rencontre, on savait l’échec de ma vie sentimentale.

En réalité, lorsque je me regardais dans le miroir, j’étais complète. Mes traits étaient harmonieux, mes lèvres carmin, mes yeux profonds. J’avais des pieds pour courir jusqu’à la prochaine vague des vacances, des hanches pour danser, des bras pour jouer à retenir le vent comme jadis quand j’étais enfant, des cheveux pour accrocher la lumière de chaque instant.

Je pouvais enfouir mon nez et ma bouche dans les parfums de la terre. Je pouvais fermer les paupières pour y laisser perler chaque fragment de ciel au bord de mes cils.

Je l’ignorais encore mais une page se tournait pour en mettre une autre d’éternelle actualité :

la page de la Foi mise en Poésie.

 

Quand vous n’avez plus rien, il vous reste Tout à vivre.

 

Géraldine Andrée

Aube

Ma tasse
lavée
luit

Ma tasse
retournée
s’égoutte

Et je songe
à cette heure
à la rosée

déposée
sur toute
chose

le coeur
mi-éclos
des fleurs

le banc
de bois
vert

les torsades
argentées
des fils

de la tonnelle
entrelacés
aux branchages

dorés
de la treille
l’anse

recourbée
de l’arrosoir
près de la remise

et le sillage
des tuiles
d’ardoise

A ma fenêtre
le jardin
semble

tout entier
flotter
dans un bol

de lait
bleu
Aube

Ma tasse
lavée
luit

devant
chaque cil
de mes yeux

Géraldine Andrée

Tous droits réservés@2018

Le voyage

Respirer,
simplement respirer
en cette seule seconde
où j’existe

car j’ai conscience
que mon souffle
me mène
fidèlement

sur son invisible
chemin
vers la seconde
suivante.

C’est ainsi
que j’entreprends
le voyage
de ma vie.

Mon souffle
me guide
à chaque instant
un peu plus loin,

de matin en matin,
de saison en saison,
de découverte en accomplissement,
d’accomplissement en découverte.

Grâce à lui,
j’assiste
au jour
où la fleur

succède au givre,
le soleil à la flamme,
le jardin à la chambre,
la rose à la ronce.

Mon souffle
me fait présent
d’un futur
toujours nommé

Aujourd’hui
et même si
je n’effectue pas
le tour du monde,

je réalise
que je suis
celle qui
respire,

allongée,
debout
ou assise,
en cette seule

seconde
où j’existe,
maintenant
et ici.

Géraldine Andrée

Le cahier du Kif : semaine 12 ; devenir quelqu’un

Marie voulait devenir quelqu’un.

Elle voulait exister aux yeux du monde, être importante pour tous.

Elle avait un prénom, Marie, mère de tous les hommes, mais elle rêvait de se faire un nom.

Elle savait que le chemin serait long.

Pourtant, elle ne manqua ni de courage ni d’imagination.

Elle s’inscrivit à des formations ardues, d’âpres et onéreuses séances de coaching.

Elle tenta de relever toutes sortes de défis, de gagner des compétitions sans s’apercevoir qu’elle rentrait surtout en compétition avec elle-même.

Et il lui semblait qu’à chaque fois, elle ratait sa cible, qu’elle passait à côté de son chemin, qu’elle ne reconnaissait pas le visage de sa chance.

Un matin, épuisée par de vains espoirs et de futiles efforts, Marie ne put se lever. Elle était atteinte d’une profonde dépression et dut être hospitalisée.

Elle demeura de longs jours allongée, amaigrie, perfusée.

Elle voulait rester à jamais cachée derrière des stores baissés.

Au cours d’une séance de thérapie, la psychologue conseilla à Marie d’essayer – rien qu’essayer – de noter sur un petit carnet cinq menues choses par jour qu’elle avait appréciées.

Marie jugea l’exercice stupide mais comme elle n’avait rien d’autre à faire, elle se prit au jeu et se mit à écrire :

la tendre mie du pain,

le premier rayon de soleil du printemps sur la vitre de sa chambre blanche,

le crissement du papier étoilé autour du sachet de bonbons,

le bouquet de roses qui fleurait bon dans le vase,

le rire d’Anastasia, sa meilleure amie – lorsqu’elle lui rendait visite, il lui semblait qu’elle lui faisait le présent du temps de dehors.

Peu à peu, Marie apprécia le goût de la Vie.

Plus tard, elle nota

les couleurs d’un bosquet inattendu rencontré au cours de sa promenade dans le parc,

la robe toute neuve sur sa peau,

sa paire de lunettes originale,

et sa barrette en forme d’aile de papillon qui, en retenant l’une de ses mèches, faisait que l’aube touchait d’abord son front,

l’éclair bleu d’un geai dans le feuillage.

Elle se sentit exister quand le vent passait dans ses cheveux, quand l’herbe déposait sa rosée sur ses chaussures, quand les branches s’écartaient à son passage, quand le nuage se métamorphosait devant ses yeux, quand le muguet agitait ses clochettes et égrenait dans ses mains des notes silencieuses.

Elle partit en vacances, tout simplement.

Elle apprécia la route de campagne qui menait à la maison de tuiles rousses, les dîners qui duraient longtemps, les confidences dans le bleu du soir, le premier baiser échangé, la lecture des constellations, tête renversée dans les senteurs de la claire nuit.

Marie, grâce à ce petit carnet où elle notait jour après jour, semaine après semaine, mois après mois cinq petites choses qu’elle avait aimées, se guérit à jamais du besoin de devenir quelqu’un.

Dès lors, elle ne se sentit plus importante mais essentielle parce qu’elle savait apprécier toutes ces petites choses essentielles qui font que chaque vie est importante et unique en ce monde.

Elle existait pour les oiseaux du ciel, les fleurs de l’été, les grains de terre qui composent le chemin, les brindilles du pré, les fétus du vent car ceux-ci existaient aussi pour elle.

Marie avait donc remporté le plus grand des défis :

elle n’était pas devenue quelqu’un, non ! Nul besoin

car elle était… Marie.

 

Géraldine Andrée

Le cahier du Kif : semaine 11 ; tes cahiers futurs

Comment imagines-tu tes cahiers futurs, mon amie ?

Je les imagine

constellés

de couleurs, de paillettes, de fétus blonds, d’éclats de fête, de brindilles odorantes, de gouttes tièdes, d’ailes de parfums, de feuilles vives, de flammes élancées, de pétales arrosés, de perles de rire, de grains de sable, de pépins de grenade, de pépites d’étoiles trouvées dans les champs à minuit, de coquillages, d’algues toutes luisantes encore du reflet de la marée haute, d’écailles de lumière, de mèches angéliques que la brise accrochera pour mes yeux à ses mailles,

et entre tous ces présents,

un peu de blanc, un peu de silence, un espace où le temps se repose,

parce qu’il faut reprendre haleine

pour prolonger le poème.

Je coudrai, vois-tu, tous ces cahiers ensemble

avec du fil d’argent ;

qu’à la fin suprême,

je puisse les feuilleter un par un

sans peine

et avoir assez de souffle

pour m’entendre m’exclamer

dans la chambre de mon âme :

Mais j’ai réalisé le cahier de ma Vie !

J’imagine déjà

avec joie

que mes mots

se réverbèrent

dans le silence qui suit

en une myriade d’échos.

 

Géraldine Andrée

Le rendez-vous

J’ai prévu

demain

un rendez-vous

avec le chemin

du jardin

pour y recueillir

une feuille

oubliée

de l’ancien

été

et la coller

sur la feuille

de mon cahier

que je dédie

à chaque

jour

daté

Aujourd’hui.

 

Que mon journal

demeure

après mon passage

le témoin

unique

de ce que mon coeur

a su

regarder

quand

il était temps

encore…

 

Géraldine Andrée

 

 

Une nouvelle demeure

La vie apporte ses changements.
Il me faudra bientôt une nouvelle demeure.
Je la veux avec beaucoup de fenêtres, une terrasse où je verrai trembler le point d’or de tous les commencements, son silence unique où la moindre goutte se reflète en mille chants, beaucoup de douceur et de duvet, des fauteuils profonds, un chat sur le seuil, un couloir secrètement allumé où résonneront les pas de l’homme que j’aime, des lampes qui veilleront jusqu’à l’aube.
Une demeure pas très loin de la ville mais cachée derrière des arbres, entourée d’un jardin.
Une demeure ouverte aux amis et au ciel.
Une demeure avec son frêle sentier qui y mène et dont je verrai se métamorphoser les couleurs au fil des jours.
Une demeure où l’on entend ruisseler la paix venue d’une fontaine invisible.
Une demeure avec sa lucarne tout en haut du toit, par laquelle je contemplerai longtemps le clair de lune en buvant du vin.
Une demeure avec une immense bibliothèque et des tableaux du temps ancien.
Une demeure que l’on pourrait trouver dans un poème.
Une demeure qu’abrite un rêve d’enfance.
J’en ai habité une jadis qui lui ressemble : il y avait en supplément une vasque blanche dans une petite cour intérieure.
C’était, on m’a dit, dans une vie antérieure.
C’est pour cette raison que je suis si sensible aux fleurs à fleur d’eau et aux notes des oiseaux.
J’ai souvenance de cette demeure qui est la soeur
de celle de mon désir.
Mais je vis maintenant dans une autre époque.
Alors, si la vasque a disparu à cette nouvelle adresse, peu importe.
L’essentiel est que j’entre dans ma demeure
en m’exclamant
– Mais c’est mon coeur !

Géraldine Andrée