Je sais une porte ouverte

Je sais une porte ouverte
dans la nuit sans étoile
où tu entres et tu sors
aussi vivement que ce souffle
qui précède l’aurore

Géraldine Andrée

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La maison cachée

Les feuilles de la belle saison
cachent la fenêtre de ta maison

J’ai beau m’approcher pencher la tête
je ne vois pas la pièce

où tu travaillais jadis
et que cette heure baigne de soleil

Alors je prends mon carnet
à la couverture grise

et je note feuille après feuille
les souvenirs

– le silence au murmure d’eau
ce grain de beauté

au bord du col de ta chemise
et qui éclaire ta nuque

lorsque tu te penches sur ton livre
étoile de ta peau

luisant encore
dans ma mémoire triste

tandis que les feuilles de la belle saison
cachent la fenêtre de ta maison

Géraldine Andrée

La crème Nivéa

Je m’inquiète toujours de savoir s’il te reste du savon, du shampoing.
Aujourd’hui, il ne te manque rien.
Mais devant la porte de la résidence, une question inquiète surgit :
– Et la crème Nivéa ? Tu as encore de la crème Nivéa ?
Tu me réponds. 
– Oui ! Oh ! Tu sais,
je n’en mets pas beaucoup ! 
Il suffit d’une goutte pour que tout le soleil 
brille sur mon visage !
J’ai encore une réserve
de lumière
pour des milliers de jours !

Géraldine Andrée

Il faut que je me réveille !

Ma mère me dit :
Il faut que je me réveille !
Il doit y avoir de belles robes dans les magasins.
Tu sais, ce n’est pas très loin !
Veux-tu qu’on y aille
demain matin ?
Il existe sûrement des coiffures
toutes nouvelles.
Je connais une coiffeuse
qui fait très bien son travail.
C’est sur la place
du village de mon enfance
à Chaudeney !
Je trouve 
que tes cheveux fourchent 
tout au bout.
Je te réserve un rendez-vous ?
Tu ne seras pas déçue.
A dix-sept heures,
part au rythme 
d’un battement de coeur
le train pour les fleurs.
As-tu pris notre billet ?
Au jardin de mon père,
il y a une étincelle 
de soleil
sur chaque brin d’herbe.
Il faut que je me réveille !

Géraldine Andrée

La maison là-bas

Alors que les abeilles
jouent avec un rayon de soleil
je pense à la maison
immobile dans le temps

à ses assiettes ses couverts
qui pourraient être disposés
pour un repas
– et personne n’est là –

à ton sac sur la chaise
preuve que tu es revenu
de la supérette
– mais je n’ai pas entendu ton pas –

aux draps du grand lit
qui me réchaufferaient pour une nuit
à la lampe de chevet
dont j’ai souvenance

qu’elle brille
d’une clarté si vive
sur le livre
ouvert

Je ne reviendrai pas
Que ferais-je de son silence
et du spectre
des voix absentes ?

Il y a quelques mois
encore
je veillais tard
en son coeur

et je me réveillais
avec la lumière
de sa fenêtre
Rien ne demeure

Et pendant que les abeilles
jouent
avec ce rayon de soleil
déjà roux

je pense à la maison
qui attend
un habitant
et à son oeil d’or

qu’est le cadran
de l’horloge
guettant
notre retour

dans les plis
de l’ombre
alors que s’est arrêté
le temps

Géraldine Andrée

Rencontre

J’aurai toujours souvenance
de ce moment de solitude
où je me suis apparue
dans le rayon du soir

de la conscience
de ma présence
qui m’a révélé
mon regard

Géraldine Andrée

Et s’il n’y avait rien à chercher ?

Et s’il n’y avait rien à chercher ?

Rien à trouver ?

Et si ce que tu désires n’était qu’un point qui s’éloigne au rythme de tes pas ?

Et s’il était vain de désirer toujours plus ?

Et si ta mission de vie signifiait que tu es envoyé(e) vers la Vie ? C’est-à-dire que tu t’engages à prendre soin de toi, à veiller sur ton corps, ton esprit, ton âme chaque jour ? 

Et si ta mission, c’était tout simplement de rendre la Vie heureuse ? 

Expérimenter, éprouver, goûter, savourer…

Profiter de la saveur des choses, du parfum des chemins, d’un rayon de soleil sur ta main, du vent dans tes cheveux, d’un oiseau qui traverse ton regard…

Et si ta mission de vie, c’était d’être là, essentiellement ? Au plus près de la Beauté, de la Bonté, de la Vérité…

Te nourrir de ce que tu as ; te laisser guider par ton intuition. En extraire la lumière, le vivant, le positif comme le jus d’une orange.

Tu as tant à découvrir à cet instant !  Vis dans le confort de toi-même. Mets-toi à l’aise dans ta propre demeure intérieure.

Retrouve chaque matin le ciel de ton cahier. Ton journal intime retrace ta progression vers la joie. Sois-en fier/fière.

Sois. C’est suffisant.

Une feuille éclaire le jardin. Elle ajoute sa lueur unique à celle des autres feuilles.

Mais si un promeneur lui demandait :

Pourquoi es-tu là ? 

Et si elle pouvait répondre, elle dirait :

Je suis. C’est tout. Présente pour cette saison.

N’entends-tu pas ma vérité, mille fois répétée par le souffle du vent ?

Géraldine Andrée

Gratitude

Gratitude
pour ce papillon
aux ailes
irisées
sur la fenêtre 
qui m’a rappelé
ton envol

En l’observant
de près
j’ai cru saisir
dans le manque
de ton souffle
la palpitation
d’un instant

Géraldine Andrée

Nul besoin

Je suis Présente à tout ce qui est là, y compris le pépin, la fourmi, la brindille… Et je danse avec la particule de poussière dans la lumière.

Nul besoin de faire le tour du monde pour connaître l’illumination : l’éveil est là, dans les petits actes du quotidien. Méditer à la table du repas, entendre le Divin dans le frêle écho du robinet qui s’égoutte, voir la Lumière dans le reflet de l’encre de la signature qui sèche en bas d’une lettre… Ces menus gestes ont une lointaine portée.


Nul besoin de réciter des sutras et des mantras au son d’un gong : suivre sa petite musique intérieure mène au message caché que l’on se destine de soi à soi. Cela s’appelle la foi.


Nul besoin d’explorer la Présence Suprême à quinze mille kilomètres : être présent à la texture de la peau d’une pêche, au velouté de sa chair, à l’abondance de son jus suffit. C’est par de telles sensations que l’existence est sensationnelle.


Nul besoin d’explorer ses vies antérieures : qui l’on fut ne nous concerne plus ; cela ne définit pas qui l’on est, ici et maintenant. Regarder ses mains, les faire passer de l’ombre à la lumière pour observer les jeux du jour sur sa paume… Telle est notre éternité.


Nul besoin de disserter sur des valeurs spirituelles abstraites et sur le karma : se mettre à la place de l’autre, honorer ses intentions quand elles sont louables, remercier, respecter, montrer de l’empathie et de la gratitude… Ces signes prouvent d’eux-mêmes la bonté.


Ce que l’on accomplit
au jour le jour 
fait toute une vie, 
fait Toute la Vie.


Voilà en quoi
je crois.

Géraldine Andrée

Tous ces Moi

Je songe à tous ces hommes qui disent Moi depuis des millions d’années,

tous ces Moi qui disent Moi je depuis des myriades de siècles,

tous ces défunts qui commençaient leurs phrases par Moi

alors qu’ils sont partis sans laisser de trace.

Mais peut-être qu’à l’origine de l’humanité,

les hommes en disant Moi

désignaient aussi le Moi de la goutte de pluie,

le Moi de la bulle sous la vase,

le Moi du grain de la terre,

le Moi du fétu de la brindille qui s’enflamme,

le Moi de l’écume et le Moi du sable,

le Moi du ciel dessiné en lettres rondes par ce souffle que semble exhaler la lune, là, au-dessus de la cime.

Aujourd’hui,

personne ne parle pour le Moi de l’eau qui chante sous le vent,

personne ne se soucie du Moi de la terre qui fait éclore le Moi des fleurs,

personne n’honore le Moi des racines.

Et le Moi des flammes qui réchauffent les mains ?

Le Moi des vagues qui étreignent sans retenir ?

Le Moi de chaque étoile qui nous regarde dans la nuit couleur de cendre ?

Aujourd’hui,

chacun à part soi s’exile du Moi du monde.

Et c’est bien dommage.

Géraldine Andrée

La pente douce

Voilà.

On a fini de descendre

la pente douce.

Nos sandales,

bien sûr,

telles

des ailes

qui défiaient

la terre

voulaient

nous emmener

toujours

plus vite,

toujours

plus loin,

et l’on vacillait

un peu,

tendant

les bras

pour se raccrocher

à la lumière

mais voilà,

on a fini de descendre

la pente douce.

Les couleurs

du glacier

pétillent

devant nos yeux

-roses, rouges,

vertes, bleues-

et la mer

s’avance

dans sa blanche

robe

de dimanche :

on est en bas.

Géraldine Andrée

Un été

L’été, cette longue enfance…

La porte s’ouvre…

Tes pas

laissent

les traces

de la dernière

vague

sur le carrelage.

Grains de sel

et de sable

qui se mêlent…

Mais dis-moi,

est-ce

toi

qui es à l’origine

du murmure

du soleil

aux lèvres

des abricots ?

Nulle réponse

qui se devine.

Mais je sais

que ta peau

et la lumière

de cette journée

se ressemblent,

telles

des soeurs

jumelles…

Géraldine Andrée

Alors, je renonce

Alors, je renonce.

Je place ma paume vers le ciel

pour que ce qui est sur le point de tomber

se métamorphose

et rejoigne le Grand Elan qui réunit dans une seule étreinte

toutes choses.

Géraldine Andrée

Sans titre

On n’emporte pas là-bas
ce que l’on a.
Les meubles et les bijoux
ne passent pas la frontière.
Seul ce que l’on fut
à travers ce que l’on aima
arrive de l’autre côté :
la joue d’un enfant,
une lumière de juillet,
un après-midi de lecture
sous le marronnier,
le souvenir de chaque grain compté
sur la peau de l’amant,
l’écoute tranquille
de l’eau qui coule,
des ailes que l’on a recueillies
sans les retenir,
juste le temps 
qu’elles se reposent
au coeur des choses…

Géraldine Andrée

L’hôte

Le jardin m’accueille
avec toute
son herbe tendre,
ses senteurs
de rose,
de chèvrefeuille
et de menthe,
ses bancs
sous les branches
qui bercent
des silences,
ses ombres
bleues
qui viennent
à ma rencontre
comme si j’avais été
annoncée,
et lorsque je veux
en sa paix
m’étendre,
je deviens
l’hôte
de mon souffle
au seuil
de mes lèvres
qu’il parsème
de quelques
fleurs…

Géraldine Andrée

Rêve d’un retour

Tu me dis en rêve que tu reviens parmi nous.

Tu portes le même tee-shirt rouge que pendant les jours d’été de jadis.

Je revois tes yeux bruns derrière les verres de tes lunettes, tes veines bleues, bien gonflées à tes poignets, un peu de chocolat à la commissure de tes lèvres.

Je reconnais tes gestes lorsque tu débouches promptement le vin, le verses à chacun.

Après le repas, tu feras ronronner la cafetière.

Tu es revenu.

Et rien n’a changé.

Tout est là dans ta présence – tes habitudes, tes petites manières…

Mais tu as apporté un unique présent à ton retour.

Chaque chose que tu touches,

tu l’entoures

de lumière.

Géraldine Andrée

Les fleurs de ta chambre

Les fleurs de ta chambre
sont toujours aussi vivaces.
Dans cette demeure
où l’on connaît
les flétrissures
laissées
par le temps
qui passe,
les fleurs
que tu as cueillies
ont gardé
leurs pétales
lisses.
Toi qui te dis
trop vieille,
tu possèdes
à ton chevet
des immortelles.

Géraldine Andrée

Voyage parmi les senteurs

L’envie m’a prise hier, entre deux courses, d’aller respirer des senteurs d’Orient chez Adopt.

Je me suis enivrée de vanille, de rose, de fleur d’oranger.

Lorsque j’ai approché mon visage du parfum venant d’Egypte, j’ai eu envie de pleurer.

C’est comme si je retrouvais un très ancien pays, un temps où je suis immortelle.

En rêve, à l’aube, est passée devant la fenêtre de mon appartement à T. une jeune fille portant un turban mauve.

Je reconnaissais mon regard dans le sien qui se posa sur moi juste un instant.

Ses hanches ondulaient dans une démarche féline. Et je voyais le chemin qui se traçait sous ses pas.

Ce chemin était le mien !

Dans cette vie d’aujourd’hui, je suis reliée à une première vie, qui m’a rendue heureuse.

Une vie faite d’étoiles, de matins clairs, du ruissellement des fontaines entre deux montagnes de sable.

Une vie où je vois luire encore l’éclat des cristaux au coeur de mes paumes.

Une vie bercée par le vent du temps qui me ramène ici.

D’un corps à l’autre, on demeure. L’univers nous présente à chaque instant des miroirs.

On reste celle ou celui qui fut et qui se rappelle à nous un jour pour être reconnu(e).

Alors, je fus, oui, cette jeune fille égyptienne.

Et je continue à l’être dans toutes les époques que je franchis.


Géraldine Andrée

Quand je songe à toi,

Quand je songe à toi, dont les joues avaient gardé une flamme de couleur jusqu’au soir de ta mort, je me dis que tu t’es forcément réincarné dans une rose. Je le sais à la manière avec laquelle celle-ci, qui perce l’ombre du mur, me regarde.

Géraldine Andrée

Le seul lieu possible

Il n’y a qu’un seul lieu possible où le jardin de jadis peut chanter et fleurir

ma mémoire

qui le fait renaître
sur chacune des feuilles de mon cahier
sur lesquelles s’ouvre ma fenêtre

ma mémoire jardin devenue
pour l’âme du jardin disparu

Géraldine Andrée

L’amie

Toute petite
j’avais une amie
au rire clair
derrière laquelle

je courais 
sans jamais 
l’attraper

La rivière

Mais je n’éprouvais 
aucune tristesse
car telle
était ma joie

Jouer 
à perdre
dans le soleil

Géraldine Andrée

Rencontre

On a souvent l’impression, quand on rentre dans une librairie, qu’on décide du livre que l’on va acheter.

Je crois le contraire : c’est le livre qui nous choisit. Sagement rangé sur son étagère, c’est le livre qui vient à notre rencontre.

Il en est ainsi du Journal intime d’un touriste du bonheur de Jonathan Lehmann…

Alors que je me relève très difficilement du décès de mon père, je suis attirée immédiatement chez l’Espace Leclerc de Thionville par ce petit livre rouge de la collection Points vivre.

J’avais lu un article de l’auteur le matin même au détour d’une page Facebook !
Après le décès de son père causé par une maladie cognitive apparentée à Alzheimer, Jonathan part faire une retraite de méditation en Inde. Je me régale ! Et je m’enrichis de cet enseignement sur le bonheur.

C’est plein d’humour et de sérieux. Cela aide au détachement, au lâcher prise. Non, les êtres ne nous appartiennent pas. Oui, nous sommes libres d’aimer sans nous attacher. C’est la condition de notre accomplissement.

Je parlerai de ce livre hédoniste dans une vidéo.

Journal intime d’un touriste du bonheur

https://livre.fnac.com/a11579884/Jonathan-Lehmann-Journal-intime-d-un-touriste-du-bonheur?fbclid=IwAR1IX8E0X7KYZTM1CHihZkcp1O


Ce livre m’attendait !

Géraldine

Tu as dit avant de partir

Tu as dit avant de partir :
« Je mets des chaussettes neuves »
puis tu t’es chaussé.

Tu ignorais alors
que pour le voyage que tu ferais,
tu n’avais nul besoin de marcher.

Je ne sais pas
comment tu t’en es allé.
Est-ce ton souffle qui,

en sortant de toi-même,
avec l’ultime force
du courage

t’a emporté ?
Ou est-ce le souffle
d’une mer

dont le nom
n’existe pas encore
sur une quelconque

carte du monde
qui t’a emmené ?
Je crois

que ce sont les deux
réponses
qui conviennent.

Ton souffle
s’est élargi
comme la mer

qui rassemble
tous les bleus
et t’a guidé

dans ton élan
loin de la terre.
Tu as dit avant de partir :

« Je mets des chaussettes neuves »
puis tu t’es chaussé.
Mais pour tes pas

devenus lumière,
un chemin dans l’air
était déjà tracé.

Géraldine Andrée

Tu n’as rien perdu

Tu n’as rien perdu
Il y aura toujours
d’autres soirs doux
annonçant le rendez vous

entre une étoile
et une feuille de menthe
sur le chemin qui mène
à la maison de vacances

Géraldine Andrée

En ce clair matin d’avril,

En ce clair matin d’avril,

tu sens battre en ton coeur

une telle ardeur

de vivre

-tournesol

d’or

autour duquel

le jour

fera sa ronde-

qu’il te semble

que ton chemin

vient enfin

à ta rencontre…

Géraldine Andrée

Les mouvements de l’âme

Suivre les mouvements de son âme est important pour aller à destination, c’est-à-dire se rendre à notre destinée…

Âme… Inconscient…

C’est sans doute la même chose et on a tort de dissocier la spiritualité de la psychologie car on y retrouve des conseils communs, des valeurs semblables.

Jung appelait l’âme ou l’inconscient l’océan.

Le Très Vaste dans les limites d’un corps… Telle est l’âme.

Suivre les mouvements de son âme permet d’accéder à cette sérénité à laquelle tout le monde aspire – l’ultime degré, celui de l’Illuminé.

Les mouvements de l’âme n’ont pas de logique apparente. Mais, comme les marées de l’océan, ils obéissent à une volonté plus grande, un cycle cosmique.

Suivre les mouvements de son âme, c’est accepter de combler ses besoins.

C’est faire ce que l’on aime, ce qui nous fait vibrer dans l’instant présent.

Sortir ou rester assis ;

peindre ; écrire ; sculpter ;

rêver ; se promener ; nager ; voyager ; prendre en photo les variations lumineuses du chemin au rythme de notre passage…

Les mouvements de l’âme sont changeants.

On peut vouloir méditer puis sortir et faire la fête…

L’âme a tant de facettes !

Les accueillir toutes, c’est rencontrer l’entièreté de son Être.

Paul Brunton a écrit dans Le Sentier caché qu’aller à la rencontre de son propre mouvement intérieur,

ce quelque chose,

« était la première intimation de son âme. »

Les mouvements de l’âme ne sont pas utiles, c’est-à-dire qu’ils ne nous mènent pas à un résultat raisonnable, un but rationnel, un point précis ; du moins pas ceux auxquels on s’attend.

L’âme est comme la vague : elle prend plaisir à danser dans toutes les directions avant de toucher le rivage.

Ce qui est certain, c’est qu’elle atteint toujours la rive à laquelle elle est promise.

Je nous souhaite de vivre ainsi en suivant les mouvements de notre âme toute notre vie.

On avance alors avec tant de légèreté !

Confiance en sa danse !

Géraldine Andrée

Tout sur cette photo

Tout sur cette photo a disparu : le jardin, la chatte, la maison et mon père qui avait acheté cette maison. 
Tout.
Il n’y a guère que moi qui suis encore là. 
Le vert des herbes et des arbres n’existe plus que dans ma mémoire.
Il reste aussi cette photo, quelques autres, et mes poèmes pour ceux qui me lisent, seules preuves que tout cela a existé, que ce n’était pas qu’un rêve.

Géraldine

PS : J’ai encore le chapeau.

Le printemps

On voit poindre les bourgeons au dessus des grilles de la ville.
Les crocus mauves sont encore clos sur eux-mêmes. Ils gardent leur corolle pour un autre soleil.
Des notes d’oiseaux sautillent de branche en branche.
Le printemps est venu en catimini. Il a traversé des nuits de vent et de pluie à pas de chat.
Et aujourd’hui, il est là.

Géraldine Andrée

La lampe

Il me semble
que j’ai laissé
en partant

une lampe
allumée 
là-bas

Je songe
au coeur
de sa clarté

qui bat
et éclaire
le bras

d’un fauteuil
l’arabesque
d’un tapis

de Perse
sur le seuil 
le couvercle

doré
du poudrier
devant le miroir

et peut-être
un spectre
qui cherche

son chemin
Il me semble
que j’ai laissé

une lampe
allumée
là-bas

dans la nuit
close
de la demeure

et si je ferme
mes paupières
très fort

je crois voir
son coeur
d’or

qui m’envoie
l’aile
de sa lueur

Géraldine Andrée

Mon sentier secret

Voici que je retrouve mon sentier secret,
celui que je prenais pour m’échapper de la gravité de mon enfance,
un sentier bordé de soleils et de noisetiers, 
infusant de thym l’air bleu du matin.
Ce sentier, je le connais bien. 
Il est tracé en moi comme ma destinée.
Qui sait où il me mènera ?
Peut-être vers l’endroit où je suis née,
là où la nappe de la lumière miroite dans le vent pour m’accueillir,
vierge de tout souvenir.

Géraldine Andrée
Journal

La maison de mon rêve

Je changeais d’étage dans la maison de mon rêve.

Il me suffisait de descendre quelques marches pour retrouver un appartement semblable à celui du dessus avec des fenêtres qui s’ouvraient à fleur de terre.

Le ciel, blanc comme une nappe de fête, se déversait sur ma page et des senteurs d’herbe fraîche infusaient la lumière débordant de tous les contours du paysage.

Une vie bougeait en moi. Elle battait doucement comme une aile non loin de mon coeur.

Et je songeais dans ce secret tremblement que, si je faisais un test de grossesse, celui-ci s’avérerait positif.

Je savais avant la nouvelle qu’un enfant était annoncé.

Toute ma conscience en était pleine.

Puis, je tournais la tête et je te voyais, assis, buvant un verre d’eau de lavande.

Je craignais que cela ne te fît du mal mais tu me répondais que la lavande était un bon calmant pour le coeur et que, là où tu étais, cela n’avait guère d’importance ; plus rien ne te ferait de mal car ton coeur était devenu vaste.

Tu m’offrais même une gorgée.

Toi, le défunt, tu m’offrais le présent d’une belle eau bleue où miroitait le jardin qui bordait la fenêtre et d’où tu avais sûrement dû cueillir ces fleurs.

Tu me disais, sans parole :

La vie est encore possible !

Je te demandais sur l’ancien ton insolent d’une fillette qui défie son père :

Alors, prouve-le moi !

Et ton sourire me déclarait :

La seule preuve

consiste… 

à vivre !

Géraldine Andrée

Je te vois vivre

Je te vois vivre
dans l’ancien jardin
dont tu fais le tour
de long en large
dans le jour gris
de la cour

Tu te penches
sur des fleurs
qui brillent 
encore
comme les feux
des étoiles mortes

Tu cueilles
des fruits
qui serviront
tu dis
à garnir la tarte
du dimanche

puis tu te relèves
et tu coupes
avec le geste
sec
du sécateur
perdu

depuis longtemps
les tiges
qui dépassent
de la haie rouge
bordant l’enclos
d’en face

Je ne veux pas
te distraire
de ton rêve
car j’ai peur
que te reviennent
tes peurs

Tu me dévisages
un instant
avant de me tourner
le dos
Alors
je te regarde

suivre
ce sentier
invisible
que toi seule
tu vois
parmi les feuilles

J’accepte
que tu restes
dans le jardin
de jadis
pendant
que le temps

passe
et t’oublie

Géraldine Andrée

Perce-neige

La première
lueur
d’une fleur
perce
la neige


Persévérer
Persévérer
jusqu’à ce que les épreuves
d’elles-mêmes
s’abrègent

Géraldine Andrée

J’ai revêtu pour la nuit

J’ai revêtu pour la nuit
ma chemise de jeune fille
et je me suis endormie
avec l’espoir serein
de retrouver le lendemain 
le clair de jour d’antan
derrière le silence en voiles blancs, 
l’odeur du lait 
qui s’attarde pendant les vacances
dans un rêve lointain,
le bruit d’une porte qui s’ouvre
et toi qui reviens de courses,
apportant dans ton cabas rouge
le journal, du persil en bouquet,
un pain frais et quelques pommes de terre douces
dans leur robe dorée,
pendant que je me réveille, 
certaine que mes yeux, une fois leurs paupières levées,
ont le pouvoir de te faire réapparaître, rajeuni de toutes ces années 
où je n’ai pas encore vieilli.
J’ai revêtu pour la nuit
ma chemise de jeune fille.

Géraldine Andrée

Partir de bon matin

Partir de bon matin
Prendre le premier train qui descend vers le Sud
Filer à fleur de colline en sens inverse du fleuve
A voir les petits astres de givre sur les branches
je sais que c’est encore ton pays de brume et de neige brune
ton pays dont je garde allumées comme des veilleuses de réconfort 
les lueurs des anciennes lampes derrière les paupières de mon rêve 
Mais partir tout de même
Fuir ton absence qui me hante jusqu’au coeur des poèmes
Franchir doucement la frontière invisible
pour me surprendre à revivre
Accrocher à la ligne du quai mon regard
Avancer vers d’autres couleurs qui changent selon l’air chargé de rumeurs
Déambuler dans les rues où tu n’as jamais marché
M’effacer le temps d’un éblouissement dans les encorbellements dont tu méconnais les soupirs cachés
Ne plus craindre de retrouver ta trace dans ce pays de vent et de vague
Tenir dans ma paume un fruit que tu n’as pas goûté
Monter cet escalier où l’écho de ton pas n’a jamais résonné 
Espérer là où le souvenir de ta présence est impossible
Voir grandir au soleil mon ombre sans songer à la tienne qui a disparu
Et puis de jour en jour au rythme des musiques des étreintes des oublis qui me mènent toujours plus loin
m’apercevoir que ton sourire entrouvre l’azur du soir
et que dans la foule ou la solitude
dans les villes ou les jardins
au bord des périphériques ou des fontaines
derrière un bar ou un coteau de fleurs
je ne fais que bercer ta mémoire sur mon coeur

Géraldine Andrée

Partir de bon matin…

Mêmes ombres

Mêmes ombres
qui me montrent
que je demeure
la même

qu’au temps où tu vivais :
Vivante
puisque j’avance
sur ce chemin de terre.

Les ombres sont les mêmes que celles de l’an dernier à cette heure,
longues et dansantes quand j’avance,
bordées d’or et de bleu, 
insistantes lorsque je ferme un instant les yeux.
Pour les ombres du jour,
il n’y a pas de différence entre la présence et l’absence,
la vie et la mort, 
car elles soulignent les contours
de tous les corps,
y compris ceux d’une tige qui ploie.
Elles accompagnent mon chemin, que je tienne ou non ta main.
Me devançant toujours légèrement, elles mettent mes rêves en mouvement vers demain.
Je dois continuer
à espérer en la force d’un monde qui demeure 
de printemps en printemps, 
puisque les ombres sont les mêmes que celles de l’an dernier à cette heure.

Géraldine Andrée

Si j’ai la foi

Si j’ai la foi, je deviendrai l’étoile en laquelle je crois.

Je me dis
parfois
que si j’ai la foi
inébranlable

au pouvoir
de naissance
de nouvelles
étoiles

tu reviendras
Alors 
je m’engage
à croire

en cette froide
nuit
qui recouvre
le moindre souffle

et dans laquelle
se sont croisées
à jamais
tes mains

Je place
toutes
les lueurs
des bougies

que contient
notre demeure
dans ta chambre
si noire

car je me dis
que si j’ai la foi
absolue
en leur force

de durer 
un instant
supplémentaire
à tous ceux

qu’une étincelle
nouvelle
éclaire
déjà

tu reviendras

Géraldine Andrée

Délivre-toi !

Délivre-toi !

Mets de l’énergie dans le souffle du Vivant !

Tu es l’oiseau qui danse à fleur d’écume,

tu es la vague qui ajoute son éclat à ton éblouissement,

l’épi dans le champ,

l’étincelle du vent caressant le chaume,

la corolle ouverte sans attente.

Tu es ton propre chemin.

Va !

Sois libre !

Le monde n’exige rien de ton existence,

il se plaît seulement

en présence de ton sourire content,

et au son de ton rire d’enfance

qui bruit

dans cet absolu contenant

qu’est ta Joie !

Géraldine Andrée

Message obtenu par écriture automatique le 30 janvier 2018

J’ai pris ta montre dans mes mains

J’ai pris ta montre dans mes mains
Ta belle montre d’or dont la petite aiguille s’est arrêtée sur dix heures
Cette montre que tu n’as pas eu le temps de remonter car ton coeur a cessé de battre avant l’aube
J’ai pris ta montre dans mes mains

Je la contemple chaque matin
Je te revois tourner le minuscule bouton en haut du cadran pour qu’elle marque la journée depuis ton lever
Tu étais soucieux du fonctionnement de toutes les horloges de la maison et de la montre à ton poignet

Tu aimais passer ton temps à le compter
Chaque jour je me demande désormais
Vais-je remonter ta montre ?
Sans toi le monde continue de tourner
et les jours de passer

Un matin je prends mon courage à deux mains
Je tourne le minuscule bouton dans le sens où va le temps
Je désigne l’heure la minute
et s’ensuit la juste seconde
dont j’approche le cliquetis de mon oreille

Ta montre alors que tu es feu
a un éclat de soleil
et pendant que tu es couché
dans une nuit sans aube
l’aiguille trotte menu

La journée commence à peine
pour mon coeur en peine
Mais il me semble ce matin
que je tiens ton coeur
dans mes mains

Géraldine Andrée

Ton manteau rouge

Je ne pleure plus
en songeant
à ton manteau
rouge 
que je voyais
toujours
de loin
quand
le train
entrait
en gare
J’ai cessé
de pleurer
le fait
absolu
que tu aies
cessé
de m’attendre
sur le quai
Un
par une nuit
de décembre
afin
de ne pas voiler
cette flamme
permanente
qu’est
devenu
ton manteau
rouge
dans la nuit
de ma mémoire

Géraldine Andrée

Traits d’union

Traits d'union Noces entre le temps et l'éternité
Traits d’union Noces entre le temps et l’éternité

J’aime mettre des traits d’union
Noces entre deux de tes noms
Féminin et masculin André-Marie
Noces entre des mots qui résonnaient chacun pour soi 
Et qui soudain se reconnaissent s’inversent et s’allient
Noces entre la lumière et le vent
L’eau et le sourire
L’aile et le souffle
La patience et le jour 
La main et le regard 
L’étoile et le pardon
La terre et le ciel
Entre toi et moi
Trait unique 
Pour deux visages d’une même joie
Et qui se cherchent 
De chaque côté de la rive 
Que sépare la longue nuit 
Blanche de givre

Géraldine Andrée

Donnez-moi mon Dieu une longue nuit

Donnez moi mon Dieu
une longue nuit
où j’aurai la conscience
du noir de la terre
de la ténacité des racines qui s’enchevêtrent
de la persévérance de la plante en plein hiver
Une nuit où je serai témoin de la rencontre entre un astre et une pierre
où la lune descendra jusqu’à mes paumes
où la neige aura des reflets d’émeraude avant de fondre sous le souffle de ma prière
Une nuit pour écouter ce que mon coeur tente de me dire
pour donner un fauteuil à mes ombres
pour inviter l’espérance à mon chevet
La reconnaître lui sourire et lui dire C’est Toi
Une nuit pour retrouver les noms les plus lointains et leur tendre les bras comme si le temps n’avait rien emporté
Donnez moi mon Dieu une longue nuit
pour achever mes rêves
et me réveiller plus tard à Ses Côtés
avec l’éclat insolent de l’enfance qu’Il m’a donnée   

          Géraldine Andrée

La flamme

En hommage à mon père

Quand
la flamme
monte,
il me semble
que tu es là,
que ses reflets
passent
sur ton regard
invisible
qui, pourtant,
me voit.
Alors,
je place
mon assiette,
mes couverts
en face
de la flamme
dans sa robe
de verre
et je mange
en silence
à côté
de toi.

Géraldine Andrée

Le gel brille sur la route

Le gel brille sur la route
Les lumières de la ville ajoutent une étincelle à chacun de mes pas
Un souffle glacial fendille mes lèvres
Les fenêtres des maisons s’éclairent avant de clore leurs volets
J’aimerais compter chaque lampe que je vois
Mais je compte les heures qui me séparent de ton départ
Voilà une semaine que tu es parti
Et ma peine s’agrandit
Tu ne seras plus jamais là
Aucun billet d’avion ou de train aucun message électronique aucune lettre aucun appel téléphonique aucun don de télépathie
ne pourront t’atteindre
Il me semble qu’en marchant
je m’éloigne de toi qui as quitté ce monde
Rien de ce qui passe ne peut s’étreindre
Même la neige la plus coupante dissout sa lame sur la rose des paumes réunies
Qui attend l’Autre s’il existe un autre temps ?
Toi le mort moi la vivante ?
Toi qu’on dit feu moi dont le sang incarnat suit encore la loi de son propre courant ?
Je redoute de vivre de faire fondre ton souvenir au contact de la chaleur de ma chair qui vibre
Alors j’attends
J’avance autrement
Posant mon regard sur chaque étincelle d’hiver qui brille sur ma route

Géraldine Andrée
Hommage à mon père décédé dans la nuit du 11 au 12 novembre 2018

Un mot suffit

Un mot suffit

et voici

le plancher de bois qui craque,

la cuisine qui fleure la compote fraîche,

la senteur du savon de lavande

dans le lavabo de faïence,

la respiration du lierre près du volet,

le coeur de la lueur

battant contre le verre de la lampe,

la broderie du dimanche

dans son halo blanc,

et si, mot après mot,

on avance

vers la profonde

conversation

des fauteuils

qui se regardent

dans l’ombre,

voici

le mot

qui luit

comme le cadran

de l’horloge

toute ronde

du salon

et qui désigne

la seconde

du retour

en enfance,

Beaujour…

Géraldine Andrée

Sans titre

Il m’arrive de voir
entre des mots banals
le ciel tout piqueté d’étoiles
de ma jeunesse au Portugal

Géraldine Andrée

Pour écrire,

Pour écrire,

il faut vivre.

Alors, vis !

Marche du côté du soleil ; éprouve la force du vent ; danse sur la musique qui se présente ; accompagne le sentier ; rêve, le visage tourné vers la lumière

puis cours vers le baiser qui t’attend !

Tu seras fidèle à la page plus tard…

 

Géraldine Andrée